Christophe Friquet sculpteur zen

Il manie l’acier comme personne. Découverte de l’artiste arthonnais

par Nicolas Tavarès

Oubliez tous vos préjugés sur les artistes. Christophe Friquet se revendique ouvertement « smicard de l’art, mais un smicard heureux ! » Ni excentrique, ni égocentrique. Ce qui ne l’empêche pas d’être coté chez Drouot !

La maison est posée à la sortie du bourg d’Arthon. Par la fenêtre où les oiseaux viennent picorer un bout de gras pour affronter l’hiver, on aperçoit l’école. Et des champs à perte de vue avec, au loin, la forêt. Entre la maison et l’atelier, capharnaüm organisé, un âne, deux chèvres, des chiens s’ébrouent. C’est dans ce décor rural que vit Christophe Friquet, 47 ans, sculpteur de son état. Le temps de l’entretien, l’homme voyagera aux quatre coins du salon, zébulon sur ressorts. Il s’avoue pourtant zen. « J’ai choisi la vie d’artiste pour l’être. Absolument pas pour l’argent. Je m’offre un luxe, je le sais. » On n’est pas loin du Philippe Noiret d’Alexandre le Bienheureux ; il s’en amuse, acceptant « cette belle philosophie de la vie. »

Avant d’être sculpteur, Christophe a fait plein de petits boulots puis a monté sa maison d’éditions avec laquelle il présenta entre autres des grands livres, l’un sur le concert événement de Jean-Michel Jarre au pied des pyramides égyptiennes, l’autre sur la vie animale à Beauval. Au hasard de ses rencontres avec Jean-Michel Jarre, au domicile du musicien, il découvre des oeuvres de César ou Wharrol. « Moi aussi, je voulais décorer ma maison avec de telles œuvres, mais je n’avais pas les moyens (rire). Alors j’ai acheté un poste à soudure pour en faire moi-même ! » Et comme il y a du talent entre les mains du Berrichon, ses premières sculptures seront présentées galerie Mouvances, place des Vosges à Paris… Christophe se définit comme « un caméléon capable d’arrêter une série de sculptures pour se plonger dans une autre. »

« Je me suis fait connaître avec de l’animalier, mais comme les couturiers, j’aime varier les plaisirs et je fais donc des collections saisonnières. Il y a eu des coeurs, des fleurs, des oeuvres monumentales avec un âne ou un taureau grandeur nature. En ce moment, je travaille une série de cartoons (lire ci-dessous) , ça m’éclate tellement. Et puis mes collectionneurs se demandent ce que je vais bien sortir. »

« Mes collectionneurs »

Ses collectionneurs, Christophe les cite souvent dans la conversation. Car l’air de rien, l’artiste et ses lamelles d’acier finement soudées, se sont fait un nom sur la place parisienne. Voilà comment il s’est retrouvé coté chez Drouot.  « J’y ai fait une dizaine de ventes » explique-t-il avec fierté, mais sans forfanterie. C’est une constance dans son discours, le sculpteur d’Arthon ne fait pas grand cas de la notoriété :  « Je sais d’où je viens et je sais rester humble. Je suis avant tout un artisan. Quand je monte à Paris, je reste d’abord un paysan berrichon ! Je ne cherche pas à être plus connu. Si je voulais, je pourrais être à Paris très régulièrement. Je fais une centaine de pièces par an. Elles restent très abordables. Tant que j’arrive à me faire un salaire avec, ça me va. Depuis qu’Anne Hidalgo (la maire de Paris, ndlr)  a arrêté le marché d’art contemporain de Bastille où j’étais hiver et été, il a fallu voir ailleurs… »

En quinze années d’expos, de prix raflés de-ci de-là, Christophe Friquet a très rarement dévoilé ses œuvres dans l’Indre. Une incongruité qu’il rattrape peu à peu et qu’une expo à l’hôtel de ville de Châteauroux avait en partie réparé en 2016. Dans la cour du centre hospitalier trône également un ours de sa création… Dans son atelier, le sculpteur convient disposer d’assez d’acier pour au moins dix ans. Plus qu’il n’en faut pour faire connaître son talent.

Facebook : Sculptures de Christophe Friquet

L’univers des Cartoons


C’est la prochaine série dans laquelle Christophe s’est plongée : les cartoons. Un dogue français footballeur, un lion chasseur, un boxer boxeur, un hippopotame… «Avec le cartoons je peux toucher plus de sujets. Mais ça va être du délire. L’envie du moment, c’était de faire quelque chose de simple et rigolo. L’idée m’est venue après une série de tableaux en reliefs. J’ai voulu y ajouter des animaux. Le premier que j’ai réalisé était tout à fait classique, mais les gens veulent du rigolo!»

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