Équinoxe, quel cirque moderne !

Les arts de la piste constituent le gros de la saison de la scène nationale

par Nicolas Tavarès

Si la programmation d’Équinoxe alterne danse, théâtre, musique et jeune public avec un plaisir égal, les arts de la piste y ont une place à part. Surtout cette saison.

Une phrase peut suffire à résumer la saison d’Équinoxe. Et qui mieux que François Claude pour l’exprimer : «Cette année, nous glissons sur un fil, avec notre balancier qui oscille de l’amour de la langue à la mise en péril des corps.» Magnifique parabole qui illustre l’attachement du directeur de la scène nationale au théâtre mais aussi (et surtout ?) aux arts de la piste. C’est bien simple, entre l’ouverture de la saison en septembre dernier avec Circus Remix de Maroussia Diaz Verbèke et l’ultime rendez-vous musical de mai prochain avec Anne Paceo, plus d’une quinzaine de spectacles sont estampillés arts de la piste. Tout sauf un hasard…

François Claude : «Une réflexion s’est imposée à nous lors de la préparation de la programmation. Nous avons peu d’abonnés dans la tranche 20-30 ans. Il faut du temps pour aller les chercher d’autant qu’ils ont besoin d’être scotchés.» Et quoi de plus attirant pour eux que le cirque contemporain «où les spectacles peuvent être « bavards » comme, justement le Circus Remix d’ouverture, avec un texte engagé, pointu. Mais où on peut se réjouir devant un spectacle purement gestuel et musical. On restera de la même manière dans le registre de l’émotion.» La programmation 2018-2019 a donc offert le mix parfait aux yeux de François Claude qui défend avec ardeur cette place faite aux arts de la piste. Les scènes nationales étant tenues à une rigueur éclectique, nul ne sait donc si le cirque moderne disposera de pareil éclairage avec son successeur.

Profitons donc et ne boudons surtout pas notre plaisir d’autant que tout le meilleur n’est pas encore passé à Châteauroux. Certes « Le 6e jour » de la clownesse Catherine Germain a rempli la salle Gaston-Couté juste avant les fêtes, mais bien d’autres seront prochainement à l’affiche. Ainsi Vincent de Lavenère le 6 janvier (lire par ailleurs) et sa « Jonglerie Astrale ». Évoquons encore ceux pour lesquels Équinoxe ne tarit pas d’éloges, à l’image de Léandre, le clown espagnol de « Rien à dire » (3 février), « Le Gros sabordage » de la Mondiale Générale (7), l’étonnant « Centaures, quand nous étions enfants » de Camille, Manolo et leurs chevaux (8 mars) ou le très «beckettien» « Eins, zwei, drei » créé à Lausanne par le Suisse Martin Zimmermann. À son sujet François Claude lâche : «Nous lui faisons totalement confiance. Ce spectacle constitue la part de risque qu’on se doit de prendre dans une saison afin d’explorer d’autres voies.»

En creux, le programmateur d’Équinoxe a bien du mal à dissimuler sa passion pour les arts de la piste : «Il y a 40 ans de cela, j’ai eu un véritable choc en découvrant Zingaro. Bartabas a révolutionné les arts de la piste. Avec ceux qui ont suivi, je m’évertue à montrer aux jeunes générations qu’il y a un véritable cirque « à la Française » qui nous a fait passer du numéro formaté de dix minutes avec paillettes et musique traditionnelle à un déploiement de chaque discipline pendant une heure. On parle désormais d’un cirque d’excellence. D’ailleurs, ce qui est le plus réclamé à l’étranger en matière de spectacles, ce sont la danse et le cirque contemporains.» Rien d’étonnant donc à voir Équinoxe proposer autant de spectacles du genre. Mais Châteauroux n’est pas une exception : «Il existe 72 scènes nationales en France ; trois – dont Équinoxe – adhèrent à « Territoires de Cirque », l’association engagée dans le soutien à l’émergence, la création, et la diffusion du cirque.» Alors laissez-vous prendre par la main et soyez porté par les arts de la piste. Frissons et émotions garantis.

Équinoxe, scène nationale
Site Equinoxe

Jongleries du Laos au Berry


Il était venu avec ses balles musicales pour la présentation de la saison 2017-2018 qu’il ouvrait. Il a également animé des ateliers. Le jongleur Vincent de Lavenère est un artiste associé à Équinoxe, un grand habitué de la maison surtout avec sa Compagnie Chant de Balle. En octobre dernier, il participait ainsi à une coréalisation à l’abbaye de Noirlac et durant les vacances de fin d’année, l’artiste était encore en résidence castelroussine avant de présenter « Jonglerie Astrale » ce 6 janvier sur la grande scène. Originaire de Pau, 45 ans, Vincent de Lavenère est un artiste atypique, conférencier, inventeur de balles musicales acoustiques accordées ! «C’est un véritable ambassadeur artistique et un franc-tireur, dit de lui François Claude. Il est constamment dans l’interrogation, travail avec un astrophysicien. Il est aussi dans la transmission.» Avec son épouse Véronique, ethnomusicologue, de Lavenère se livre à un travail de collectage musical au Laos où il passe trois mois de l’année. À ne pas manquer.

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