Guennet, champion alternatif

Le vététiste castelroussin a décroché le titre mondial de pumptrack

par Nicolas Tavarès

Partagé entre VTT et BMX, Chaney Guennet s’est offert une couronne mondiale. En marge du sport, il se spécialise dans le traçage de pistes.

Un VTT qui tombe les chronos sur une piste (track) à la seule force des bras et des jambes du pilote qui pompe (pump) pour prendre de la vitesse sur les bosses. C’est spectaculaire et grâce au pumptrack, discipline cycliste qualifiée d’alternative, Chaney Guennet vient de décrocher un titre de champion du monde. Tout s’est joué sur l’ultime manche du championnat (ici), à Whistler (Canada) en août dernier alors que le pilote castelroussin abordait le rendez-vous à égalité de points avec son compatriote Thomas Lemoine. En décrochant le graal mondial, Chaney a du même coup obligé les historiens du sport indrien à revoir leurs fiches. Au « Hall of Fame » des champions pédalant du cru, Guennet rejoint l’Issoldunois Kévin Sireau qui patientait avec ses titres mondiaux de vitesse par équipes, ses médailles olympiques, mondiales, continentales et hexagonales. Il en convient, son succès ne l’a pas propulsé en une de la presse nationale. Parce que le pumptrack est en voie de développement et que l’essentiel du circuit se passe à l’étranger.

Surtout, le pumptrack vit en marge du mouvement olympique, «un peu à la manière des X Games, on fonctionne hors fédération.» Un sport underground en quelque sorte. «Mais ce titre m’a amené de nouvelles propositions de sponsors. Forcément, les gens s’intéressent plus à toi.» Pour le reste, la vie poursuit son cours sans bouleversements majeurs. Employé par le comité de l’Indre de cyclisme, Chaney, détenteur d’un brevet d’Etat de perfectionnement BMX, a débuté la compétition à l’âge de 5. Il en a aujourd’hui 25 et derrière lui plusieurs saisons de BMX avant d’opter pour le VTT à 20 ans. Il use ses roues sur les pistes de pumptrack, dual slalom, Airdh (de la descente VTT) et avait jusque-là décroché un titre de vice-champion de France de four cross en 2011 ou participé aux championnats du monde de BMX à Bercy en 2005… S’il n’avait pas décroché l’or au Canada, Chaney confesse qu’il aurait sans doute levé le pied. Le circuit mondial, c’est quatre manches en Autriche, en Nouvelle-Zélande, en France et au Canada, donc. Réputé pour sa régularité – «en 3 ou 4 ans de circuit, j’ai rarement été plus loin que la 4e place !» – Chaney a pourtant reçu un zéro pointé aux Gets.

Zéro dans la manche française

«C’est la seule manche française et moi je marque 0. Jusqu’à maintenant, je faisais l’impasse sur la Nouvelle-Zélande pour des raisons de budget. Mais pas cette année. Du coup, après les Gets ça devenait chaud. On était à égalité avec Thomas Lemoine…» On connaît la suite, des deux français, c’est Chaney qui a triomphé. S’ouvrant du même coup un nouvel univers de possible : «Le pumptrack, on ne peut pas en vivre. Rien qu’une saison, c’est un budget déplacement de 30 000 € ! Il faut donc avoir soit un paquet de sponsors, soit un bon job. Et puis au mieux, il me reste deux ans à haut niveau.» Alors Chaney a décidé d’anticiper. Dans un emploi du temps pourtant bien chargé, le pilote a réussi à créer sa petite entreprise.

«Je dessine des pistes de pumptrack, je prends les rendez-vous avec les collectivités et, avec Emmanuel Dalot, on s’occupe du compactage et de la finition des pistes.» Châteauroux, Buzançais, Vendœuvres, Faux-la-Montagne (Creuse) lui doivent leur piste en terre. Châteauroux, et la Plaine départementale des sports, reçoit du reste l’Open de l’Indre de pumptrack que Chaney et son père organisent depuis maintenant deux ans. D’autres projets sont à l’étude. Et puis il reste à Chaney quelques objectifs sportifs à atteindre. Il a bouclé sa saison au Red Bull Championship de Grindale (Arkansas). Cet hiver, il va se préparer à retrouver le BMX. «Je voudrais participer au Mondial à Zolder pour y être avec mon cousin, Kevin Guennet. Ce sera en juillet. Et puis il y aura aussi le dual slalom et l’Airdh.» Avec de l’or mondial ? Il n’y aurait pour ainsi dire aucune autre alternative…

Road Ride Team
Facebook : Chaney Guennet

Un œil sur la Margotière

Châteauroux Métropole a dans ses cartons les plans d’un véritable bike park programmé à l’horizon fin 2019, début 2020 sur le site de la Margotière. Chaney Guennet sait qu’il ne répondra pas à l’appel d’offres qui va bientôt s’ouvrir pour la construction de la piste de pumptrack. En revanche, celui qui encadre depuis plusieurs années les jeunes, d’abord au BCC, aujourd’hui au sein du Road Ride Team, ne cache pas que gérer l’endroit ferait un bel après carrière. «Je me laisse encore deux ans de compétition. Le calendrier correspond. Il y aura du BMX, du pumptrack, un espace pour les tout jeunes. Oui, je suis très intéressé par ce projet.»

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