Leur théâtre est dans la rue

Les Fêtes de la Tour Blanche sont de retour. Immersion déjantée

par Nicolas Tavarès

Les Fêtes de la Tour Blanche (30 mai au 2 juin), c’est le décalage à tous les étages ! Parmi les nombreux artistes de rue présents cette année, Arnaud Gaymard, de Spectralex, qui vous invite aux confins de la galaxie.

Attention : serial déconneurs en approche ! Les Fêtes de la Tour Blanche (FTB) vont battre son plein à la fin du mois et pour Issoudun, chaque année, c’est synonyme de lâchage d’artistes tous plus déjantés les uns que les autres dans les rues de la cité. Les compagnies s’invitent et convient le spectateur à partager leur grain de folie. C’est à celle qui présentera le spectacle le plus iconoclaste. Ça tombe bien, Carré Barré a mis la main sur Arnaud Aymard. Lui sera Marc Sacramento, héros (lâche) du feuilleton « Les chevaliers de l’espace-temps » le samedi 1er juin dans la cour de l’hôtel de ville.

La venue du trublion était vivement souhaitée pour ces 25e FTB car Arnaud Aymard a déjà laissé son empreinte à Issoudun. C’était il y a une dizaine d’années avec « Paco chante la paix ». «On se connaît bien, Arnaud et sa compagnie sont bien implantés dans le monde des arts de la rue, à Tours, témoigne Yan Desfrane, organisateur des fêtes. Spectralex est totalement dans la philosophie de notre manifestation.» Pour peu que vous ayez écouté Édouard Baer, époque « Plus près de toi » sur Radio Nova ou que vous soyez désormais un habitué des « Lumières de la Nuit », son émission dominicale sur France Inter, Arnaud n’est pas un inconnu pour vous. C’est l’un des complices de l’animateur, tour à tour chanteur de flamenco russe, dauphin ou petit cheval blanc…

Voilà d’ailleurs comment lui-même se définit : «Je suis totalement foutraque !» Ça a au moins le mérite d’être clair et ça met à l’aise lorsqu’il s’agit d’entamer l’interview… Une visite sur le site internet de Spectralex, sa compagnie, – «c’est un consortium, plus qu’une compagnie !» rectifie-t-il – vous aspirera dans un monde parallèle. Onirique, surréaliste à souhait. Autant dire que « Les chevaliers de l’espace-temps » n’engendreront pas la monotonie, ce spectacle joué par Arnaud dans le rôle de Sacramento, donc, et son compère Thierry Robard qui campe Thémesta, l’un des protagonistes de la deuxième saison de « Canoan contre le roi Vomiir » avec deux i.

Comme si tu regardais un film

«Je n’ai pas suivi de formation théâtrale. Moi, je viens de la physique. J’ai arrêté mes études sur un DEA de physique… et je me suis formé sur le tas. J’étais fasciné par l’univers de Boris Vian, Raymond Queneau ou celui des Monthy Python.» Bardé de ces influences, Arnaud est donc descendu dans la rue. «J’ai plus de 20 ans de spectacle derrière moi ; j’ai dû jouer pas loin de 1500 fois dans la rue. Le théâtre de rue, c’est comme si tu regardais un film et que, d’un coup, le personnage sort de l’écran.»

Une fois sorti, il convient alors de partir à la conquête du public. «La difficulté, c’est de se faire entendre et surtout que les gens restent. C’est gratuit donc à tout moment, ils peuvent partir… Mais ça reste une technique théâtrale intéressante.» Un moment d’échange, aussi. «De vraie communication, précise-t-il. Je suis spécialiste du décrochage. En plein spectacle, je peux me mettre à parler normalement aux gens. Ça se voit, mais je sais que des spectateurs vont se plaire dans cet univers-là. Il m’arrive aussi très régulièrement de m’inviter dans d’autres spectacles voisins. Avec l’Oiseau Bleu, de Spectralex, un jour je suis allé m’inviter dans une batucada. Le théâtre de rue, c’est un bon moyen pour créer des passerelles. On est dans une vraie réalité de l’instant.»

Autre avantage non négligeable pour les artistes de rue, le décor. Il est ici bien souvent secondaire, quand il n’est pas ramené à sa portion congrue. «La moitié du temps, mes spectacles n’ont pas besoin de décor. Pour les Chevaliers, il faut surtout un minimum d’écoute.» Alors prêts ?

Du joyeux, du convivial et du corrosif


La recette de belles Fêtes de la Tour Blanche se concocte d’une année sur l’autre. À peine le rideau tombe sur une édition que Yan Defrasne, Maud Creux et Philippe Sirot vont repérer les troupes qui viendront enflammer Issoudun. «Dès juin, nous allons au festival de Joué-lès-Tours puis à Châlon, l’un des plus grands festivals des arts de rue avec Aurillac. Pour les organisateurs, c’est même un véritable salon. On y trouve des catalogues qui détaillent les spectacles de chaque compagnie.» Yan le concède, le « comité de sélection » veille «à travailler avec les énergies locales comme la compagnie la Tarbasse ou l’école de danse de la Meli, cette année.» Ensuite, la thématique du moment – cette année, le jardin – va donner le ton. «Les Fêtes de la Tour blanche doivent être un lieu de convivialité. Pour cette 25e édition, cette 25e éclosion, même, on se lâchera par moment, mais on profitera avant tout de la nature. Lorsqu’on regarde les infos à la télé, ce n’est pas vraiment joyeux. Il faut donc du joyeux dans la rue.» La Cie D’Irque & Fien est dans le moove : «C’est un duo piano-acrobate déjà venu en 2004 alors qu’il débutait. Depuis ils ont décroché une multitude de prix, tourné en Asie. C’est un très beau spectacle» promet Yan Defrasne avant d’évoquer Salamandre qui proposera un numéro autour du feu. «Et nous aurons un final corrosif avec la Cie n°8 (photo) et son spectacle sur les moeurs de la haute société dans une garden party!»

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