Bertrand est bon public
En 2025, la médiation culturelle est plus que jamais l’atout majeur du musée castelroussin
Par Nicolas Tavarès

Existe-t-il une différence entre un petit musée et un musée de province ? Un début d’analyse sémantique permettrait sans doute d’y voir plus clair au sujet du musée Bertrand. À moins de préférer la nuance apportée par Sébastien Rahon, directeur de la culture de Châteauroux Métropole : «Il y en a des petits qui ont des collections majeures. Pour le musée Bertrand, je préfère parler d’un musée de province. N’oublions pas que nous avons le label Musée de France, et lorsque je parcours le livre d’or, je me rends compte que les visiteurs sont surpris par ce qu’ils ont pu y découvrir.» Le propos tombait au lendemain du retour des portraits d’Hortense Thayer, fille du général Bertrand et son époux Amédée, deux tableaux de Joseph-Désiré Court et revenus de longs mois de restauration financée par le club des mécènes d’entreprises de l’Indre de la Fondation du Patrimoine.
Hortense et Amédée à leur place
C’est un peu comme si, retrouvant leur place, Hortense et Amédée avaient donné le coup d’envoi d’une saison déjà marquée par l’exposition temporaire « Jean-Jacques Henner (1829-1905), toujours ardent ». Une saison qui doit confirmer l’augmentation de la fréquentation, la multiplication de rendez-vous originaux et accessoirement de retrouver un directeur responsable scientifique des collections, «le chef d’orchestre dont nous avons besoin» dixit Sébastien Rahon. L’heureux(se) élu(e) ne tardera donc pas à amener un supplément d’énergie dans tout ce qui a été entrepris pour partir à la conquête d’un nouveau public. «Depuis quatre ans, nous avons développé l’accueil des scolaires. Ils deviennent de bons ambassadeurs. L’objectif est de faire un musée qui vit». Dans son bureau avec vue sur la cour d’honneur où trône la statue du général Bertrand, avant même de s’intéresser à l’actualité du moment, Claire Pierrot, responsable des publics et de la communication du musée, met un point d’honneur à en refaire l’histoire depuis son initiateur, Just Veillat en 1863.
Elle rappelle la première donation, celle du sabre d’Aboukir par Henri-Gatien Bertrand ; cite pêle-mêle la constitution d’un fond d’oeuvres hétéroclites, l’installation dans l’hôtel particulier du général et l’ouverture du musée un 5 mai 1921, date du centenaire de la mort de Napoléon, la labellisation Musée de France, enfin, en 2003 «qui garantit l’intérêt de nos collections». Visiter le musée Bertrand, c’est en effet découvrir entre autres pièces majeures la volière de Napoléon, le Sakountala de Camille Claudel (photo page suivante), le reliquaire de Vivant Denon ou le brûle-parfum chinois… Mais Claire Pierrot dresse un constat : «Le public (local) ne connait pas assez les collections et ne mesure pas la richesse de celles-ci.» Il n’a peut-être pas retenu, non plus, que le musée Bertrand a acquis une solide réputation en prêtant la volière de Napoléon pour une exposition itinérante en Amérique du Nord dans les années 2010 ou en mettant le buste de Paul Claudel enfant par Camille Claudel à la disposition des musées de Chicago et Los Angeles en 2023.
Envie de ludique

«Les gens ont tendance à croire qu’un musée est une institution qui dort. Or nous devons faire voyager les oeuvres afin qu’elles soient vues par un maximum de monde. Un prêt d’un musée à l’autre, c’est un échange, mais c’est surtout une fierté» note Claire Pierrot. Sauf que le public, lui, a des attentes spécifiques. «Il veut du ludique» admet la chargée de communication. Alors le musée Bertrand a innové en jouant à plein la carte de la médiation culturelle, partie intégrante de ses missions.
Ainsi, l’an passé, le yoga s’est invité dans les salles pour une séance aussi incongrue que massivement suivie ; le site s’est également transformé en escape game quand il ne convoque pas à la visite théâtralisée (lire ci-dessous) ou au concert de musique de chambre pour appréhender sur une oeuvre exposée. En 2025 sont même programmées des visites speed ou une dégustation de vins d’Alsace. Autant d’actions qui confirment que le musée Bertrand est bien éveillé et que tous les publics trouveront leur bonheur dans l’ancien hôtel particulier du général Henri-Gatien Bertrand. Pour cela, il suffit juste d’oser franchir les grilles d’un (petit) musée de province.
Musée Bertrand
rue Grande à Châteauroux
du mar. au dim. ; entrée gratuite
Site : Musée Bertrand
Facebook : Musée Bertrand
Les guides se prennent au jeu

Pour rendre attrayante une visite de musée, Claire Pierrot et Candice Signoret, médiatrice culturelle, ont imaginé la visite guidée théâtralisée. L’évènement a été baptisé « Au voleur ! » et a la particularité de se dérouler dans le noir, les oeuvres étant éclairées à la seule lumière des lampes frontales remises aux visiteurs. «Avec « Au voleur ! » nous parlons d’œuvres qui ont été volées ou sont issues de pillages. La visite est théâtralisée, mais le discours est vrai.» Particulièrement appréciée l’an dernier, la visite sera reconduite ce printemps. Particulièrement appréciée l’an dernier, la visite sera reconduite ce printemps. Et comme le musée Bertrand connait aussi la musique, le 1er avril (19h), vous pourrez également profiter d’un concert de musique de chambre.