La vraie vie de château

par Nicolas Tavares

Le tourisme vecteur de développement pour les costumes du Panache Blanc à Issoudun

Le revolver en plastique est accroché au mur dans le hall d’entrée. Rangé dans son holster en cuir véritable, il reste l’un des derniers vestiges d’une époque aujourd’hui révolue pour Le Panache Blanc : celle de la panoplie de cow-boy que les petits garçons des années 50 et 60 commandaient au Père Noël, d’une écriture fébrile. Certains lui préféraient la tenue d’indien, mais en ce temps-là, le costume et ses accessoires figuraient parmi les jouets en vogue.

Paul et Solange Mainbourg avaient eu du flair lorsqu’ils ont créé le Panache Blanc, leur marque de jouets. Nous sommes en 1955 et les Issoldunois vont très vite se retrouver parmi les leaders du marché. Leur usine de la zone industrielle comptera jusqu’à 200 employés. À la fin des années 70, la société disparaîtra toutefois du paysage jusqu’à ce que l’un des anciens de la maison, Jacques De Schryder, venu de l’Oise en qualité de responsable machine, relance l’activité avec son épouse Sylvette.

1981 marque le début de la deuxième vie du Panache Blanc. «À ce moment-là, mes parents ne travaillaient qu’avec des grossistes, se souvient Emmanuel De Schryder. On ne faisait pas de salons, ça fonctionnait comme ça.» La filiale française du géant américain Toys « R » Us, mais aussi grossistes et détaillants remplissaient les carnets de commande. En 1999, ses parents partant en retraite, Emmanuel De Schryder et son épouse Laurence, reprennent l’affaire.

Les travers de la grande distribution

«Au fur et à mesure, les grossistes ont commencé à disparaître et à partir de 2002, 2003, nous avons été confrontés à la grande distribution. Un jour un nouvel acheteur de chez Toys « R » Us est arrivé et nous a dit : « Votre packaging, ça ne me plait plus. J’arrête ! » Il a donc fallu trouver d’autres activités et commencer à faire les salons.» Basculer du monde du jouet vers d’autres univers ne s’improvise pas. Mais la providence se cache souvent là où on ne l’attend pas, en l’occurrence dans les allées d’un salon du…tourisme et derrière le visage de responsables du château de Vaux-le-Vicomte. Ils connaissent le travail de l’entreprise issoldunoise, le Panache Blanc vient de mettre un pied dans le monde du patrimoine historique de la France.

«C’est grâce à Vaux-le-Vicomte que nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire dans le tourisme.» Emmanuel et Laurence mettent en avant leur catalogue où robes médiévales, tuniques de chevalier et chasubles de mousquetaire vont trouver une autre cible : les parcs de loisirs historiques. Un en particulier, le plus grand : le Puy du Fou. «Nous travaillons avec lui depuis une douzaine d’années. Mais il y a aussi Chambord, Versailles, Waterloo, Valençay, Fontainebleau.»

Au Puy du Fou

La qualité du travail du Panache Blanc, un made in France indispensable dès lors qu’il s’agit de tourisme, fait le reste. Pour répondre aux attentes des clients, les rôles sont parfaitement répartis. Emmanuel : «Dans l’entreprise, Laurence gère l’administratif, le commercial et la couture. Nous avons Noémy, notre couturière à plein temps et quatre ou cinq autres couturières à domicile ; pour ma part je fais la coupe, la personnalisation, la broderie.» Le process est souvent le même d’un client à l’autre : le couple De Schryder assiste aux spectacles, visite les châteaux, prend des photos qui lui serviront ensuite de base de création.

«Pour le Puy du Fou, par exemple, nous devons reproduire les costumes de certains personnages du spectacle comme la tenue du chevalier Tristan (photo ci-dessous). On doit se creuser la tête pour savoir comment s’en rapprocher au plus près. Et nous faisons uniquement des costumes pour enfants en trois tailles : 3-5, 6-8 et 9-11 ans. Généralement, les commandes portent sur 30 à 40 pièces. Mais si on parle de cette cape estampillée Puy du Fou, là on en a 4-5 000 pour cette année ; ça commence à faire ! Au début, nous avions deux modèles de costume pour le parc. Aujourd’hui, il y a une boutique qu’on peut presque entièrement remplir avec nos produits.»

Avec le temps, le Panache Blanc a également dû diversifier son activité : «Les châteaux avaient besoin d’un logo, de blasons. Nous avons donc investi dans du matériel de personnalisation, une machine à imprimer sur coton. On a pu du même coup travailler avec d’autres clients, des particuliers, des associations, personnaliser des jeux de maillots ou des vêtements professionnels. C’est devenu un gros complément de notre activité.» Emmanuel De Schryder évoque l’existence de perspectives de développement à l’étranger, en Angleterre ou en Espagne. Il garde «l’esprit ouvert. À l’époque du jouet, l’activité se partageait ainsi : 30% du temps sur la période du carnaval, 70 pour Noël. Avec le tourisme, on travaille toute l’année.» Et ce qui l’amuse le plus, «c’est que parfois, c’est une comtesse qui nous reçoit !»

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