Le repos (forcé) du guerrier

Le rugbyman castelroussin Paul Jedrasiak attend de retrouver le jeu

par Nicolas Tavarès

Joueur professionnel à l’ASM Clermont, le 2e ligne castelroussin sort d’une longue période de repos forcé.

«Quand les types de 130 kg disent certaines choses, ceux de 60 les écoutent» expliqua un jour Michel Audiard. Avec un peu moins de bouteille (116), mais tout de même 2 mètres sous la toise et une voix qui porte bas, Paul Jedrasiak en impose et sait donc se faire entendre. Et il en a des choses à raconter, lui, le 2e ligne de l’ASM Clermont, natif de Châteauroux, qui venait de fêter ses 27 ans lorsqu’il a disputé son dernier match de Top 14 de la saison avec Clermont. C’était le 29 février à Agen (victoire bonifiée 32-15, ndlr). Depuis, plus l’ombre d’un ballon ovale.

«Après cette journée, nous avions deux semaines de vacances. Je suis resté à Clermont, j’ai vu pas mal de copains. Et puis le confinement est arrivé.» Paul l’a passé en Auvergne au côté de sa fiancée Justine, infirmière en bloc opératoire. Pour garder la forme, celui qui fit ses premiers pas de rugbyman sous les couleurs du Racc, a investi dans du matériel de muscu. «Justine fait du cross fit. Même si nous ne faisions pas forcément les mêmes exercices, ces moments partagés ensemble nous ont permis de penser à autre chose.» Pour autant, le champion de France 2017, dix capes avec le XV de France, mis au chômage technique par force, n’a guère eu le temps de se morfondre. Victime d’une rupture des ligaments croisés d’un genou l’an passé, il avait profité de sa période de rééducation pour s’inscrire en Bachelor à l’ESC Clermont Auvergne. «Ma blessure m’a fait penser à l’après carrière. J’avais 3 heures de cours par semaine et j’ai profité du confinement pour préparer mon mémoire. C’est un bachelor dans les métiers du sport.»

Référent de Provale

C’est également dans son rôle de référent du syndicat des joueurs, Provale, que le Castelroussin a occupé le reste de son agenda. «Avec Rabah Slimani (le première ligne international, ndlr), nous sommes les deux référents pour l’ASM. Dans le contexte actuel, nous tenons les gars informés sur les décisions prises.» Le coronavirus aura été synonyme d’un flou artistique pour le rugby français englué entre envies d’annulation, de reprise, de gel du Top14, sans parler des échanges tumultueux entre dirigeants. Sur le sujet, Paul Jedrasiak fait valoir son devoir de réserve, «nous, les joueurs, sommes acteurs en mettant le maillot le week-end. Mais ce n’est pas à nous de décider. Laissons faire les gens qui sont en charge de ça.»

Pur produit de la filière de formation de l’ASM, Paul ne cache pourtant pas une certaine sérénité. «Je n’ai connu que ce club, mais l’important c’est que l’ASM sait prendre la défense de ses joueurs. Nos dirigeants prennent soin de nous et ça permet donc d’appréhender plus sereinement la situation actuelle. C’est forcément compliqué pour les joueurs, mais il faut arrêter de se regarder le nombril : des gens ont subi de plein-fouet la crise. Certains en sont morts. Alors le reste…» Quand on vous dit qu’il est toujours bon d’écouter les types de 116 kilos !

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