Roger et ses Mont’Chaumettes
par Nicolas TavarèsEn 2008, Roger Jensch, tout sauf un triste, a créé une troupe de majorettes…masculines

En 1974, la France venait d’en finir avec la période des Trente glorieuses et Pierre Perret sortait son Zizi. Dit comme ça, ce portrait semble bien mal embarqué. La Génération Z ne le sait pas mais à l’époque, cette chanson, le Zizi donc, eut un retentissement incroyable et l’on appris, entre autres, que le Mont Pelé ne se trouvait sur aucune carte géographique. Mais c’est sur un autre morceau que le disque s’ouvrait, qui contribua un peu plus encore au succès de son auteur : les Majorettes. Elles n’avaient pas un poil sur les gambettes et après le coup de menton, elles envoyaient le bâton. «Combien de fois on a eu des femmes qui nous montraient comment le faire tourner ce bâton» se souvient Roger Jensch (prononcez Jinse).
Habitant de Montierchaume, très investi dans le milieu associatif castelroussin, Roger n’a pas fait carrière dans la chanson. En revanche, sur les majorettes, il en connaît un rayon puisqu’un beau jour de 2008, il a créé les Mont’chaumettes. Elles répondaient à des canons de beauté un peu particuliers. Les critères de sélection reposaient toutefois sur la capacité à tenir la cadence et c’est bien parce que Roger a remarqué ces dernières années qu’il y en avait qui ne la suivait plus que la troupe en rouge, vert et jaune, les couleurs du Berry, a été mise en sommeil. Tout un groupe à la pilosité assumée a vécu la chose comme une petite mort.
Né un jou de l’An
Car oui, pour défiler dans le costume des Mont’chaumettes, il fallait être un homme, «et plus un perdreau de l’année, s’amuse Roger. La moyenne d’âge c’était beaucoup ; pour notre dernière sortie, le plus jeune avait 54 ans et le plus vieux, 84 ! Depuis 2012, on avait aussi trois pom pom girls ; elles ont toutes 75 ans.» Derrière son oeil malicieux, Roger cache mal sa mélancolie. Les Mont’chaumettes ont officiellement raccroché le 22 septembre 2024 après un passage sur un car-podium lors de la fête de Beaumont-Village (Indre-et- Loire).
«Elles étaient nées bizarrement, témoigne leur créateur, 79 ans révolus. Je participais au réveillon du Nouvel An 2008 à la salle des fêtes d’Arthon ; c’était aussi le départ en retraite d’un copain. À un moment dans la soirée, une porte s’est ouverte et huit gars -des collègues du retraité- sont entrés déguisés en majorettes. Ça a fait tilt dans ma tête. Je suis allé voir une copine couturière qui m’a fait neuf costumes. Je voulais des jupes courtes, mais il fallait qu’elles soient extensibles à la ceinture.» Comme il vivait à Montierchaume « qu’on appelle aussi Mont’chaume, j’ai trouvé que Mont’chaumettes, ça sonnait bien. J’ai appelé quelques copains. Au début on faisait un défilé dans des soirées privées. » Il faudra la brocante du comité des fêtes de Déols, un an plus tard pour que la bande de joyeux drilles se retrouvent dans la rue sous le feu des projecteurs.
Jusqu’à 30 à défiler

Dès lors, les sorties officielles se multiplient et l’agenda des beaux jours est souvent rempli. «On avait un lecteur radio CD pour nos musiques et évidemment la chanson de Pierre Perret», le tout couplé à des chorégraphies à faire pâlir d’envie de vraies majorettes.Des souvenirs, Roger en a à foison et plein les albums photos. «Nous avons défilé jusqu’à 30. J’avais même deux troupes pour le carnaval de Châteauroux: une en Mont’chaumettes, l’autre en marins. Je n’ai jamais eu à forcer la main des copains.» L’Indre a été visité de long en large, l’association a poussé jusqu’à Égletons (Corrèze). Reçus comme des princes(ses) partout où elles passaient, les Montchaumettes ont sympathisé avec Anny Duperey, chez elle à Châtelus-Malvaleix (Creuse), avec la Bande à Basile, Patrick Sébastien ou Rémy Bricka.
Roger Jensch se souvient qu’enfant, il était timide. «Je me suis bien dégrossi depuis.» On s’amuse comme on peut, on rigole surtout comme on veut. Roger a mené ses Mont’chaumettes 17 années durant, partageant son temps avec une autre passion : l’aviation. «Depuis que j’ai 11 ans. Je voyais passer les avions de la base américaine et mon frère avait des revues sur le sujet. J’ai passé mon diplôme de pilote d’ULM et avec un copain, nous avons fabriqué deux avions.» Quand il montait à bord d’un avion de ligne, il demandait à visiter le cockpit «et il y a quatre ans j’ai eu l’occasion de voler dans un avion de chasse. Là, ça m’a un peu berouetté !»
Presque autant secoué que lorsque le rideau est tombé sur les Mont’chaumettes. «Les larmes ont coulé ce jour-là.» Alors avant de se résoudre à ranger définitivement les costumes, Roger Jensch s’est promis une ultime baroud d’honneur dont tout le monde va profiter en Mondiovision si la réalisation fait preuve de mansuétude : le dimanche 13 juillet, «les Mont’chaumettes seront sur le bord de la route du Tour de France juste avant le grand rond-point de Brassioux.En 2021, on était sur le rond-point et les coureurs étaient passés de chaque côté ; on ne nous avait pas vu. Là, on va se placer un peu avant.»
Regardez bien votre petit écran ou mieux, posez vous donc à Brassioux, ça devrait pas mal rigoler avec le coup de menton et un dernier envoi du bâton…