Celui qui ne met pas pied à terre

Grand Monsieur du Trial dans l’Indre, Philippe Yvernault est un dirigeant investi

Par Nicolas Tavarès

S’il avait fait le choix d’une carrière politique, Philippe Yvernault aurait-il opté pour le cumul des mandats? «Les combats idéologiques ne m’ont jamais vraiment plu, alors plutôt que la politique, j’ai fait le choix du sport.» Mécanique, tendance deux roues. Bien qu’il possède le plus grand intérêt pour la montagne et le golf, le Castrais, 66 ans, a passé plus de quarante années dans les chemins à escalader les obstacles en tout genre, en équilibre précaire sur sa machine. Philippe Yvernault et le trial, c’est une longue histoire d’amour qui se prolonge maintenant dans les arcanes du pouvoir fédéral. Mais avant de gravir les marches jusqu’à la Fédération Française de Motocyclisme, celui qui se revendique «gars de terrain» a su transformer sa Vallée noire natale en « Terre du Milieu » de la discipline Trial, attirant les plus grandes compétitions internationales sous sa casquette de Président du Trial Club du Pays de La Châtre (depuis 1984).

Sept championnats de France (entre 1991 et 2011), deux « Europe » (2001 & 2006), un Mondial (2006), un Trial des Nations (2013, video) sans parler des 3 Jours de trial dans l’Indre (24 éditions). Il n’en démord pas, seul il n’aurait rien fait. «Quand tu donnes un sens à ta vie, tu vis vachement mieux. Le mien, ça a été d’entraîner les gens pour organiser tout ça.» À embarquer localement les autres, forcément, à un moment tu acceptes de mettre ton expertise au service d’une plus grande échelle. En 2020, alors qu’il occupe déjà la présidence du comité moto de l’Indre, Philippe Yvernault prend sans préméditation la présidence de la Ligue du Centre-Val de Loire. Pour qui sait la main-mise des crossmen sur les instances régionales, un trialiste avait peu de chance de bousculer l’ordre établi. «Le président sortant et son équipe proche ne se représentaient pas. Après, ils n’ont pas dû se rendre compte qu’ils élisaient un « trialiste », lâche-t-il dans un sourire. Mon arrivée au Comité Directeur de la Fédération Française de Motocyclisme (2020) n’a été que la conséquence de mon arrivée à la Ligue.»

Lancement du kid trial

Observateur pendant la précédente olympiade, Philippe Yvernault est monté en grade en septembre dernier, devenant trésorier fédéral sur l’insistance du Président Sébastien Poirier. Dans la vie courante, l’Indrien avait été expert-comptable et mené son propre cabinet à Châteauroux. Son temps libre de jeune retraité a fait le reste. Empathique et consensuel, désormais en mission au plus haut niveau, il pose un regard détaché sur les jeux de pouvoir. «Je ne serais pas capable de diriger une fédération. Mais en étant président d’une ligue, tu fais déjà partie de ceux qui ont de l’impact sur le monde de la pratique sportive de la moto. Pendant ma première mandature régionale, je ne me suis absolument pas occupé du trial pour ne pas prêter le flanc à la critique. J’ai fédéré pour relancer la vitesse et l’enduro…»

«J’ai convoqué des États Généraux de la vitesse et nous sommes passés de 70 à 150 pilotes. Pour ma deuxième mandature, j’ai indiqué que j’allais m’occuper du trial. Nous avons lancé le Trial Kid (dont la première manche de la saison a lieu le 9 mars à Crozon-sur-Vauvre, ndlr) parce que pour susciter la pratique, il faut donner de la structure pour les premiers tours de roue. Au lancement, en avril 2024, nous avions quatre gamins. Ils sont une quinzaine aujourd’hui avec huit épreuves au calendrier.» Sous sa présidence, la Ligue du Centre-Val de Loire s’est refait une santé, flirtant désormais avec la barre des 3000 licenciés qui ont vu leur calendrier sportif se regonfler. «Sur l’olympiade, nous sommes une des ligues les plus en progression !» se félicite le Castrais. Voilà pour le côté face, celui du dirigeant.

La Route 66 à l’automne

Le côté pile, révèle un homme qui regarde l’horloge tourner et ça ne lui plaît guère. Il n’a pas eu le temps de retourner en road-trip après sa première expérience dans le désert de Bardenas (Espagne) avec un ami trop tôt disparu. Alors à l’automne, c’est décidé, en compagnie d’une bande de copains motards, il part faire la mythique Route 66 aux États-Unis. Concernant les gros événements dans son « stade de trial » de la Vicairie à La Châtre, il reconnaît avoir «dépassé son propre seuil de motivation pour relancer l’organisation d’une grande manifestation dans l’Indre. On a pourtant un terrain superbe. Mais en terme d’organisations, on a atteint l’Everest. Comment a-t-on pu faire tout ça ? Ce que je sais, c’est que tout seul, tu n’es rien.» Depuis quelque temps, Philippe Yvernault prépare tranquillement sa succession au club de La Châtre et entretient sa passion trialiste, «c’est la liberté, la légèreté, un exutoire», en posant toutefois un regard inquiet sur la nature qu’il a vu se dégrader depuis 40 ans. «Avec les copains, on a passé beaucoup de temps à ouvrir des chemins. Aujourd’hui, on voit les arbres qui crèvent.» La situation le touche. Et si c’était son prochain cheval de bataille dans les instances fédérales.

Voir plus d'articles