L’amour cette saga
Pour le festival Après le Dégel laissez-vous porter par les conférences courtoises de la Cie Aour
Le mouvement. Perpétuel ou non, qui réchauffe les corps transis de froid, permet d’aller dans un sens ou dans l’autre, ou celui qui, en l’occurrence, aide à sortir de la torpeur de l’hiver, le mouvement donc, Équinoxe-Scène nationale de Châteauroux a choisi d’en faire le fil rouge du festival Après le dégel. Il battra le pavé du 14 au 27 mai et sa programmation promet en bonne place sur l’affiche: «23 propositions, dont 17 gratuites, de théâtre de rue, cirque, danse et cinéma». Chacun trouvera son compte au coeur de cette programmation bigarrée. Et parmi tous ceux qui vont animer le rendez-vous, la Compagnie Aour accompagnera le mouvement en pistant l’amour, cette grande aventure qui se décline à l’envi.
Maud Fouassier et Thomas Nucci, la Compagnie Aour, ont choisi d’en faire des conférences théâtralisées. Une première a vu le jour en 2023 et a tourné à l’occasion de « En Campagne », l’itinérance artistique d’Équinoxe. Mais cette fois, « Conférence sur l’amour courtois », soutenu par la DRAC, va devenir saga. Qu’importe l’amour importe, qu’importe l’amour s’exporte alors pour Après le Dégel, les deux comédiens-conférenciers, accompagnés d’un nouvel équipier, Marc Garcia Coté, ont décidé d’affiner leur propos pour en faire un triptyque qu’ils présenteront les 24 et 25 mai.
Sarbacane et Jennifer Paige

«La Saga Courtoise est une création pour la rue coproduite par Équinoxe et La Nouvelle Vague France. J’adore les récits des troubadours et je rêvais d’une série théâtrale où le public retrouverait les mêmes personnages» raconte Thomas Nucci. Les épisodes ont des titres évocateurs : le médiéval « Quand tes yeux je regarde, je me perds dedans moi », le très soufflé de la sarbacane « On croyait savoir tout sur l’amour depuis toujours » et « It’s just a little crush », libre inspiration de Jennifer Paige. Les indices sont là: la « Saga Courtoise », c’est légèrement foutraque, très joyeux et assurément fougueux. Maud et Thomas revendiquent ce côté burlesque de la saga. C’est un peu leur marque de fabrique dans leur havre de paix de Gargilesse où ils se sont installés au moment du COVID. Dans leur vie d’avant pandémie, Maud, originaire d’Issoudun, s’est construite à la fois ici, dans l’Indre en fréquentant le Théâtre du Lamparo ou la Compagnie La Tarbasse ; et là-bas, du côté de Lyon, ville de ses premières formations en art clownesque, danse contemporaine et théâtre.

Thomas, lui, a grandi au Kremlin-Bicêtre, a été enfant-comédien à la Comédie Française avant de faire ses humanités auprès de Didier Bezace pour ensuite se frotter au répertoire de Marivaux, Feydeau, Labiche ou Shakespeare. On l’a vu au générique de plusieurs courts métrages et il fut également chroniqueur sur France Inter (On va tous y passer) puis sur France 2 (Folie Passagère) impertinent trublion dans l’équipe de l’animateur Frédéric Lopez.En 2017, la Compagnie Aour –«qui évoque la lumière en hébreu»– est portée sur les fonts baptismaux en région parisienne. L’intuition de l’acteur, la convivialité de la troupe, la puissance poétique en sont les piliers. «Mnouchkine, la Comédie-Française, les aventures collectives, m’ont donné l’envie de faire du théâtre» dit Thomas Nucci. Quand la pandémie est arrivée, comme d’autres Franciliens, Thomas et Maud ont voulu voir du pays, poursuivre leurs tribulations au grand air.
Une maison à Gargilesse

«L’étiquette non essentielle m’est restée là» assène le comédien en posant deux doigts sous la gorge. Une maison à louer du côté de Gargilesse viendra l’apaiser. Maud: «On a toujours besoin d’avoir un port d’attache. À peine installés, nous avons pu lancer des événements à Gargilesse.» Thomas a pris son rôle de néo berrichon très au sérieux : il est devenu 1er adjoint au maire de la commune et, fruit d’une rencontre avec le musicien Greg Jolivet, s’est même mis à la vielle à roue… Dans le sud de l’Indre, le duo «invente (son) langage artistique et désormais ce langage se déploie.»

En mai et juin, la saga courtoise sera dans la rue, soutenu par La Nouvelle Vague France, réseau d’accompagnement d’artistes en espaces publics : Après le Dégel, Fêtes de la Tour Blanche à Issoudun, Les Années Joué à Joué-les-Tours ou Festival à la rue à Mennetou-Salon vont redonner l’envie d’aimer. En parallèle, Maud a choisi de reprendre le cours de son histoire avec « Paradis », «solo de clown de création contemporaine» mis en scène par Thomas. Avec lui, elle «invente, triture et déploie une créature clownesque.» Et puisque qu’il n’y a pas «une seule façon de rencontrer un public. Nous choisissons notre écrin, notre décor», « Paradis » se dévoile en salle ou sous chapiteau. «Nous rêvons de continuer à avoir un espace de laboratoire» insiste Maud. D’aucuns en feraient matière à conférence.