Le cirque Bidon tient la route

par Nicolas Tavarès

François Rauline et sa troupe repartent pour un tour de piste

En tout début d’année, certains ont cru deviner que 2025 serait l’ultime saison de François Rauline, le créateur du cirque Bidon. Quelques mois plus tard, au coeur du printemps, évoquer le sujet devant l’intéressé soulève son indifférence et tire un sourire entendu à Géraldine Ferrec, la responsable administrative du cirque qui dévoile : «Pendant l’hiver, François a toujours un petit coup de moins bien. Je le connais, c’est difficile de se dire qu’il va falloir repartir, surtout à son âge. Mais il est un peu comme Molière…» Mourir en scène, on y pensera le plus tard possible, mais quand on dispose d’un capital sympathie aussi fort que celui du cirque Bidon, on ne s’arrête pas en si bon chemin. « Sur la Route », la tournée 2025, a pris son envol depuis Nohant le 24 mai et si ses 78 printemps lui pèsent, François reste plus que jamais fidèle au poste.

Une funambule américaine

Juliette funambule américaine

En cette journée ensoleillée de mai, le cirque Bidon est en résidence chez George Sand. Assis dans les gradins, le patriarche observe, conseille, rectifie. Toujours en économisant ses mots. «La résidence, c’est le moment où tu découvres véritablement les personnes. Les auditions ont lieu d’octobre à février, mais c’est là que tu vois si tu ne t’es pas trompé sur les artistes.» Parmi ceux qui ont rejoint la troupe, il y a Juliette, funambule et contorsionniste originaire de Boston, venue de Toulouse où elle était pensionnaire d’une école du cirque.

Sur la piste, l’Américaine marche, entre autres, sur des bouteilles de champagne. En coulisses, elle mesure déjà la chance qu’elle a d’avoir rejoint l’aventure: «Je sors d’une saison avec une troupe de funambules. La vie d’artiste de cirque, faire la route avec les chevaux, j’adore ça. Si François ne parle pas beaucoup, il a un bon regard sur la mise en scène. On a le temps qu’il faut pour répéter. Maintenant, je suis pressée de partir.» Un sentiment partagé par toute la troupe.

Les autodidactes des débuts

Ils seront treize, à bord de douze roulottes à offrir 70 représentations jusqu’en septembre et faire chaque semaine des sauts de puce, d’un village à l’autre. La vie en communauté mettra parfois le groupe à l’épreuve, c’est courant. «À mon âge, je prends ça avec philosophie» sourit François Rauline. Reste la rigueur. À ses yeux, seul compte le spectacle et l’histoire d’un cirque qui se vit le nez dans les étoiles, «avec, parfois, la petite laine, le parapluie et les bottes quand la météo est à la pluie» plaisante Géraldine avant que François remette dans le contexte: «Son nom, le cirque Bidon le tire du fait qu’on ne savait rien faire quand on l’a créé. Tout a démarré en 1976 en Bretagne. On a traversé la France en trois ans puis on est passé en Italie. Nous étions autodidactes.» Clown, jongleur, dresseur de poules ou Monsieur Loyal, François a appris sur le tas. Aujourd’hui, il transmet comme avec Chloris, jeune clown écuyère à qui il a confié un vieux numéro équestre qu’il avait créé avec sa compagne.

L’humour et la dérision

«Le public, il faut le toucher, le surprendre, le faire rêver. L’humour et la dérision passent avant la technique. Et le rythme est très important. Il faut que les gens soient constamment avec nous!» « Sur la Route », c’est quinze numéros, deux heures de spectacle le tout pour 15€. Il n’en fait pas une question d’argent, mais tout de même, François Rauline s’agace à ne plus être reconnu par les collectivités. «Tous les artistes, comédiens, techniciens sont payés. Nous avons perdu la subvention de la Région. On constitue les dossiers, mais rien ne revient. Pourtant nous travaillons avec les écoles, c’est du bénévolat. Lorsqu’on se déplace d’une ville à l’autre, pendant cinq heures de route, les gens s’arrêtent pour nous regarder. Avec les roulottes on créé une animation. Il est là le capital sympathie du cirque Bidon.»

L’engouement d’après COVID

Le chef semble résigné, perdu dans ses pensées puis reprend : «Plein de communes nous appellent pour qu’on vienne chez elles. Depuis le COVID il y a un véritablement engouement, on reçoit des demandes de toute la France. Le souci quand tu te déplaces en roulotte, à 4-5km/h, c’est que tu ne peux pas faire plus de 20-25 kilomètres par jour.» Une tournée du cirque Bidon ne s’improvise pas, elle dépend de l’allure des chevaux. Cet été, le convoi se promènera du Cher au nord ouest de l’Indre. À l’automne il sera temps d’envisager 2026 et le cinquantième anniversaire. «On aura passé 30 ans à mettre tout ça d’aplomb, j’en avais rêvé. L’an prochain, je voudrais repartir en Italie, dans le Piémont. Que peut-on me souhaiter de plus? Des voyages sur les petites routes et le public qui applaudit longuement à la fin du spectacle ; ça c’est mon moment privilégié!» Un anniversaire, une tournée à l’étranger… Qu’on se le dise, François Rauline n’en a pas terminé avec les tours de piste.
Les dates de la tournée sont dans l’agenda

Tournée du cirque Bidon

  • Chezal-Benoît (Cher, 4 au 8 juin)
  • Charost (11 au 15)
  • Foëcy (18 au 24)
  • Vierzon (18 au 5 juillet)
  • Vatan (9 au 12 juillet)
  • Valençay (15 au 20)
  • Faverolles (23 au 27)
  • Veuil (30 au 2 août)
  • Levroux (5 au 9 août)
  • Villedieu (12 au 16)
  • Le Poinçonnet (19 au 23)
  • Fougerolles (27 au 31 août)
  • Sainte-Sévère (3 au 7 septembre)
  • Tarifs : 10€ à 15€. Renseignements, tél. : 06 71 74 19 97 ou 09 62 61 26 18.

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