Remordre à pleines dents
par Nicolas TavaresLes Piranhas de Châteauroux ont retrouvé l’appétit en même temps que les joutes de Nationale
Le piranha, poisson solitaire, trouve sa force dans le collectif. Il n’hésitera jamais à s’attaquer à plus gros que lui dès lors qu’il nagera en banc. Les Piranhas de Châteauroux, c’est un peu pareil. Ils ne nagent pas mais sont montés sur roller depuis 1998. Cette saison, ils appliquent le mode de vie des poissons carnivores pour se faire une place au soleil. Après avoir connu un trou d’air au moment du COVID, les Piranhas retrouvent en effet des couleurs en évoluant groupés et cela ne s’invente pas : ils doivent ce renouveau à un…repêchage.
Installés depuis plusieurs saisons en championnat régional de roller hockey (c’est comme du hockey, mais avec la glace en moins), les frétillants carnivores de Châteauroux ont bénéficié d’une invitation de dernière minute en Nationale 3 à la fin de l’été dernier. «C’était un challenge ambitieux, admet avec le recul, le président Benjamin Laurent. Mais c’était surtout une opportunité incroyable pour le club de bénéficier d’une visibilité.»

De retour à l’échelon national – ils ont évolué jusqu’en Nationale 2 à la fin des années 2000 -, les Piranhas ont vu le banc se regarnir et ils ne seront pas loin de 180 licenciés en fin de saison, un record depuis 15 ans. Le succès s’explique par l’offre de pratiques qui permet d’attirer tout type de public à condition de tenir sur des rollers. Femmes ou hommes, jeunes ou moins jeunes, le club résidant du gymnase Jablonsky décline ses activités en école de patinage, en roller hockey, en roller derby et en randonnée.
Une large offre de pratiques

Jimmy Delanne, lui, a la lourde tâche de coacher l’équipe fanion. Dans une poule de huit, les Piranhas doivent se frotter à quatre formations franciliennes dont certaines réserves de Nationale 1 ou 2. «Nous sommes vraiment l’équipe la plus hétérogène de la poule puisqu’aucun joueur n’a d’expérience à ce niveau. La plupart n’ont connu que le niveau régional et en termes d’âge, nous allons de 15 à plus de 40 ans. Mais on arrive quand même à faire des choses.»
Certes les Piranhas restent scotchés en fond de classe avec seulement deux succès au compteur. Mais ils ne sont pas les seuls envasés et puis, surtout, les dents s’aiguisent peu à peu. Les dirigeants comptent sur l’état d’esprit maison pour faire le reste. «L’idéal serait de se maintenir en terminant 6e du championnat. L’objectif ambitieux, ce serait de terminer 5e.» Il faudra pour cela que le meilleur buteur de l’équipe voit poindre du soutien.
La famille roller

Avant la trêve de Noël, Benjamin Laurent était le fameux goleador du club. À 42 ans, le président n’a découvert le roller hockey qu’il y a quatre saisons : «J’avais 25 ans de rugby derrière moi. J’ai connu le club en 2018 quand mon fils de 7 ans a débuté le roller (ses deux filles patinent également et le petit dernier, 14 mois, a déjà une crosse en main, ndlr). Je suis content d’avoir marqué des buts sur la première partie de saison, c’était vraiment une surprise, mais c’est grâce au travail de mes coéquipiers et très sincèrement, je ne demande qu’à être dépassé par nos jeunes joueurs.»
Révéler les talents, c’est la mission de Jimmy Delanne, également chargé de donner du liant au groupe. Du haut de ses 34 ans, il demeure avec Alexandre Bassi et Jimmy Kersaho l’un des rares licenciés de la première heure. Jimmy avait quitté la région pour ses études avant de revenir en 2019.
Un grave accident de moto aurait pu l’éloigner complètement du roller hockey, mais au prix de plusieurs mois d’une rude rééducation, il a pu rechausser les rollers et le voilà désormais dans la lignée des Ludovic Hantz et Fabien Lamoussière, deux techniciens qui ont écrit l’histoire du club : le premier en développant la pratique avec la bénédiction du président d’alors, Antonio Ferrandiz, le second en portant le club jusqu’en Nationale 2.
Aujourd’hui, Jimmy Delanne a un sacré héritage entre les mains. Benjamin Laurent : «Il faut voir cette saison comme un apprentissage accéléré. Une fois le maintien assuré, nous pourrons préparer sereinement la saison prochaine avec l’intégration de jeune joueurs formés aux Piranhas. Nous espérons pouvoir engager une deuxième équipe senior en championnat régional et nous allons également continuer à faire connaître nos différentes pratiques et notamment le roller hockey, sport très complet et surtout mixte dans toutes les catégories.» Pour sortir des eaux troubles du championnat, peu importe le genre : il faut savoir nager en rangs serrés et avoir les dents bien aiguisées.