Piteau et les pains de Noël

par Nicolas Tavares

La boxeuse saint-mauroise s’offre le Mach36 pour aller chercher un titre mondial


Maintenant qu’elle aspire à laisser une trace dans la boxe mondiale, il y a un petit détail que Victoire Piteau va devoir régler. Oh ! Trois fois rien ; cela pourra même attendre la fin de la soirée de gala du samedi 13 décembre au Mach36. Après, la jeune boxeuse saint-mauroise (26 ans), championne d’Europe en titre, ne pourra plus faire l’économie d’un élément indispensable sur le CV des plus grandes : un surnom. Quand Claressa Shields, reine chez les poids moyens, ajoute une victoire à son palmarès, son adversaire sait qu’elle est tombée face à « T-Rex ». Chez les super légères, la catégorie de Victoire Piteau, la patronne reste pour le moment Samantha « The Heat » Worthington, rencontrée en juillet dernier pour un combat où l’Américaine mettait sa couronne en jeu. Devant 20 000 spectateurs rassemblés dans la Little Caesar’s Arena de Detroit, l’opposition s’était terminée sur une défaite aux points de l’Indrienne (99-91/96-94/95-95).

Le 13 décembre prochain, c’est « La China », autrement dit la Vénézuélienne Alys Sanchez qui va se dresser face à la Saint-Mauroise. Si proche du combat, la quête d’un sobriquet relève bien sûr de l’anecdote. Victoire Piteau a bien d’autres priorités en tête ; à commencer par ce combat pour le titre de championne du monde WBA Gold.

Quatre fédérations qui comptent

D’emblée, ce Gold qui se raccroche à un trophée prestigieux incite Victoire Piteau à le remettre dans le contexte : «Je n’aime pas mentir aux gens, prévient la boxeuse. C’est une ceinture décernée par la WBA. Mais concrètement, ma vision des choses c’est qu’un jour je dirai que je suis championne du monde si je remporte le titre de l’une des quatre fédérations (WBC, WBA, WBO ou IBF, ndlr). Je ne retire rien aux autres fédérations, mais ce sont les quatre qui comptent.» Pour aller chercher le Graal, la boxeuse indrienne se donne donc deux à trois ans maximum et la route vers les sommets passe par la soirée du 13 décembre, la première du genre au Mach36.

«C’est un passage obligé. Je suis très heureuse de reboxer pour la WBA parce que je suis restée un peu sur ma faim après mon combat face à Worthington. Mais j’ai fait le travail pour briller une première fois. Detroit reste le plus beau et le plus grand moment de ma carrière. Ça ne s’est pas soldé par une victoire, mais j’y ai gagné beaucoup, beaucoup d’expérience. Maintenant, c’est paradoxal, c’est au Mach36, qui peut accueillir 3000, 3500 personnes, que je vais boxer et où j’aurai presque plus de pression qu’aux États-Unis.» L’organisation de cette soirée exceptionnelle incombe à Sébastien Piteau. Le père de la boxeuse y voit tous les ingrédients pour en faire l’égal du championnat du monde WBA de Bruno Girard organisé en 2000 par Louis Acariès et Michel Denisot sous un chapiteau dressé à Belle-Isle.

Remplir le Mach36

Piteau senior se démène pour remplir le Mach36 et c’est là sa seule mission car depuis un an, le cordon entre lui et sa fille a été (enfin) rompu. Le plus naturellement du monde. La boxeuse: «C’était le moment et ce qui est beau, c’est que ça a été une décision commune. J’ai commencé la boxe à 7 ans et pendant vingt ans, c’était la même salle, le même chemin, les mêmes têtes. Je les adore ces têtes-là, mais j’avais besoin de voir autre chose.» Il y a un an, au prétexte de préparer tranquillement son championnat d’Europe, la boxeuse avait filé à Lavaur (Tarn) pour s’entraîner dans la salle de Nicolas Fernandez (photo ci-dessus).

«La salle où je m’entraîne est un vrai cocon. J’ai trouvé que Lavaur était une belle ville. En plus, j’ai la chance d’avoir un employeur conciliant (elle travaille dans un établissement pénitentiaire pour mineurs, ndlr) qui me permet de faire du télétravail. Je m’entraîne deux fois par jour. Nicolas (Fernandez) a pu faire de nouvelles choses. Il y avait des qualités qui dormaient en moi et que je n’avais jamais exploitées.Avant, je ne travaillais jamais avec mon bras arrière. J’ai aussi pu revoir toute ma technique de déplacement.» Dans le Tarn, Victoire Piteau s’est émancipée, affirmée aussi. «Ça s’était vu pendant mon championnat d’Europe.»

Worthington (photo ci-dessus) a failli l’apprendre à ses dépens ce qui laisse penser que loin de Detroit et des États-Unis, le résultat de juillet dernier aurait sans doute été tout autre. Inscrite au plus haut de l’affiche d’une soirée qui comptera cinq autres combats professionnels, Victoire Piteau entend bien être poussée par son public pour renverser l’expérimentée Sanchez (39 ans) : «J’ai envie que les gens soient avec moi, mais j’ai surtout envie qu’ils respectent mon adversaire.» Il doit bien y avoir un mot pour ça. On pourrait même en tirer un surnom…

Championnat du Monde WBA Gold
Victoire Piteau vs Alys Sanchez (Ven.)
samedi 13 décembre
Mach36 à Déols

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