Sur le bord de la route

par Nicolas Tavarès

Jean-Christophe Vernet revit sa passion du Dakar originel avec la Route des Légendes


Jean-Christophe Vernet fait partie du camp des puristes : ceux qui ont cessé de s’intéresser au Dakar lorsqu’il a pris la direction de l’Amérique du sud. Les mêmes qui savent exactement ce qu’ils faisaient le 14 janvier 1986 lorsqu’ils ont appris le crash de l’hélico de Thierry Sabine et Daniel Balavoine. Pour Jean-Christophe Vernet, il n’y a qu’un seul Dakar : celui qui s’élançait de Paris pour descendre la Nationale 20 via Châteauroux, «une course pour les amateurs ouverte aux pros et pas le contraire comme aujourd’hui !» On vous parle là d’un temps où l’aventure se vivait dans le coffre des différentes Renault des frères Marreau, où Cyril Neveu était un petit prince des dunes, où le Hollandais Jan de Rooy traçait sa route sans modération à bord de son camion Daf, où, enfin, les regrettés Hubert Auriol et René Metge étaient considérés comme des seigneurs que Thierry Sabine, créateur du rallye-raid, menait vers le Sénégal et l’arrivé au lac rose.

L’aventure dans la salle de bain

La mémoire efface certains souvenirs. Jean-Christophe Vernet a gardé intact ceux qui concernent le passage de l’épreuve dans l’Indre de 1983 à 1989. Parce qu’ils le ramènent à son adolescence et ce moment précis où il voyait arriver les premiers concurrents dans ce qui deviendrait plus tard la zone commerciale Cap Sud. C’était le matin du jour de l’An et malgré les effluves du réveillon, on se pressait autour du garage Lamarche et son ravito, puis un peu plus tard à Belle-Isle. Jean- Christophe, lui, était au premier rang avec son père, leurs appareils photo en main : «Mon père faisait de la couleur, moi du noir et blanc. On développait ensuite nos films dans la salle de bain et c’est l’aventure qui continuait en archivant nos photos grâce à la liste des concurrents qu’on trouvait dans le magazine VSD.»

À partir de 1990, le Dakar a dévié sa route, oubliant Châteauroux. L’année suivante, le père de Jean- Christophe s’en est allé. De cette époque, il a conservé des dizaines d’albums dont il numérise petit à petit tous les clichés. Trente ans plus tard, en 2022, le Castelroussin apprend que des nostalgiques du Paris-Dakar mettent sur pied un raid historique de Versailles à Sète. L’événement est baptisé Hubert Auriol Classic et rejouera la mythique descente de la 20 jusqu’à Sète. Le sang de Jean-Christophe ne fait alors qu’un tour. Lui qui échangeait régulièrement avec d’anciennes gloires de l’épreuve se signale et propose ses services comme référent pour préparer une halte à Châteauroux. «J’ai voulu recréer ce que j’avais vécu plus jeune à Belle-Isle» témoigne-t-il.

Une spéciale à Orléans

La première édition de la Hubert Auriol Classic ne restera pas un grand souvenir : «Disons que c’était un rodage, lâche-t-il poliment. La deuxième édition, en 2024, est devenue la Route des Légendes et a été reprise par Thierry Roger et Philippe Vassard, des historiques. L’an dernier, il y avait une quinzaine de voitures et une quarantaine de motos. Pour la troisième, c’est la folie : plus de cent voitures et motos sont inscrites.» L’événement a pris tant d’ampleur que le vendredi 26 septembre, après s’être élancé de Versailles, les participants auront droit à une spéciale sur le circuit d’Orléans-Sougy.

Ils fileront ensuite vers Châteauroux où ils passeront la nuit : «Ils arriveront vers 18h au parc fermé à l’ancienne piscine à vagues de Belle-Isle puis ils dîneront à la Guinguette. Le samedi matin, le départ moto est fixé à 7h30 par groupes de 5 pour traverser la ville avant de reprendre l’autoroute.» À l’évocation de cette étape, le regard de Jean-Christophe s’illumine. Depuis des mois, il se démène pour que le passage de la Route des Légendes à Châteauroux marque les esprits. Il s’enquiert régulièrement de la liste des engagés et s’enflamme à l’idée de revoir «la Renault 18 des frères Marreau, les Yamaha Ténéré bleues et bien d’autres véhicules encore.»

Il n’a qu’un seul regret : ne pas voir débouler une réplique d’un Daf de De Rooy. «En 1988, l’année de mes 18 ans, j’ai décroché mon CAP de mécanicien poids lourds. Je rêvais de travailler dans une équipe.» L’opportunité ne s’est pas présentée et Jean-Christophe a continué d’aligner consciencieusement ses albums, vivant le Dakar depuis son Châteauroux natal. L’organisation de la Route des Légendes lui aurait sans doute réservé une petite place pour enfin accompagner le convoi jusqu’à Sète, mais fragile du coeur, Jean-Christophe se contentera une fois encore de regarder passer la caravane qui filera en le laissant sur le bord de la route : «Il y avait de la frustration à les voir partir à l’époque, mais cette fois, mon petit plaisir est ailleurs : celui d’être passé de simple spectateur à acteur grâce à la Route des Légendes

La Route des Légendes à Châteauroux

Les 26 et 27 septembre

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