Le Gravel à la sauce indrienne
par Nicolas TavarèsRencontre avec des accros de ce vélo tendance qui mène loin par les chemins

Le Gravel, il y a ceux qui en usent et les autres qui n’ont pas la moindre idée de ce que c’est. Et puis il y a François Berton. Des six organisateurs indriens (avec Jean-François Hermet, Guy Brulon, Jean-Pierre Jouhaud, Jean-Marie Allègre et Damien Cadoux) qui se sont unis en un même calendrier, le Gravel Boischaut Sud Berry 36, il est sans doute le plus acharné de tous. «Le Gravel, ça rend accro» se justifie-t-il. François incarne la pratique du bikepacking, c’est-à-dire le Gravel avec bagages sur de longues distances. Mais avant d’aller plus loin avec ce passionné, il convient d’en savoir un peu plus sur ce qu’est le Gravel.
Pour vulgariser la chose, disons qu’il s’agit d’une discipline passe-partout, parfait compromis entre le VTT et le vélo de route, version ultradistance. La machine est idéale pour emprunter les chemins, en terre ou en gravier (en anglais gravel) sans s’interdire les portions de bitume, mais le moins possible. «C’est un vélo qui permet de rouler en totale liberté, estime Patrice Girault, gérant du magasin Cyclone au forum du Poinçonnet. Il se caractérise par des pneus plus larges, propose une ergonomie plus simple et surtout il est plus confortable. Il y a évidemment un effet de mode qui attire une clientèle qui découvre le vélo et choisit de se lancer directement en Gravel. Ensuite le spectre est large entre ceux qui en font en compétition et ceux qui préfèrent aller vers la balade, le voyage.»
Pas l’esprit de compétition

En termes de prix, comptez entre 1000 et 1200€ pour l’entrée de gamme ; pour du matériel plus pointu, il faut monter le curseur aux alentours des 3000€. Si vous optez pour le bikepacking il y aura encore le coût des bagages à ajouter à la note. Le Gravel, François Berton a tant à dire sur le sujet, qu’il convient de cibler les priorités. D’emblée, dans son propos, on comprend qu’il en a fait une philosophie de vie et le mot compétition est banni du langage. «Pour moi, c’est d’abord le confort ; un moyen de sortir des routes à circulation et qui permet de rouler longtemps. Jean-Marie Allègre a dit que le Gravel, c’est passer par de « petites mauvaises routes et de bons chemins », c’est exactement ça. L’objectif c’est d’observer le paysage…et s’arrêter dans les boulangeries!» Il faut bien remettre du carburant dans les organismes ; François a donc fait du casse-croûte un incontournable des rendez-vous qu’il organise avec son club de l’USVTT Poinçonnois.
«Avec le Gravel, particulièrement sur les plus longues distances (150, 200km), on apprend à gérer ses limites. Le mental prend alors très vite le dessus.» Comme il aime aller loin en ménageant sa monture, François Berton a créé le Berry to Ocean (lire ci-dessous) pour lequel les épreuves du calendrier servent de préparation. C’est en tout cas ainsi que l’entend Jean-François Hermet, lui qui organise les 17 et 18 mai le Gravel des Maîtres sonneurs entre Berry et Bourbonnais. Il a longtemps donné au VTT. La Transberrichonne dans les années 90, c’est lui (avec Patrick Augay). «Le VTT n’est pas mort, mais j’aime les idées nouvelles alors François, qui est un cas particulier m’a fait basculer. Mais les boulangeries c’est pas possible (rire). Même en reco j’ai du mal à m’arrêter, je préfère sortir une pâte de fruit.»
Jean-François excelle dans les reconnaissances de parcours. «On a une bonne réputation en matière de traçage. L’office de tourisme de La Châtre m’a même demandé de lui fournir deux parcours. Me voilà consultant touristique!»Avec leurs casquettes d’organisateurs François et Jean-François s’accordent sur la qualité de l’accueil: «Je veux connaître tous les gens qui participent à notre rando. Quand ils s’inscrivent, ils reçoivent une newsletter, on ouvre un groupe Whatsapp dans lequel on échange sur la technique, où je transmets la trace (les points GPS à suivre tout au long du parcours, ndlr). Je passe également la commande de viennoiseries de chacun, à une boulangerie sur le parcours. Et si les gens arrivent la veille, on les emmène manger un morceau, souvent une pizza.» Et de résumer sa vision du Gravel en une phrase: «On est là pour bien vivre et passer du bon temps!»

François Berton a créé la Berry to Ocean en 2022. «La première, c’était une découverte, on a fait Le Poinçonnet-Oléron en 2 jours (300km). En 2023, on est passé à 3 jours et 450km. Cette année (12 au 15 août), ce sera 4 jours et l’année prochaine, direction Collioure pour 880km en 5 jours.» Qui veut accompagner le Poinçonnois doit remplir quelques critères : «Être capable de faire 100 km, si on se prépare mentalement on pourra passer à 150. La 2e étape, c’est réaliser ça deux jours de suite pour la répétition des efforts. Enfin, il faut penser aux bagages qui ne doivent pas excéder 8-9 kg.»