Alors on danse !

par Nicolas Tavares

35 professeurs, 25 disciplines, 13 jours de stage. Plongée aux origines de Darc

Les concerts de la place Voltaire et ses différentes déclinaisons au pays ou au quartier finiraient presque par faire oublier que Darc est avant tout un événement consacré à la danse. C’est par tous les professionnels qui y interviennent, toutes les disciplines proposées, que le rendez-vous a acquis ses lettres de noblesse et la renommée internationale qui va avec. Mais comme Rome ne s’est pas faite en un jour, Darc (Danse-Art-Rythme-Culture) a pris son temps pour grandir. Lorsqu’ils l’ont créé en 1976, Nadia Coulon, Nicole Ivars, Max Ploquin et d’autres imaginaient-ils seulement que la manifestation prendrait une telle ampleur dans la ville ?

Directeur artistique, Éric Bellet se souvient «des cinq ou six disciplines qui composaient le programme de la première édition. Il y avait du modern jazz, des claquettes ou de la danse classique, notamment. La réussite de Darc, c’est d’y être allé progressivement. Et puis nous avons eu la chance de disposer de Belle-Isle, un outil formidable qui ne serait pas transposable ailleurs.» Au long des années, celui qui incarne Darc a vu le site de Belle-Isle devenir un véritable village dédié à la pratique et ce, le temps d’une quinzaine aoûtienne (9 au 21 août) que certains appréhendent comme un pélerinage. Sous les différents chapiteaux, gymnase et dans le hall des expos, parquets flottants et tapis ont fini de donner à tout l’ensemble l’allure d’un gigantesque studio de danse.

Un village à Belle-Isle

«Nous avons amélioré la vie des stagiaires dans le village : il y a un kiné, un médecin, une infirmière présents tous les jours ; ils peuvent y manger, se reposer, déposer leur linge pour le retrouver propre 48h après grâce à l’association Agir. Je veille simplement à ce que le village garde une notion de travail et de convivialité.» Car le stage Darc, pour ceux qui l’ignorent encore, est ouvert au public. «La timidité naturelle des Berrichons» dispense Belle-Isle d’un débarquement de hordes de visiteurs et «les stagiaires ont quand même besoin de sérénité ; ils travaillent. Mais on laisse les gens venir et lorsque je vois un couple avec un enfant assis à côté du parquet pendant un cours, je me dis que ça peut donner l’envie d’essayer la danse.» La référence au couple avec enfant n’est pas anodine dans le discours d’Éric Bellet.

Le profil des stagiaires évolue : «Aujourd’hui, on s’inscrit aussi en famille ; les parents vont prendre des cours de flamenco et les enfants font du dancehall ou du hip-hop. Depuis trois ans, on a d’ailleurs ajouté un tarif famille.» Chacun sait de toute manière ce qu’il vient chercher à Châteauroux : «Treize jours originaux entre travail et plaisir et pour rencontrer des profs qui ont leur propre compagnie.» Nous voilà donc au coeur du réacteur de Darc : la qualité de son enseignement… Comme le disait le directeur artistique en préambule, Darc s’est construit tranquillement, mais désormais, 35 professeurs répondent à l’appel et le catalogue de Darc propose presque autant de disciplines. «Quand nous faisons visiter le stage, j’ai tendance à dire que c’est Fame. C’est en tout cas l’impression que cela donne.»

Des airs de Fame

Ici, il n’y a ni Alan Parker derrière la caméra, ni les murs de la High School of Performing Arts de Manhattan, mais «le number one : la qualité de nos professeurs» loue Éric Bellet. Anne-Marie Porras, Martine Harmel, Alexis Renaud, Larrio Ekson ou Isabelle Riddez ont encadré ou encadrent encore, quand John Boswell compte sans doute le plus d’années de fidélité à Darc. «Une relation de confiance s’installe avec les professeurs. Ils sont évidemment payés pour intervenir, mais cela va bien au-delà du contrat ; il y a un état d’esprit et c’est sans doute ce qui fait une des forces de la manifestation. Avec 13 jours, 35 professeurs et accompagnateurs musicaux, 25 disciplines, il n’existe aucun autre stage du genre en France.» On comprend mieux pourquoi Darc attire chaque année des stagiaires venus de l’Hexagone mais aussi de Corée du sud, du Nigéria, d’Afrique du sud ou des États-Unis.

Partenariats et quartiers

Le nombre de stagiaires locaux inscrits à Darc est de plus en plus conséquent. «Nous avons mis en place des choses avec les collectivités locales et des entreprises qui offrent des stages. Des membres d’écoles de danse de l’Indre s’inscrivent également.» Par le biais d’un partenariat avec la maison de quartier Saint-Jean, Darc sensibilise par ailleurs un jeune public au hip-hop ou aux percussions. «On est en plein dans l’éducation populaire là, se satisfait Éric Bellet. Je ne vais pas dire qu’une vingtaine de gamins vont aller, ensuite, faire une demande au Département pour participer au stage l’année d’après, mais s’il n’y en a que 2 ou 3, on sera gagnant quelque part!»

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