Ce que femmes veulent

Ces dames connaissent la musique : le 8 mars, l’Orchestre d’Harmonie Départemental de l’Indre leur laisse donc les clés

Par Nicolas Tavarès

L’Orchestre d’Harmonie Départemental de l’Indre (OHDI) est une machine désormais parfaitement bien huilée. Porté par l’association Indre’n Tutti que préside Marc-Antoine Gatefait, l’OHDI rassemble plus de 80 musiciens confirmés, amateurs ou professionnels. De fait, «cette utopie devenue succès depuis 2014» comme l’avance le dossier de presse présentant le projet, ne tolère pas l’à-peu-près. À l’heure où vous lirez ces lignes, Marc-Antoine Gatefait aura dévoilé le programme de l’année dont l’axe fort – « Comme un air de fête » – se prépare depuis l’automne. Les répétitions vont d’ailleurs déjà bon train sur la route menant à Vatan et Sainte-Sévère (lire par ailleurs).

Pour autant, Ludovic Rabier, le directeur artistique, s’autorisant parfois quelques pas de côté, l’OHDI va en faire un grand le 8 mars prochain à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Le temps d’un unique concert donné à la salle des fêtes de Déols, le chef d’orchestre va en effet confier les clés de l’OHDI aux femmes, direction comprise. Ludovic Rabier : «Nous avons décidé ce concert à Déols parce que la maire (Delphine Geneste) et l’adjointe à la culture (Marie Sallé) sont des femmes, que Indre’n Tutti a son siège dans la ville et que nous voulions participer à la vie de Déols.» Si le musicien concède qu’il n’a pas été simple de combler certains pupitres, «le tuba n’est pas un instrument très féminin», il convient en revanche avoir rapidement jeté son dévolu sur Jane Latron pour qu’elle prenne la direction de l’orchestre.

Première direction à 15 ans

«Nous nous sommes rencontrés pendant l’académie Au fil de l’Indre il y a deux ans, se remémore Ludovic Rabier. Elle mène depuis longtemps une belle carrière et travaille notamment avec Fabien Cyprien, l’un des conseillers musicaux de l’OHDI. Nous lui avons donné carte blanche pour préparer tout le programme!»

L’intéressée confirme : «Lorsque Ludovic m’a appelée il y a quelques mois pour me faire part du projet, ça m’a tout de suite parlé. Je porte cette cause, parce que le métier de chef d’orchestre est encore assez fermé aux femmes. En 1930, la première cheffe française, Jane Evrard, avait dû créer son propre orchestre féminin pour pouvoir diriger. Pour ma part, j’ai commencé la musique par la clarinette et les percussions, mais à 11 ans, j’ai eu le déclic et j’ai eu ma première direction d’orchestre d’harmonie à 15 ans.»

Déols, Avignon, Marseille

Jane Latron ne cache d’ailleurs pas son agacement face à la situation actuelle : «Il n’y a que 2% de femmes cheffes d’orchestre en France ; c’est affligeant !» Elle n’a donc pas hésité une seule seconde quand Ludovic Rabier lui a fait part de l’envie de confier l’OHDI à ces dames et ce, en dépit d’un agenda très chargé. Début février (le 7) elle dirigera « La Petite Sirène » à l’opéra du Grand Avignon puis viendra avril et l’opéra de Marseille. Mi-janvier, la cheffe d’orchestre a dirigé la première des deux répétitions de la version féminine de l’OHDI, la seconde aura lieu le jour du concert du 8 mars. «J’ai choisi un programme autour des héroïnes comme Anne Frank, Mary Poppins ou Carmen.»

Ludovic Rabier, lui, en piaffe d’impatience : «Nous avions hésité à faire ce concert compte tenu du fait que la saison de l’OHDI était lancée et que nous ne serions pas dans le dispositif habituel. Le 8 mars, elles seront 40 à 50 femmes à jouer. Mais c’est un one shot et nous avons d’autres idées dans les sacoches.» Quand la journée débutera, le directeur artistique promet quant à lui de «s’occuper du catering.» Un chef d’orchestre aux fourneaux pendant que ces dames jouent en public, que dire de plus ?

L’OHDI au féminin
Samedi 8 mars
Salle des Fêtes de Déols

Comme un air de fête


En 2024, les musiciens de l’OHDI avaient défié l’Olympe, rendant deux belles copies à Saint-Benoît-du-Sault et Issoudun. En 2025, il y aura « Comme un air de fête » à Vatan et Sainte-Sévère, les deux cités choisies pour y présenter le nouveau programme de l’orchestre. Les arrangements spécifiques ont été confiés à Jean-Jacques Charles, chef de la Musique des Gardiens de la Paix de Paris. Le 6 novembre dernier, lors de la soirée des partenaires de l’OHDI, Marc Fleuret, président du conseil départemental de l’Indre avait par ailleurs annoncé que la collectivité allait financer ledit arrangement. «Il s’agira donc d’une création présentée en avant-première à Vatan et Sainte-Sévère», s’était alors félicité le président.

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