Se souvenir des belles choses
Avec les championnats de France 10/18m, le CNTS retrouve la vie normale.
Par Nicolas Tavarès

Le Centre National du Tir Sportif (CNTS) va enfin renouer avec une certaine routine, en l’occurrence les championnats de France 10/18m qui vont rassembler 2600 tireurs (10-15 février). Plus de 2500 compétiteurs, c’est autrement plus conséquent que les 370 tireurs en lice pour les Jeux Olympiques il y a un peu plus de six mois. Comme tout le monde, la Fédération française de tir a refermé la parenthèse enchantée de Paris 2024 et a tiré les enseignements du relatif échec de l’équipe de France qui ramène 4 médailles : l’argent pour Camille Jedrzejewski (pistolet) aux JO ; l’or, l’argent (Tanguy de la Forest) et le bronze (Jean-Louis Michaud, photo ci-dessous) des carabiniers aux JP.
Surtout, elle a retrouvé l’exclusivité de son site. Pour les Jeux Olympiques et Paralympiques, le propriétaire du CNTS avait remis ses clés à disposition du comité d’organisation un peu comme on propose son appartement sur la plateforme Airbnb. La cohabitation entre les membres de la FFTir, uniquement là pour gérer la maintenance technique, et Paris 2024 n’a jamais été un long fleuve tranquille. Mais Jean-Pierre Chaulier, nouveau vice-président de la Fédé s’en est accommodé.
La rançon de l’événement

«Vous savez, j’ai travaillé dans l’avionique et le spatial ; j’avais l’habitude de certaines contraintes. Laisser nos installations à Paris 2024 en était une car nous étions sur un truc hors-norme. On parle des Jeux Olympiques quand même. Mais on vivait un moment exceptionnel alors il fallait accepter toutes les contraintes ; c’était la rançon de l’événement.» Alain Joly son prédécesseur à la direction du CNTS et son adjoint Christophe Desfrançois n’ont pas toujours eu la même patience vis-à-vis de Paris 2024.
Mais Jean-Pierre Chaulier n’en démord pas, il fallait en passer par là. Et il rappelle, dans un éclat de rire: «Mon souvenir des Jeux? C’était les sanitaires!» Celui qui est également président de la Ligue d’Auvergne et du club de Treignat, raconte alors comment il a dû gérer des soucis de texture du papier toilette utilisé sur le site olympique et qui a mis au supplice les canalisations habituées à meilleure qualité. La petite histoire des grands événements est souvent plus cocasse.
Le retour de Jedrzejewski ?

Le grand public n’en a cure. Du passage des épreuves olympiques et paralympiques à Châteauroux il aura retenu une image : celle d’un pistolier turc en train de viser d’une main, l’autre glissée dans la poche du pantalon. Yusuf Dikec a écrit sa légende au CNTS en même temps qu’il décrochait l’argent par équipes. Il ne participera évidemment pas aux France de février. Pas plus que Tanguy de la Forest, ne reviendra sur les lieux de son triomphe. Lui, le héros des Jeux Paralympiques, a choisi de faire l’impasse sur l’épreuve. En revanche, son compère carabinier Jean-Louis Michaud s’annonce pour conserver son titre national. En grande habituée du CNTS, Camille Jedrzejewksi (photo ci-dessus) devrait pour sa part remettre la machine en route en vue d’un autre événement programmé à Déols en août prochain : les championnats d’Europe. Quoi qu’il en soit, Jean-Pierre Chaulier veut croire que le retour de la fine fleur du tir sportif hexagonal va attirer le grand public: «Les championnats de France, c’est au bas mot 2000 personnes par jour sur site. Et c’est gratuit! Maintenant, il faut que les locaux, les Indriens, s’approprient le CNTS et qu’ils viennent assister aux épreuves.»
Loin des échos de la fête planétaire de l’été dernier, la FFTir a tout prévu pour les visiteurs. Outre les compétitions au pistolet, à la carabine ou à l’arbalète avec l’incontournable passage par le Stand Finales, elle a choisi d’innover en déplaçant l’officieux salon du tir sportif à la Martinerie. Pour Jean-Pierre Chaulier, c’est presque le fait le plus marquant de la semaine nationale. «Les championnats de France sont très importants, bien sûr, mais nous allons rassembler une quarantaine d’exposants. D’habitude, ce rendez-vous a lieu au Palais des Expositions de Montluçon. Là, sur 10 à 13000 m2, de gros importateurs seront présents. On vient découvrir les nouveautés, les pièces, les munitions, la ciblerie. En fait, une fois les titres de champions de France décernés, les présidents de clubs sortent leur carnet de chèques et font le tour des stands. Il y a également des formations sur le matériel, sur la réglementation. C’est vraiment un très gros rendez-vous.»
Le dirigeant auvergnat attend beaucoup des France 2025 : «Il faut que l’on continue de tirer le CNTS vers le haut. Notre cœur de métier, ce doit être le tir et la formation par et pour les tireurs.» La Fédération française de tir a beau scruter dans son rétroviseur, il n’y a cette fois plus la moindre trace des Jeux Olympiques et Paralympiques.