C’est beau une voix, la nuit
par Nicolas TavaresManuel Bonnefond fête ses 30 ans au micro d’Ici Berry. À vous les studios !
Lui se voit comme l’un des derniers mohicans d’Ici Berry (ex France Bleu). Il se trouvera bien un esprit chagrin pour parler de dinosaure. Ça lui tirera un sourire. Au pire, s’il en prend ombrage, il usera d’une pirouette humoristique pour passer à autre chose. Manuel Bonnefond vient de fêter ses 30 ans d’antenne dans la même maison : ça tanne le cuir et cela permet de connaître la radio dans ses moindres recoins. Matins, midis, après-midis et week-ends, il n’y a pas une plage horaire que l’animateur n’ait exploré depuis qu’il a été embauché en 1995. Et puis surtout, ces trente années qui peuvent sembler une éternité font de votre voix un sésame pour entrer chez vos auditeurs et s’asseoir à leur table. « J’ai aimé faire du terrain ; c’est là que je me suis fait connaître. J’ai participé au quotidien de nos auditeurs ! » L’histoire n’était pas écrite par avance. Natif de Tours, Manuel a grandi à Saint-Maixent-l’École. C’est forcément trop étroit quand on a 20 ans. On ne sait pas vraiment à quoi on aspire, mais de toute manière ça se passera à Paris. Il va donc y passer six années « intenses, incroyables. » Ces deux pages ne suffiraient pas pour tout résumer. L’insouciant Bonnefond sera pendant quelques mois le régisseur d’un comique émergeant dénommé Elie Kakou. On le découvre également auteur pour l’imitateur Éric Blanc. Il en profite pour travailler ses propres voix : Régis Laspalès, Michel Galabru ou Christian Clavier. Pas besoin de trop le pousser pour qu’aujourd’hui encore il dévoile ces facilités pour l’imitation. Et puis s’entrouvrent les portes d’Europe 2. « J’y ai fait trois saisons en tant qu’animateur des tranches de nuit. » Il y croise Richard Bohringer (« C’est beau une ville la nuit ) qui le baptise « Le Bernardo de la Nuit ». Laurent Boyer lui confie une chronique dans son émission « Le brunch du week-end ». « Je faisais des canulars et mes talents d’imitateur ont fait sensation pendant une saison. » À Paris, Manu ne passe pas son temps au micro d’Europe 2, il sort aussi et fait notamment la connaissance d’un
mannequin. Elle s’appelle Muriel, ce sera la femme de sa vie et la mère de ses deux fils, Marius et Mathias forcément ça change pas mal de choses dans votre parcours. D’autant qu’après six ans de vie parisienne, Manuel Bonnefond « ne se sent pas encore animateur. Pour moi, la meilleure des maisons c’était Radio France. Avec Muriel, nous avons eu envie d’une bulle d’oxygène. J’ai postulé à Radio France Touraine et Radio France Berry Sud. Roger Brocas (alors directeur de l’antenne, ndlr) m’a embauché après avoir écouté une bande sur laquelle je piégeais Jane Birkin en imitant la voix d’Henri Chapier. »

Duo avec Patricia Darré
Venu pour faire un break à Châteauroux, Manu et Muriel trouveront la qualité de vie du Berry sur leur route. « Il a fallu que mes patrons soient patients. Je ne vais pas fanfaronner, les premières années n’ont pas été simples. Mais j’ai rencontré des collègues qui sont devenus des amis : Thierry Chareyre, Fabien Obric, Philippe Verron et Patricia Darré. » Un vrai coup de coeur professionnel et l’apparition d’un duo épatant avec « celle qui a été ma complice de 2005 à 2015. Patricia, c’était une artiste. On avait la fibre tous les deux. On a développé plein de projets, nous étions complémentaires. Nos fous rires et le Mot berrichon résonnent encore dans nos anciens studios de la rue de la République. »
Le facétieux des nuits d’Europe 2 imaginait-il qu’un jour il partagerait le quotidien et les passions des auditeurs berrichons ? « Ça a été un vrai bonheur. Aller à leur rencontre sur le terrain reste la chose la plus agréable pour l’animateur que je suis devenu. Et depuis 10 ans, avec « la Nouvelle Scène » j’adore faire découvrir l’univers musical de nos artistes berrichons. » Manuel reconnaît avoir mis du temps à tourner la page parisienne : « Sur Europe 2, Bruno Solo, Yvan Le Bolloch, Vali ou Richard Bohringer me considéraient comme un ami, mais à l’époque je n’étais pas armé pour être animateur. Pour retrouver le sel de Paris, il y avait heureusement nos festivals : le Printemps de Bourges, Darc. » Ils lui ont permis « d’animer des émissions incroyables comme cette fois où on m’a amené Barbara Hendricks sur le plateau. C’était le jour de l’incendie de Notre-Dame. Pendant dix minutes auprès de la diva, le temps était suspendu… »

À 56 ans, Manuel Bonnefond sent « le vent du changement. L’évolution, on l’accepte. L’important, c’est la proximité, être en phase avec les préoccupations de nos auditeurs. Je vais terminer en essayant de relever tous les défis. J’ai fait à peu près tout ce que je voulais faire en radio à l’exception d’une chose : animer une émission sport et rock’n roll où j’inviterais John McEnroe et Mick Jagger. Le kiff. La radio foutraque que je défends ! »