Musiques sans frontières
par Nicolas TavaresQuand le festival Les Intemporel-les emporte Argenton vers des contrées inconnues.

Claude Debussy mène à tout à condition d’en sortir. Ce fut chose faite en 2021 quand, au bout de dix éditions du festival dédié au compositeur français, Argenton-sur-Creuse bascula vers les Intemporel-les (20 au 27 juillet), le rendez-vous des musiques « chaleureuses et humaines » comme le décrit Clément Sapin, son programmateur. « Trois raisons nous avaient poussé à faire ce choix, rejoue-t-il. Debussy n’avait pas de lien avec le territoire ; et à la différence de Chopin ou Bach, il fut un compositeur majeur mais pas prolifique du tout ; enfin au bout de 10 ans de festival, nous commencions à tourner un peu autour de ses oeuvres. » Le COVID ajouta à la situation mais servit finalement d’alibi pour la transition. En 2021, donc, les organisateurs essuyèrent les plâtres des Intemporel-les « lors d’une édition sous pass sanitaire qui a freiné les envies du public, mais nous a permis de poser les bases du festival. » En quatre éditions, elles sont d’ailleurs devenues sa marque de
fabrique : les thématiques.

Amener la curiosité
pour amener de la curiosité. Au final, les spectateurs ressortent avec des choses qu’ils ne connaissaient pas. » Les Intemporel-les sont synonymes d’un rendez-vous en terre inconnue musical qui se vit sous le chapiteau dressé dans les jardins de la Grenouille, et dont la forme, qui s’apparente à une immense tente touareg, participe au dépaysement. Les Intemporel-les, c’est la découverte et l’émotion. Cette année, les soirées inviteront au récit (« Nos histoires », le 24 juillet), à la danse (« In the Groove », le 25), la transe (« Transes du monde », le 26) ou au voyage (« Aux vents dispersés », le 27), autant dire la promesse de révélations musicales. Clément Sapin (photo ci-dessous) cite en exemple billie, sur scène le 24 juillet. La fille de Mathieu Chedid s’aventure sur les rives d’un rock garage que l’on croyait perdu et ça fait son effet. Le directeur artistique en parle comme d’une pure découverte. Il faut le croire et se souvenir qu’en 2023, il avait convié Zaho de Sagazan alors en pleine explosion, « c’était le coup génial » sourit-il avant d’avouer : « Les Intemporel-les, c’est le festival que je rêvais de faire. Amener de la curiosité, j’adore faire ça. Mais lorsque nous les avons créées, c’était aussi pour montrer que nous n’étions pas seulement dans l’éphémère. »

À taille humaine
Les Intemporel-les respectent un temps long et s’appuient sur une programmation « à la lisière de la découverte et de l’artiste confirmé. » Clément Sapin insiste du reste sur la philosophie de l’événement : « Beaucoup d’artistes me font rêver, mais il faut rester réaliste, les Intemporel-les n’ont pas besoin de grosses têtes d’affiche. Ici le public est très proche des artistes, nous avons un festival à taille humaine. Faut-il augmenter la jauge (450 places assises, 700 debout) ? La question se pose de plus en plus souvent. » Les festivaliers, eux, connaissent l’écrin dans lequel Clément Sapin glisse chacun des artistes de la programmation. Le plateau proposé pour cette quatrième édition semble même emporter tous les suffrages. « Nous n’avons jamais autant vendu de billets » s’étonnait-il à la mi-juin. Sans doute parce que les candidats à la découverte et au voyage sont impatients de retrouver les jardins de la Grenouille.
Les Intemporel-les
du 24 au 27 juillet
www.les-intemporel-les.com
Hors-les-murs insolite
C’est une source de satisfaction pour les organisateurs argentonnais : le hors-les-murs des Intemporel-les poursuit son développement. Il permet d’aller toucher un nouveau public dans les communes alentours, de l’amener ensuite vers les jardins de la Grenouille non sans avoir déniché des lieux insolites pour le plus grand plaisir des artistes. « First Draft (photo), et son rock progressif, voulait visiter un site antique : ils joueront dans la crypte d’Argentomagus ! » L’église du Menoux prêtera son acoustique à la musique baroque ; le château du Courbat recevra une performance artistique mêlant peinture et folk ; RBH Industrie à Saint-Marcel se prépare même à diffuser de la soul pop…
