D’un Z qui veut dire Ziako

par Nicolas Tavares

Un chapeau, un sourire, une guitare. Johann Brard vit sa vie rêvée de musicien

Un quidam que l’on disait génie de la publicité estima un jour qu’il suffisait de porter au poignet une montre de luxe avant d’avoir 50 ans pour considérer sa vie comme réussie. À 51 ans, au vu des nombreux bracelets brésiliens qui encombrent ses avant-bras et de la manière détachée avec laquelle il toise la renommée, toujours selon les mêmes critères du « pubard » évoqué plus haut, Ziako ne serait donc pas loin d’avoir manqué la sienne, de vie.

Fort heureusement, libre de ses choix, le chanteur issoldunois a tracé son chemin ; il est jalonné de rencontres, d’échanges, de partage qui lui font traverser l’existence avec une bonne humeur constante et un enrichissement personnel certain. «J’ai les pieds sur terre» dit-il quand on lui demande s’il a un jour pensé au succès. Ziako ne se considère «pas musicien, j’accompagne simplement mes mots.» S’il fallait le classer dans une catégorie, Johann Brard, tel que l’État civil le connaît, choisirait «réalisme poétique, entre Bernard Lavilliers et la Rue Kétanou.»

Avant d’être Ziako, celui qui aligne une soixantaine de concerts chaque année, est d’abord le père de trois filles et un garçon que lui a donné Émilie, rencontrée à l’adolescence. Leurs prénoms (Soleá, Mahé, Mawu et Sama) sont autant de marques d’ouverture d’esprit et d’invitation au voyage, un périple qui partirait de la Bretagne pour rejoindre l’Andalousie en passant par l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb. Johann est né à Châteauroux, fils d’un cadre à la mairie de Déols, entraîneur de boxe émérite, et d’une ouvrière chez Louis Vuitton à Issoudun. Issoudun, la ville qu’il a dans le cœur, le quartier Nation en particulier où il a passé une partie de sa jeunesse.

La boxe, première passion

Il se souvient de son grand-père qui tenait un parquet itinérant et imagine devoir à l’aïeul son appétence pour la musique. Mais le petit Jo n’a pas vécu l’activité du grand-père de l’intérieur. Enfant, il accompagne son père à la salle de boxe. La première de ses passions l’entraînera donc sur les rings. «Tu es dans un coin de la salle, à t’ennuyer. À un moment tu finis par mettre des mitaines, puis des gants et tu t’entraînes. J’ai boxé de 7 à 17 ans.» L’âge où Jo rencontre Émilie et raccroche les gants…

Dans le même temps, comme les études ont tendance à le poursuivre, Johann se contente d’un BEP secrétariat comptabilité, «je le regrette aujourd’hui», et va trouver dans la musique un exutoire. Il y a cette guitare qui traîne dans un coin du garage et sur laquelle il s’escrime comme beaucoup d’autres jeunes dans la ville. Issoudun dans les années 90, «c’est un chaudron musical. Il y avait une vingtaine de groupes.» Blankass et Rosa la Rouge mènent la danse ; les pionniers ont pour nom Guillaume et Johan Ledoux, Alex Nivet ou François Poggio qui collaborera plus tard avec Daho ou Lavilliers. Ils sont des modèles pour Johann et son cousin Jérémie Boucher, aujourd’hui batteur des Fernand.

Accompagnés de Julien Lacou (Jihel) ou Elphie Swatek, ils vont prendre un peu de lumière avec Zodiane. Pendant 10 ans, le combo rock festif tire son épingle du jeu. «On avait beaucoup de tchatche, il y avait une vraie belle dynamique. On se croyait très forts, sauf que non : la musique c’est du travail, de la rigueur, des répétitions. Nous n’avions pas de soutien, quelqu’un pour nous entourer, nous dire quand il fallait se remettre sur les bons rails.»

L’aventure Zodiane

La fin de l’histoire se jouera à Châteauroux lors d’un Rock à Belle-Isle où les Issoldunois assurent la première partie de Parabellum et Kaolin. «J’avais envie d’autre chose. Jérémie, il tape comme un bûcheron (rire), j’en avais assez. Je voulais faire de la chanson française, repartir en solo et en acoustique.» L’heure de Ziako vient de sonner. «En 2009, j’enregistre trois-quatre morceaux avec Alex Nivet qui m’a permis de faire écouter quelque chose aux professionnels. En 2010, je suis repéré par les Bains-Douches à Lignières qui me programment en première partie de Kent. Mon premier enfant arrivait. J’ai pris un congés parental. J’avais fait 20 ans comme manutentionnaire dans la métallurgie. À partir de 2014, j’ai pu faire de la musique à mi-temps.»

La suite est une succession d’opportunités que Johann saura saisir. Comme lorsqu’un membre de l’ambassade de France au Bahreïn lui laisse sa carte de visite après un concert au off du Printemps de Bourges. Quelques mois plus tard, Ziako est invité dans le petit état insulaire pour jouer lors des journées de la Francophonie, pile l’année où sort son premier album Né en voyage (2018). En 2020, c’est la sortie de son deuxième opus, Le 7e continent. Cette fois, direction le Kerala (Inde) pour donner un concert caritatif pour un orphelinat. «À deux jours près, on a failli rester coincé là-bas à cause du COVID.» Il passera son isolement chez lui, en famille.

«Comme beaucoup, j’ai profité de ce moment pour écrire.» Mais chaque jour de confinement il donne surtout rendez-vous sur sa page Facebook pour chanter. «J’invitais les gens chez moi, dans le salon ou la chambre…» Aujourd’hui, son troisième album est en gestation. Le titre est déjà trouvé : L’autre combat. Mais Jo prend son temps pour finaliser le projet. Dans les lives qui lui tiennent à cœur, Ziako évolue en solo mais apparaît aussi régulièrement avec Fabrice Guillot, Lahouari Bougeraya et Nicolas Longuet. 2026 lui promet de belles premières parties avec Blankass, Archimède ou les Zoufris Maracas. «Le rêve, ce serait de partager un plateau avec Bernard Lavilliers…» À ses yeux, cela vaudrait largement une montre de luxe à son poignet !

FB : Jo Ziako
YouTube : Ziako officiel

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