Franz Goeth, un loup à Pouligny
Le musicien s’est mis au vert dans l’Indre et s’y sent bien
par Nicolas Tavarès
Il a assuré les premières parties des Who, Sting ou BB King, a tourné avec Keren An ou Inna Modja. Aujourd’hui, Franz Goeth a trouvé son havre de paix au coeur de la campagne indrienne.
À quoi reconnaît-on un homme heureux ? Peut-être à la sérénité qu’il dégage dans le moindre de ses gestes. Dans son studio d’enregistrement, François Goethals, son véritable patronyme, est comme en lévitation lorsqu’il va d’une pièce à l’autre pour vous parler acoustique ou pour aller ressortir une Gibson sur laquelle un certain B.B. King a un jour posé sa signature… Oui, dans cette partie du corps de ferme qu’il a acheté en 2007, Franz Goeth est un homme heureux quand il explique : «En 2007, je ressentais le besoin de me soulager de la vie parisienne et des tournées. Je cherchais un lieu pour me ressourcer et pouvoir enregistrer tranquillement.»
Comment ce multi-instrumentiste est-il tombé là, à une encablure de Pouligny-Saint-Martin ? Une opportunité, rien de plus. «Une agence m’a posé ici devant une ruine (il sort une photo qui atteste de l’état de vétusté de la bâtisse, ndlr) et immédiatement, je me suis dit c’est là ! » Les coups de coeur ne s’expliquent pas. « J’ai fait mon Florent Pagny : je cherchais ma Patagonie à moi, mais en France et c’était ici.» Ce n’est toutefois qu’en 2019 que Franz s’y installera définitivement. Dans l’intervalle, le musicien vivra sa vie tumultueuse tout en multipliant les escapades indriennes pour transformer la ruine en Greenhouse Farm & Studio, le nom qu’il a donné à l’endroit et qui éclaire un peu plus sur ses projets d’avenir (lire ci-dessous).
Surtout, François coule là des jours heureux avec Erika, blonde kazakhe rencontrée lors d’une tournée à Moscou, épousée il y a 21 ans et leurs deux enfants : «Nous nous sommes offerts une qualité de vie. Vous savez, je suis un peu un loup de meute alors ici, je suis bien. C’est un peu comme un saloon, un bateau de pirate…» Le pirate a toutefois découvert le ski nautique à la base de Pouligny-Notre-Dame voisine et est devenu conseiller municipal de Pouligny-Saint-Martin. On est bien loin de la tournée russe avec Keren An pendant laquelle il rencontra Erika. À mille lieux, aussi, de ses collaborations avec l’artiste malienne Inna Modja (Monsieur Sainte-Nitouche) ou Alabina Ishtar (Yalla Bina).
À des années-lumière, enfin, des orchestres privés qu’il a longtemps fréquentés. «En France, il y a vraiment des cases. En gros, pour un musicien c’est studio, scène, plateaux TV ou orchestres privés. J’ai fait un peu de tout. Dans ma carrière, je crois bien que j’ai écumé toutes les télés de France. Mais j’ai également travaillé avec des gens en développement artistique (Keren Ann, Jehro). J’ai eu mon groupe, le Trio Franz, où on jouait des trucs dans le genre des Stray Cats, en acoustique. J’ai choisi ma vie.»
La dédicace de B.B. King

En plus de 35 ans de carrière, Franz Goeth a engrangé les anecdotes. Mais l’une des plus fortes reste sa rencontre avec B.B. King : «En 2005 et 2006, je fais partie du House Band du Sporting de Monaco dans lequel m’a invité mon ami d’enfance François Legrand (pianiste de Nagui dans « N’oubliez pas les paroles », ndlr). On jouait les premières parties du Monte-Carlo Sporting Summer Festival : Sting, les Who… Le soir du concert de B.B. King, il me fait appeler. Il avait vu les balances du House Band et apparemment, je m’étais fait remarquer. Il m’a fait asseoir à côté de lui, on a discuté trois quart d’heure. À la fin, il a dédicacé ma Gibson. C’était une rencontre magique.» L’émotion transpire, les bras se serrent sur la fameuse Gibson où la signature du maître est délicatement protégée.
Aujourd’hui, à 53 ans, même s’il garde le contact avec Paris, Franz Goeth a tourné une page au profit de la verdure du Boischaut sud. Dans sa Greenhouse Farm & Studio, le guitariste, bassiste, chanteur, producteur, ingénieur du son (ouf !) aligne tranquillement les projets. Ils sont moins ronflants mais tout aussi passionnants. Ils sont plus ciselés. Charlotte Taboyer y a ainsi enregistré le deuxième opus du Charl’hot Club en 2019.
Jean-Charles Bavouzet figure au rang des copains qui assurent le bouche-à-oreille. Accompagné du Levrousain et d’Hervé Bargy, Franz Goeth imagine monter un nouveau groupe mais ce sera pour le monde d’après : «On a joué un live streaming pendant le confinement, mais ce n’est pas mon truc. À la rigueur je veux bien enregistrer des masterclass parce j’ai envie de faire de la formation.» Et travailler comme un orfèvre à la manière du célèbre ingénieur du son et producteur Dominique Blanc-Francard «Lui, quand il s’attaque à un projet, il remet tout à zéro. Dans la Greenhouse, j’ai acheté du matériel, upgradé le studio. Je suis équipé en numérique, même si je travaille encore en analogique. Je veux proposer un son d’exception.»
À Pouligny-Saint-Martin, le loup veut imposer sa patte estampillée Greenhouse Farm : «De tout temps, les grands albums ont été réalisés dans des endroits complètement roots. Certains ont leur home studio, moi j’ai inventé le house studio !» Un éclat de rire jaillit. Oui, c’est ça un homme heureux.
Un lieu de résidences
C’est LE projet de Franz Goeth et de sa femme : transformer la Greenhouse Farm en résidence d’artistes avec hébergement au-dessus du studio et espace de concerts «à la manière de la P’Art-queterie à Fresselines.» Erika en sera partie prenante : «Je vais aller chercher les artistes, faire la promotion du lieu.» Monsieur à la console, Madame à la gestion et l’intendance et la Greenhouse Farm pour port d’attache. Dehors, une stabulation attend les travaux d’aménagement pour l’espace concerts qu’une pandémie a mis entre parenthèses. Le tout avec vue sur la campagne verdoyante. Un château d’Hérouville à la mode Pouligny-Saint-Martin.