La roue tourne à Issoudun
Après le Tour de l’Avenir en août, la sous-préfecture de l’Indre rêve du Tour Féminin.
par Nicolas Tavarès
Depuis deux, trois saisons, l’AC Bas-Berry mène grand train avec sa jeune garde. Pour emprunter au jargon cycliste, le club issoldunois a mis tout à droite et renverse l’ordre établi. André Laignel, premier édile toujours très attentif à l’image que renvoient les sportifs de sa ville, préfèrera sans doute dire que l’ACBB a mis le grand braquet pour traduire la réussite des jeunes coureurs. N’empêche, la garde rose fuschia se signale sur tous les terrains jusqu’à ranger cette saison une douzaine de maillots de champion de France et deux médailles d’argent européennes dans l’armoire à trophées du vénérable président Roger Hervouet.

Son fils Éric, maire-adjoint en charge des sports également dirigeant du club, tient un début d’explication à cette réussite : «Il n’y a pas de baguette magique. Le cyclisme souffrait d’une raréfaction des clubs que le COVID a accéléré. Il a mis à genou les moins structurés et ceux qui étaient un peu plus solides sont désormais plus visibles. Ils attirent donc les coureurs. À l’ACBB on ne démarche personne, on ne propose pas d’argent, mais on offre un accompagnement bienveillant.»
L’Indre envoie sa lettre d’intention.

Dans le milieu, l’AC Bas-Berry ne fait pas rire. Morgan Lamoisson, ancien de la maison et fer de lance du club avec le pistard Kévin Sireau au début des années 2000, aujourd’hui directeur sportif de l’équipe suisse Tudor, s’est récemment fendu d’un texto de félicitations qui en dit long : «Notre génération a été surclassée». Le 22 août dernier, avec l’arrivée de la 3e étape du Tour de l’Avenir (organisé par Alpes Event avec le soutien technique d’ASO, organisateur du Tour de France), Issoudun a montré «qu’elle était dans une bonne dynamique cycliste et qu’elle montait en gamme» imageait Éric Hervouet. Ce jour-là, la Tour blanche a certes pris toute la lumière, mais Hervouet junior s’est empressé de rappeler que Vatan et Aigurande (villes départ des 3e et 4e étapes) s’étaient parfaitement entendues avec Issoudun pour ajouter leur écot dans la corbeille où la Région Centre- Val de Loire et le Département de l’Indre avaient déjà déposé le leur.
L’attelage ainsi constitué, faisant fi des couleurs politiques de chacun, aurait même négocié une petite ristourne auprès de l’organisateur en mettant dans la balance les gros moyens techniques déployés pour recevoir le « petit » Tour de France. Marc Fleuret, président du département, converti aux bienfaits de la petite reine (au centre, photo ci-dessus), mène le peloton au sens propre comme au sens figuré. Car l’Indre a quelques idées derrière la tête et garde une oreille attentive aux échos venus d’Issoudun. Une lettre d’intention est ainsi partie chez ASO pour faire acte de candidature au Tour de France femme 2025 et à la Grande Boucle 2026. Issoudun, théâtre de l’arrivée de la 10e étape du Tour 2009 avec le succès de Mark Cavendish, postule cette fois pour recevoir toutes ces dames.
Paris-Nice en 2024 ?

Au moment de la présentation du Tour de l’Avenir, lors de la journée de repos du Tour de France à Saint-Gervais-Mont Blanc en juillet dernier, le président Fleuret et Éric Hervouet n’avaient pas fait l’aller-retour pour simplement vanter les mérites de la lentille verte du Berry. Il était plutôt question de s’assurer du suivi du courrier. «Vu le nombre de candidatures sur le bureau d’ASO, il faut se démarquer. Avec le Tour de l’Avenir, nous avons montré que nous portions de l’attention aux organisateurs et nous avons pris date» insiste Éric Hervouet. L’accueil au lycée Balzac de 17 des 27 équipes engagées sur l’épreuve pendant deux jours et l’ouverture des portes du Centre des congrès pour la restauration, l’organisation et les médias, a démontré qu’Issoudun savait recevoir et s’imaginait un destin cycliste plus grand.

Chez ASO, on sait depuis longtemps que l’Indre est un hôte chaleureux. Le département est d’ailleurs sur les rangs pour recevoir une étape de Paris-Nice en mars prochain comme nous l’a confirmé Marc Fleuret. En soi, cela ajouterait ainsi une ligne à l’histoire moderne de la Course au soleil dans nos contrées où l’on trouve trace d’un grand départ à Châteauroux (1996) et d’arrivées d’étapes à Chabris (2005), Buzançais (2007) et La Châtre (2020).La suite ? À part découvrir le nom d’Issoudun sur le tracé officiel d’une course pro, on ne voit que le passage d’un minot de l’ACBB, fille ou garçon, dans les rangs professionnels pour ravir les gens du cru. Un régional de l’étape formé sous la casaque rose fuschia, ça en jetterait. On rêve pour les Issoldunois, pourtant les planètes s’alignent au-dessus de la Champagne berrichonne.