L’abbaye vit avec son temps

par Nicolas Tavarès

À Saint-Savin (Vienne), l’empreinte des moines bénédictins est plus que jamais présente

Et si vous regardiez par delà les frontières. Parce qu’il y a forcément des choses intéressantes à voir dans les départements limitrophes, Carré Barré lance « Voisins », la rubrique qui vous emmène autour de chez vous.

Il faut bien admettre qu’on ne garde pas un souvenir impérissable de la traversée de Saint-Savin. Les façades défraichies par le ballet des poids-lourds qui monopolisent la rue principale font oublier qu’en venant de l’Indre, il a fallu emprunter ce magnifique pont du XIIIe siècle qui enjambe la Gartempe. En droite ligne du Blanc, vous aurez en revanche prêté attention à ce clocher qui domine la petite cité de sa flèche, là-haut, 77m au-dessus du sol.

Jean-Luc Dorchies, directeur de l’EPCC Abbaye de Saint-Savin

Pour profiter des atours de Saint-Savin, il convient de quitter l’axe principal et d’entrer dans le centre. Vous voilà place de la Libération et la ville aux 816 habitants s’offre à vous sous un jour nouveau. Vous prenez alors la pleine mesure de l’église abbatiale du XIe siècle, classée monument historique depuis 1840 et inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983. Jean-Luc Dorchies, directeur de l’EPCC abbaye de Saint-Savin (établissement public de coopération culturelle) l’affirme: «Les gens viennent à Saint- Savin pour découvrir ce joyau universel.» L’an dernier, 30000 visiteurs se sont arrêtés sur la rive droite de la Gartempe. Ses proportions conséquentes attirent les curieux. Mais que dire alors de celles du joyau qu’elle abrite ? Avec ses 42m de long, 17m de large et 18m de hauteur, la nef est en effet la pièce maîtresse du site.

L’expérience visiteur

C’est la voûte ornée de peintures des XIIe et XIIIe siècles, uniquement des scènes de l’Ancien Testament, qui fait la réputation de Saint-Savin. Son accès est libre et s’intègre naturellement à la visite, payante elle, du bâtiment conventuel érigé au XVIIe siècle. C’est là que Jean-Luc Dorchies nous reçoit. Son projet de candidature à la direction de l’EPCC, une vision «pour enrichir l’expérience visiteur» a fait pencher le jury en sa faveur. C’était en février 2024 après un peu plus de dix années passées à la tête de l’école d’arts plastiques du Grand Poitiers.

Réveiller la belle endormie, telle est la mission que s’est donné le directeur. Deux ans plus tard, il respecte le timing. Sous sa direction, Saint-Savin a poussé les murs et a vu son affluence croître. «Le plus important, c’est l’église abbatiale. Notre travail, c’est de valoriser ses peintures», admet-il avant de mettre en exergue les aménagements qui ont été réalisés dans le bâtiment conventuel. «L’espace a été complètement remuséographié». Ce qui était alors le réfectoire des moines bénédictins permet de retracer l’histoire mouvementée du lieu à travers les époques. Le sol de la salle capitulaire du XIIIe siècle, qui n’avait jamais été montrée au public, a été pour sa part rouvert.

L’Arche de Noé s’expose

La métamorphose s’est prolongée au printemps, mais cette fois à l’étage que l’on atteint en gravissant un escalier typique daté de la fin du XVIIe. Parvenu au 1er étage, vous découvrez la galerie majestueuse qui dessert les cellules monastiques. Transformées pour recevoir des expositions temporaires, elles accueillent jusqu’en 2028 « Le déluge et l’Arche ». «Nous y racontons l’Arche de Noé de Saint-Savin. Les cellules ont été déclinées en séquences. L’idée était de décrypter l’Arche de Noé à travers la perception qu’en avaient 25 artistes. Une compagnie de théâtre s’est chargée de la mise en son.» Les habitants des environs ont également été mis à contribution pour prêter toutes sortes d’objets ayant pour point commun une forme animale.

Dans la galerie, des animaux étranges s’alignent, prêt de la maison Hermès. Le projet de Jean-Luc Dorchies est en perpétuel mouvement, pour que puisse être renouvelée la fameuse expérience visiteur. Ainsi, en 2028, l’Arche de Noé cédera la place à la Tour de Babel pour une approche de la Bible, de la Mésopotamie, de la construction au Moyen-Âge et de l’architecture utopique. L’entrée prochaine de la Sorégies, fournisseur de gaz et d’électricité de la Vienne, dans le cercle des mécènes aura des répercussions, notamment sur le jardin de l’abbaye, étape suivante des grands travaux entrepris par le directeur de l’EPCC. «Nous avons également un projet qui consisterait à montrer de plus près les différentes scènes de la nef en les animant. Il s’agirait de faire de l’immersif. J’aimerais d’ailleurs travailler avec une école d’animation d’Angoulême.» C’est à Saint-Savin-sur-Gartempe que cela se passe. Il suffit juste de quitter la rue principale pour le voir.

Pour y aller

Site: Abbaye de Saint-Savin.
Adresse : Place de la Libération à Saint-Savin-sur-Gartempe.
Département: Vienne.
Distance*: 78km
Ouverture. De février à décembre (fermé en janvier).
 Tarifs: 8€ à 14€.

* Au départ de Châteauroux

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