L’âme de fonds pour Carrasco
par Nicolas TavarèsDans le but de protéger les œuvres de l’artiste, sa famille crée un fonds de dotation

Il a fallu huit ans à Jorge Carrasco pour remettre l’église au milieu du village, selon l’expression consacrée. Huit années (1968-1976) pendant lesquelles le peintre bolivien a recouvert les murs et le plafond de Notre-Dame du Menoux d’une fresque traduisant sa vision de la création de l’Homme et de l’Univers. Quand il quittait son atelier pour remonter la rue qui porte aujourd’hui son nom et retrouver l’église et ses pinceaux, avait-il conscience qu’il réalisait alors l’une des pièces majeures de son œuvre ?
Carrasco a en tout cas passé la moitié de sa vie dans le petit village du sud de l’Indre et le souvenir de celui qui côtoya Picasso, Soulages, Cocteau ou Matisse n’y a jamais été aussi présent que depuis que lui sont consacrées les Journées Carrasco. La seizième édition (23 & 24 mai) arrive au moment où, heureuse coïncidence, plusieurs évènements viennent se percuter à l’agenda. 2026 marque en effet le 20e anniversaire de la mort de l’artiste.
Sa fresque de Notre-Dame, quant à elle, a maintenant un demi-siècle. Wara Carrasco-Garnier, fille de l’artiste, vient de publier un ouvrage évoquant son rapport à la sculpture (lire page 6). Ses héritiers, enfin, vont profiter des Journées pour officialiser la création du fonds de dotation Jorge Carrasco, entité devenue incontournable pour protéger les quelques 2000 œuvres que le peintre a laissé derrière lui. C’est Manko Garnier, son petit-fils, chargé de développement pour l’association Les Amis de Carrasco qui mène ce dossier en lien direct avec les enfants du sculpteur.
50 ans pour la fresque de l’église
«Les tableaux et sculptures leur appartiennent. Les collections ne peuvent être vendues, mais en vue de prêts à des musées, pour faire vivre son oeuvre et parce qu’en termes d’assurances, de transport, nous entrons dans une autre dimension, il était devenu indispensable de créer ce fonds de dotation.» En creux, Manko admet que depuis l’ouverture de la maison de Carrasco au grand public en 2021, il n’a plus de temps pour lui alors que les visiteurs sont au rendez-vous tout au long de l’année (près de 10000 en 2025).
«À la mort de ma grand-mère, en 2020, il a été décidé d’ouvrir l’atelier. Je venais de terminer ma reconversion professionnelle dans le marketing et le tourisme après une carrière dans le Génie militaire. J’ai dit à ma famille que j’acceptais de tenir la maison pendant un an.» Cinq ans plus tard Manko est toujours là. «Le plus dur, c’est d’être à l’atelier 7 jours sur 7. J’ai des enfants, le troisième arrive. Ça commence à peser. L’idée, c’est que je sois le directeur du fonds.»
Manko à la direction

Les Journées Carrasco approchent et Manko reconnait «pouvoir encore les développer. Maintenant, Carrasco est connu dans l’Indre, mais on vient aussi de loin au Menoux. Pendant les vacances scolaires, il y beaucoup de Parisiens entre autres. Notre chance, c’est que l’église est partout ; l’an dernier, nous avions eu un reportage au 13h de TF1 (avant lui, Kamini avait consacré un En roue libre à redécouvrir ci-dessus). Ajouté aux réseaux sociaux, ça s’est fait tout seul. Cette année, nous aurons un beau programme. Nous avons travaillé avec l’association Oc and Oïl et Françoise Rauner. Je lui donne des pistes et elle trouve les artistes.»

Pendant deux jours, les proches de Carrasco seront au Menoux. Manko Garnier et les siens retrouveront un peu de l’esprit de la maison Carrasco d’antan. «Mes grands-parents étaient très famille. Nous avons grandi avec les œuvres de Carrasco, nous avions le droit d’entrer dans son atelier. Quand j’avais une dizaine d’années, j’aimais les couleurs de ses peintures. C’est plus tard que j’ai découvert son travail. Pour le comprendre, il faut se souvenir qu’il ne voulait surtout pas être associé à un style ou une technique. C’était un style, une période, je maîtrise, je change…» Aujourd’hui, c’est le lancement d’un fonds de dotation qui doit amener la formidable oeuvre de Carrasco à changer d’ère.
Journées Carrasco, au Menoux
Samedi 23 et dimanche 24 mai : visites guidées de l’église et de la maison Carrasco (10h à 18h), ateliers artistiques (14h), visite nocturne de l’église Notre-Dame (21h).
Dimanche : Sona Jobarteh en concert en l’église Notre-Dame du Menoux (21h).
Tout le week-end : dégustation de spécialités culinaires et danses traditionnelles boliviennes.