Les aventuriers de la salle perdue
Victime de la grêle il y a un an, la Berrichonne tennis de table retrouve le moral
par Nicolas Tavarès

L’engagement associatif n’a jamais été un long fleuve tranquille. Imaginez tout ce qu’un bénévole dirigeant peut vivre de hauts et de bas, de peines et de joies, en trente années de licence. À la tête de la Berrichonne tennis de table, Claude Lhortolary a tout connu. Au club depuis le milieu des années 80 avec une collection de mandats présidentiels qui couvrent 20 ans de l’histoire de la Berri, l’homme semblait insubmersible. Jusqu’au violent épisode de grêle du 22 mai 2022, il y a tout juste un an. «En quinze minutes, tout le gymnase Georges-Faure a été détruit. Ça a commencé par l’isolation du toit qui est tombée sur l’éclairage. Il venait d’être refait et avait reçu l’homologation de la Fédération. Puis 8 de nos 16 tables ont été détruites, nos vestiaires sont restés dévastés. Notre buvette était méconnaissable.» La disparition de la buvette, nous y reviendrons plus tard, a touché Claude Lhortolary sous la ligne de flottaison.
Le COVID, l’accession et la grêle
Un an après, il reste marqué au fer blanc par la catastrophe : «De temps en temps, je vais encore à la salle pour voir s’il n’y a pas des choses qui sont tombées. À chaque fois, ça m’arrache les tripes. C’est fou quand même, on sortait du COVID, on venait de remonter en Nationale 3 et il nous arrive ça. Oui, en juin de l’année dernière, j’ai pensé tout arrêter parce que je croyais que le club était mort.» Ce n’est qu’à la fin de cet hiver que le dirigeant castelroussin a fini de digérer la destruction de sa salle : «Depuis que la mairie m’a annoncé que notre salle allait être refaite et qu’on la récupèrerait pour le début de 2024. En attendant, depuis l’année dernière, on joue les globe-trotteurs.» Saint-Maur, Issoudun, La Châtre, Déols, le Centre national du tir sportif, Buzançais ou la Plaine départementale des sports ont accueilli les pongistes castelroussins jusqu’à ce que ceux-ci se posent au gymnase Marcel-Paul, la salle attenante au lycée Jean-Giraudoux. La Berrichonne s’y retrouve en colocation avec un club de futsal, un autre de badminton sans compter les élèves du lycée.
«À 15 jours de la reprise du championnat, l’été dernier, nous ne savions toujours pas où on disputerait nos matchs. Les équipes étaient engagées. Et la ville nous a enfin trouvé une place dans le gymnase Marcel-Paul. À chaque fois, il faut ranger tout le matériel, mais on peut saluer Denis Mérigot et Antoine Drotz (l’adjoint en charge des sports et le directeur du service des sports de Châteauroux Métropole, ndlr) qui ont été dévoués à notre cause.» Maintenu en décembre puis à nouveau convié à défendre sa peau en Nationale 3 la saison prochaine au terme de la seconde phase (en tennis de table, une saison d’interclubs se joue en 2 championnats distincts avant et après Noël, ndlr), le « ping » castelroussin reprend du poil de la bête. La mobilisation des cadres techniques du club (Jérôme Gourdon, secrétaire et homme à tout faire, Rodolphe Cunin et Alexis Demanet, salariés) y est pour beaucoup.
Voir deux équipes en N3

Claude Lhortolary se plaît même à retrouver des ambitions : «Nous aimerions monter à 120 licenciés et avant de partir – j’aurai 72 ans en 2024, ça suffira, j’arrête ! – j’aimerais voir notre équipe 2 masculine rejoindre la 1 en Nationale.» Surtout Claude Lhortolary entend revivre les grandes heures à Georges-Faure. Celles marquées du sceau de la convivialité. «On venait voir nos matchs pour l’ambiance. À Marcel-Paul, on a vu arriver un nouveau public, des gens du centre-ville. Mais nous n’accueillons pas plus de 50 à 60 spectateurs. Avec l’arrêt de notre tournoi des gentlemen, en fin d’année, nous avons aussi perdu le côté festif du club. On ne va pas se mentir, la buvette du club, c’était une belle subvention qui tombait !»
Claude Lhortolary en a donc vu d’utres pour se laisser aller au vague à l’âme. En ce mois de mai (le 19), la Berrichonne va renouer avec son tournoi national. Certes, il n’aura pas le chaudron Georges- Faure pour décor, mais dans le bruyant Marcel-Paul, la petite balle en celluloïd va rebondir. Ensuite, le sprint final sera lancé pour les jeunes catégories sur lesquelles le rideau tombera le 15 juin. Comme si la vie reprenait peu à peu le cours normal des choses.
La Berri Tennis de Table en chiffres
- 100. Le nombre de licenciés sur lequel s’appuie le club castelroussin cette année.
- 115. Avant le COVID, les licenciés de la Berrichonne.
- 12. Comme les équipes engagées en championnat cette saison. L’équipe fanion s’est facilement maintenue en Nationale 3 tandis que le collectif 2 est passé tout prêt de l’accession à ce même niveau.
- 4. Les présidents qui se sont succédé à la tête de la Berrichonne tennis de table après (et avant) Claude Lhortolary (jusqu’en 2005 et depuis 2020) soit : Jérôme Gourdon (2005-2011), Éric Loeuillet (2011-2014) et Lionel Barthlélémy (2014-2023).