Les Bréjaud, l’athlé en héritage

Jean-Baptiste est le nouveau boss de l’athlétisme départemental

par Nicolas Tavarès

En décembre dernier, Jean-Baptiste Bréjaud a succédé à son père, Jean-Marc, à la tête du comité de l’Indre d’athlétisme. Récit d’une passation sur fond de passion.

«Avez-vous déjà envisagé la vie sans athlétisme ?» De toute la durée de l’échange avec Jean-Marc Bréjaud, 72 ans, et son fils Jean-Baptiste, 40 ans, c’est le seul moment où les sourires disparaîtront des visages. «L’athlé, c’est notre vie !» Le père vient de siffler la fin de la récréation et on ne cherchera pas à le contredire. Ce serait jouer avec sa fierté.

Leur modestie dut elle en souffrir, les Bréjaud représentent chacun un pan de l’Histoire de l’athlétisme indrien, celui de la Berrichonne plus particulièrement. Trente ans de présidence du club pour Jean-Marc auxquels s’ajoutent 22 années installé dans le fauteuil de patron du comité départemental. Jusqu’à ce que l’heure de la retraite sonne et que le patriarche donne les clés de la maison bleu et rouge à Didier Ballereau, lui-même transmettant le relais à Sébastien Cosson fin 2019. Le comité, voilà plus d’un an que Jean-Marc Bréjaud avait annoncé qu’il ne le dirigerait plus. Les membres de l’instance départementale ont vite compris qu’il ne plaisantait pas. Personne ne s’est pourtant signalé. «Les gens étaient prévenus. Trouver des bonnes volontés, c’est très dur alors Didier Ballereau est allé voir Jean-Baptiste.»

Le fiston confirme : «On m’avait déjà demandé pour prendre la présidence de la Berri, mais c’est un vrai boulot à mi-temps. Pour le comité, c’est autre chose. Il n’y avait vraiment aucun candidat. Ça fait 34 ans que je suis licencié. Je voulais rendre à l’athlétisme ce qu’il m’a donné.» Et voilà comment le fils a succédé au père sans qu’il ne soit pour autant question de mainmise dynastique sur la discipline. Les athlètes du département devront simplement se souvenir que, comme pour Papa, les lancers sont également inscrits dans ses gènes.

En effet, Jean-Baptiste n’a pu échapper au disque, au poids, au javelot ou au marteau. «Pourtant, à la base, moi j’étais coureur. Cross et 1 000 m c’étaient mes trucs. Mais chez les benjamins, j’ai eu une rupture des ligaments du genou. Un an sans rien faire. Et puis il y a eu une poussée hormonale, j’ai grandi. Un jour, une de mes soeurs a fait une super performance au disque et elle m’a battu.» Piqué au vif, Jean-Baptiste va alors monter en puissance. Chez les minimes, il claquera un jet à 40,96 m. «On s’est dit qu’il y avait un truc à faire. Jean-Pierre Boutant, le conseiller technique régional de la Ligue m’a intégré aux stages régionaux.»

Le bronze national à 70 ans

Vice-champion de France cadet puis chez les juniors, le Castelroussin intègre l’équipe de France junior pour un match international. Dans la même saison, il se qualifiera aux France dans les quatre lancers ajoutant au tableau de chasse une qualif au décathlon. «Mes meilleures années d’athlète, je les ai vécues quand j’étais au lycée. Le virage, il s’est fait quand j’ai eu mon bac. On m’offrait le choix de partir à l’Insep. Moi j’ai préféré mettre l’accent sur le CAPES de prof d’éducation physique et sportive (il est en poste au collège Rosa Parks de Châteauroux, ndlr). L’athlé, tu n’en vis pas. Pour moi, c’était un jeu.» Jean-Marc l’écoute. «Je ne conçois pas l’athlétisme sans compétition. Mais venir au stade contraint et forcé, c’est vite le binz» atteste «l’ancien» qui trouvera donc ses petits bonheurs d’entraîneur-président chez d’autres athlètes. Mais, depuis, père et fils ont régulièrement eu l’occasion de concourir dans les mêmes championnats.

Il y a deux ans, accompagnés d’Arnaud Ligat, un ami licencié lui aussi à la Berrichonne (photo ci-contre), ils ont pris part aux France de penta-lancers. Disque, javelot, poids, marteau et…super marteau, «15,6kg, un truc de cinglés !»Jean-Baptiste n’est pas loin du Graal, «mais sur la dernière épreuve je fais un triple zéro. Je termine quatrième, j’étais vert. Je reste sur cet échec alors je vais bientôt reprendre l’entraînement pour y retourner. En plus on devrait avoir les championnats de France masters à Châteauroux l’an prochain…»

Les France vétérans font briller les yeux de Jean-Marc. Lui est allé y chercher le fait d’arme de presque toute une carrière : une médaille de bronze au disque. «Il a quand même fallu attendre d’avoir 70 ans pour décrocher une médaille nationale» rigole-t-il avant de rappeler qu’il était un honorable athlète «de niveau interrégional qui a fait beaucoup d’interclubs contre des vieilles gloires comme Pierre Colnard.» Heureux retraité de l’enseignement (de sport), Jean-Marc va maintenant observer le travail de la descendance. «J’ai quand même appris qu’on m’avait élu vice-président délégué du comité de l’Indre.» «Mon conseiller spécial en fait» précise Jean-Baptiste qui sait qu’on apprend toujours de ses aînés.

Un challenge pour le cross

«J’ai connu l’époque où pendant l’hiver, on avait des cross tous les week-ends. Aujourd’hui, quand le Covid ne s’en mêle pas, on en a plus que deux. Et pourtant, les enfants adorent ça…» Courir dans les labours semble être passé de mode ; en tout cas de bonnes volontés pour organiser des courses. Ce sera donc l’un des chevaux de bataille de Jean- Baptiste Bréjaud en sa qualité de président du comité de l’Indre. «Nous allons mettre en place un challenge départemental où chaque club de l’Indre (Berrichonne, EA Issoudun, US La Châtre, Le Blanc athlétisme et l’ASPTT Sports Nature, ndlr) devra organiser une manche. Les athlètes devront disputer au moins quatre manches pour être classés et on doublera les points sur le championnat de l’Indre de cross !» Si avec ça la mayonnaise ne prend pas.

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