Les mots de Gérard Sadois

par Nicolas Tavarès

L’un des créateurs du Festival Guitare Issoudun se dévoile. Rafraichissant

Il aimerait que la fête continue encore un moment. Seulement Gérard Sadois a 70 ans et ça l’a logiquement incité à «annoncer à l’équipe que j’allais peu à peu me retirer. J’en ai fait beaucoup plus que je n’en ferai.» Il était en effet au commencement du Festival Guitare d’Issoudun en 1989 avec Dominique Delpoux et Alex Costanzo. Le trio est toujours aux affaires mais c’est lui qui nous fait survoler 37 éditions d’un rendez-vous pas comme les autres.

Le parcours personnel

«Je suis un Issoldunois pur souche. À part trois mois passés à Argenton après l’armée, je suis toujours resté à Issoudun. Je suis retraité de l’Éducation nationale. J’étais professeur de maroquinerie au lycée D’Alembert (où j’avais été élève aussi). J’ai toujours eu un attachement particulier pour l’enseignement professionnel ; c’est à lui que je dois ma réussite sociale. Dans les années 80, j’ai travaillé à la SICMA à fabriquer des sièges d’avion. Un jour les gens de chez Dassault sont venus pour qu’on travaille sur le siège du Falcon présidentiel : avec ma taille, j’ai fait la doublure du président Giscard d’Estaing.»

La création du FGI

«Le guitariste Marcel Dadi cherchait à monter une convention guitare qui tournerait partout en France. Nous avons été mis en relation avec lui par l’intermédiaire de Christian Laborde qui était venu à Issoudun pour encadrer des stages de guitare. On s’est lancé avec Dominique (Delpoux) et Alex (Costanzo) et c’est parti comme ça. Dadi avait un charisme incroyable, mais il n’était pas toujours facile. On est resté ainsi jusqu’à sa disparition dans le crash du vol TWA à Long Island en 1996. C’est après que nous sommes arrivés au Centre des congrès. On se l’est très vite approprié, il était fait pour le festival. On a changé d’envergure en arrivant là. Depuis 20 ans, l’équipe s’est étoffée. Dominique après un break d’une quinzaine d’années est revenu. Alex, on se connait depuis 50 ans. Il était à la sono pour la première édition. Aujourd’hui, nous sommes dix en responsabilité et à former le noyau dur.»

Musique et spectacle

«Depuis 50 ans, je suis dans le spectacle vivant. Avec Dominique (Delpoux) on s’occupait de booker des groupes. J’ai également fait la  régie du Grenier à sel, une troupe de théâtre, de la Compagnie Kissipik et je fais également la régie générale et les lumières du groupe Belle Germaine. En revanche, je ne suis absolument pas musicien. J’aurais aimé faire des percussions, mais je n’ai pas le sens du rythme. Je ne joue pas de guitare, je ne suis même pas fan. Chez moi, sur la platine, j’écoute des cordes nylon ou du flamenco.»

Les concerts à la maison

«Le FGI n’est pas l’œuvre de ma vie, mais il ne se passe pas une journée sans que j’y pense, que ce soit le salon de la lutherie, le Guitare Broc ou les concerts à la maison. Il y a une quinzaine d’années, Ciclic faisait des lectures à la maison ; j’y assistais et un soir, ça ne m’a pas captivé donc je me suis dit : « Et pourquoi ne pas faire des concerts à la maison en amont du festival ! » Christian Laborde a été le premier à venir y jouer. Aujourd’hui on en est à la 15e année, on a organisé 230 concerts et cette fois, deux musiciens tourneront pendant neuf jours. Ce sont des particuliers qui nous reçoivent et plus seulement les copains ; il faut juste qu’ils aient un salon assez grand. On passe des moments vraiment exceptionnels.»

Les anecdotes

«Une année, nous étions en partenariat avec un magazine qui organisait des tremplins. Un jeune de 17-18 ans est venu jouer du flamenco. Il s’est passé un truc pendant son concert. Il s’appelait Samuelito, c’était incroyable. Ça reste mon plus grand souvenir artistique.»

Le coup de coeur 2025

«Nous allons proposer une création mondiale. Nicolas Blampain, guitariste fingerstyle, le Quatuor à cordes Hanson, Tristan Loriaut, contrebassiste et arrangeur et Stéphane Edouard, percussionniste, joueront le 31 octobre sur la scène du Centre Culturel Albert Camus. Nous avons pris en charge les résidences et les répétitions. Nous sommes en partenariat avec Équinoxe. C’est vrai que ce n’est pas un concert facile à vendre, c’est un vrai pari artistique. Mais si nous ne le faisons pas, personne d’autre le fera. J’ai un peu insisté pour qu’on ait cette création. J’espère qu’elle va tourner ensuite.»

Et demain

«Nous avons voulu un festival sans thématique, c’est trop réducteur. En fait, la nôtre c’est de proposer tous les styles. À un moment, les puristes nous l’ont reproché. On a développé un modèle qui tient la route et qui est parfois copié, mais c’est très bien. Nous avons programmé plusieurs spectacles pour enfant, mais nous avons abandonné. Le festival se déroule toujours pendant les vacances scolaires. Nous ne serions pas en capacité de le faire en dehors de la structure du FGI. Aujourd’hui, il a sa marque de fabrique et est ancré dans les esprits.»

Festival Guitare Issoudun
30 octobre au 1er novembre
www.issoudun-guitare.com

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