Les Super Papas ont aussi des genoux

Romaric Boch s’est lancé dans un incroyable défi : courir sept marathons en autant de journées consécutives, dans l’Indre, pour sensibiliser le grand public sur le diabète infantile. Ce vendredi, Carré Barré a suivi (en voiture!) l’athlète entre Mézières-en-Brenne et Le Blanc. Attention, étape calvaire…

par Nicolas Tavarès

C’est un projet fou comme seul peut le susciter l’amour des siens. Un défi déjanté d’un Super Papa, coureur à pied dans l’âme : avaler 7 marathons en 7 jours consécutifs. Sans doute Romaric Boch n’avait-il pas exactement mesuré la hauteur de l’obstacle à franchir. Lui qui adore les trails, demeure l’un des tout meilleurs coureurs à pied de l’Indre, mais ne s’est jamais aventuré sur la distance reine.

42km195 à la puissance sept pour donner corps à un tour de l’Indre des chemins vicinaux et des petites départementales, voilà qui a de quoi soulever le cœur des spécialistes et faire halluciner les sportifs du dimanche. Mais c’est ainsi, Romaric est un Corrézien têtu et il y a des forces qui vous portent, vous incitent à pulvériser les plafonds de verre. Cette force, c’est la farouche volonté qui anime la famille Boch à lutter contre le diabète type 1 – autrement appelé diabète infantile – qui atteint la petite Lénaïc, la fille aînée de Romaric et Virginie. La maladie est un envahissant compagnon au quotidien pour la demoiselle équipée d’une pompe à insuline électronique. Le diabète, c’est une souffrance partagée par les parents qui ont toutefois trouvé dans ce défi «Le P’tit diab’» un moyen de sensibiliser le grand public et de récolter des fonds au profit de l’association AJD, l’Aide aux Jeunes Diabétiques.

Romaric a choisi le mardi 18 mai pour lancer le défi au départ d’Ardentes. Il s’achèvera lundi 24 mai à Châteauroux, place de la République. Ce vendredi 21, nous l’avons suivi dans ce qui constituait la quatrième levée du tour, entre Mézières-en-Brenne et Le Blanc. Au menu, la Brenne sous toutes ses coutures et l’envie de susciter toujours plus d’engouement autour du projet. En matière de dons, les chiffres se passent souvent de commentaire : la veille, la cagnotte Alvarum avait déjà atteint 5500 euros (7200€ ce vendredi soir), «sans parler des dons que les gens ou les communes étapes ont commencé à nous remettre directement sur le parcours» s’étonne Loïc Dody, ami du couple Boch et grand ordonnateur du «P’tit Diab’» avec son compère Bruno Monjoint. Ces deux-là ne quittent pas Romaric, assurant l’intendance avec le soutien des proches de la famille ou de partenaires au grand cœur comme Sylvain Pagnoux, le responsable de la boutique Rrun Châteauroux, qui équipe le coureur à pied ou le Crédit Agricole qui a mobilisé toutes ses agences sur le tracé du défi.

Les étapes

  • Mardi 18 mai, Ardentes-Issoudun
  • Mercredi 19 mai, Reuilly-Valençay
  • Jeudi 20 mai, Veuil-Châtillon
  • Vendredi 21 mai, Mézières-en-Brenne-Le Blanc
  • Samedi 22 mai, Rosnay-Argenton
  • Dimanche 23 mai, Eguzon-Neuvy-Saint-Sépulchre
  • Lundi 24 mai, Lys-Saint-Georges-Châteauroux

Entre l’étang de la mer rouge et Douadic, la troupe se retrouve sous l’averse. Romaric (à gauche) grimace de plus en plus.

Romaric imaginait une once d’intérêt de la part des gens. Depuis la première étape, ils sont de plus en plus nombreux à se joindre à sa foulée, à offrir le café et les viennoiseries au départ des étapes, à organiser un vin d’honneur à l’arrivée ou à liker en nombre sur les réseaux sociaux. Il y a les visites d’école, comme à Mézières, les rencontres de jeunes diabétiques auxquels Lénaïc remet une cape et un masque, parce que oui, quand on souffre de diabète infantile, il faut être un super héros pour s’en accommoder.

Ce soutien constant et grandissant va être salutaire pour Romaric. Car ce vendredi matin, sous un ciel bas, l’athlète a les traits tirés. La deuxième étape, entre Reuilly et Valençay, a laissé quelques traces avec la pluie. Et si le soleil du mercredi a rendu la liaison Veuil-Châtillon très agréable, une douleur insidieuse au genou droit s’est invitée à la fête. Elle a nécessité que toute la troupe qui suit dans des véhicules utilitaires et un camping-car gracieusement mis à disposition par Berry Camping Car regagne Châteauroux, jeudi soir, pour que Romaric puisse recevoir les soins d’un kiné.

Alors oui, dans les rues de Mézières, le sourire est toujours là sur le visage du lutin corrézien, mais la perspective d’averses et de vent soulève quelques interrogations. Juste avant de s’élancer, Roma lâche : «Je suis un peu en manque de sommeil. Il va me falloir trois ou quatre bornes pour me réveiller.» Va te réveiller, toi, avec les longues lignes droites brennouses qui feraient passer une étape de plaine du Tour de France pour une partie de rigolade! Heureusement, Romaric Boch est une fois encore bien entouré. Il y a quelques mois de ça, il était le préparateur physique apprécié et performant de la Berrichonne football. Ça ne l’a pas empêché d’être limogé comme un malpropre avec tout le staff technique qui accompagnait Nicolas Usaï. Mais les liens forts sont restés avec les joueurs. Rien de surprenant, donc, à voir arriver le milieu de terrain Romain Grange, venu avec son VTT couvrir toute l’étape.

Changement de chaussures

A la Maison du Parc, premier arrêt pour soigner le genou douloureux. Loïc Dody s’emploie…

Loïc et Bruno sont également en selle avec Virginie qui alternera pédalées et foulées. Un peu plus loin deux athlètes du Blanc athlétisme viendront au soutien. Quelques gouttes sont là, mais pas de quoi entamer le moral des troupes qu’on entend venir de loin. Ça papote, ça rigole. «J’essaye de faire le con tout le temps sinon… Quand je ne le fais plus, c’est un signe pour les autres.» Un tour d’étang par-ci, une traversée de chemin par-là, tout va bien jusqu’à la mi-course et une halte à la Maison du Parc à Rosnay. Le sourire de Romaric est maintenant forcé. Il change de chaussures et reçoit un soin de la part de Loïc Dody qui a compris que la douleur au genou devient problématique. «Ça va aller!» promet le coureur a pied avant de filer vers l’étang de la mer rouge.

Sur la route de Douadic, une forte averse s’abat sur le groupe. Les vêtements de pluie sont sortis à la hâte, sauf pour Romaric, cette fois visage fermé. Dans un nouveau chemin de traverse, alors qu’il reste environ sept bornes, il s’arrête une fois encore. Nouvelle paire de chaussures. Massage du genou au baume du tigre : «Mon genou se bloque…» Un ange passe sur la caravane. Mézières-Le Blanc c’est déjà le quatrième marathon. Mais il en reste encore trois d’ici le 24 mai. Il y a aussi ces dernières bornes de course à boucler. La pluie va finir par se calmer. Quand il arrive près de l’ancienne gare du Blanc, Romaric a pris dix ans. Il grimace, esquisse un semblant de sourire en remerciant tous ceux qui l’ont accompagné. À mi-parcours du «P’tit Diab’», l’horizon s’obscurcit.

«Romaric a un mental d’acier, ça va le faire, lâche Romain Grange. C’est le quatrième marathon, évidemment tu sens que ça tire, mais il ne lâchera pas. C’est une machine. À la Berri, il courait avec nous, il envoyait. Roma va aller jusqu’au bout même s’il doit le faire en marchant.» Un sentiment partagé par Loïc Dody: «La douleur l’a fermé en milieu d’étape, mais c’est un dur au mal. Il ne peut pas abandonner et s’il faut, on échelonnera les étapes.» Abandonner. Comment pourrait-il en être question pour Romaric? Il n’a même pas ce mot à son vocabulaire. En train de se changer dans son camping-car, il admet «être inquiet. Mercredi, c’était déjà compliqué. Mais aujourd’hui (vendredi) on a couru à 14km/h à un moment. Je me sens super bien, je récupère parfaitement, mais il y a ce genou qui m’a stoppé deux fois. Je ne comprends pas, j’ai l’impression d’être hyper facile sur l’enchaînement des marathons, mais il y a ce frottement qui empêche la voiture de bien tourner!»

Abandonner? Pas à son vocabulaire

Arrivée au Blanc, Virginie et Romaric en terminent de la 4e étape suivie en intégralité par le footballeur Romain Grange

Lénaïc le rejoint. C’est comme un rappel à l’ordre. Poursuivre, coûte que coûte. Quel regard porterait la petite fille sur son Super Papa s’il s’arrêtait en chemin? «On va aller au bout. Je voulais interpeler les gens sur le diabète infantile, c’est réussi. Mais on va peut-être revoir certaines choses. Depuis mardi, on ne s’occupe pas vraiment des enfants, en tout cas comme il faudrait. Samedi, c’est la voie verte entre Rosnay et Argenton. Il y aura d’autres enfants, on va sans doute faire l’étape sous la forme d’un bike and run (un relais coureur à pied – vététiste, ndlr). Et puis je ne peux pas arrêter. Je me sens redevable auprès des gens qui nous soutiennent et parce que l’histoire ne va pas s’arrêter avec ce défi. Dans l’école de Lénaïc ils veulent essayer de mettre sur pied un marathon en relais. D’autres projets vont voir le jour.»

Loin des routes de l’Indre, il y a aussi l’AJD qui n’en croit toujours pas ses yeux en regardant comment évolue la campagne de dons sur Alvarum. Il y a enfin toute cette communauté qui s’est créée sur les réseaux sociaux depuis le départ du «P’tit Diab’». Des gens se sentent touchés par l’histoire de Lénaïc ; le milieu sportif se mobilise autour d’un véritable défi qui plus est lancé sans la moindre arrière-pensée. Il reste 126 kilomètres et trois jours de défi à Romaric avant l’arrivée sur la place de la République. Il faudra du temps pour s’en remettre, mais dans les yeux de Lénaïc il y aura encore plus d’amour.

 

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