Un remède à la dépression
Cyrille Huguet se lance dans l’humour pour conjurer le sort
par Nicolas Tavarès
Pour se sortir d’une mauvaise spirale et du chômage, Cyrille Huguet se raconte en humour.
Ah les joies de l’administration ! Pendant un temps, Cyrille Huguet a cru toucher le Graal et devenir fonctionnaire. «En 2006, j’avais été engagé comme agent de maintenance dans un centre de rééducation motrice à Issoudun. Quelques années après on m’a poussé à tenter le concours de la fonction publique. Je l’ai eu, mais une pièce a été oubliée dans mon dossier par la DRH et du coup on m’a poussé vers la sortie. Le 1er janvier 2018, j’étais au chômage.» D’un naturel enjoué, Cyrille va se battre. En vain. «Et là m’est tombé dessus un truc qu’on appelle la dépression.»
Ce natif d’Issoudun installé à Paudy en convient, la spirale aurait pu être infernale. Sauf que… «Depuis que je suis gamin, on m’a toujours dit que j’étais l’amuseur de service. Mais pas celui qui met l’ambiance dans un mariage. Je me contentais de faire rire un cercle de copains. Pour combattre la dépression, je me suis amusé à commenter l’actualité en faisant des petites vidéos sur YouTube – je les ai effacées depuis. Un jour, on m’a parlé d’un tremplin d’humour à La Soupe aux choux à Bourges. Je m’y suis inscrit en touriste, on était neuf. Moi j’étais un peu l’extraterrestre au milieu de gars qui ne font que ça. Trois jours avant le tremplin, je ne savais pas ce que j’allais dire. Finalement, j’ai fait un sketch sur un sujet sur lequel avait réagi Nicolas Hulot. J’avais trouvé ça drôle. J’ai remporté le prix du public le jour où je pensais que je ne valais rien. Pierre-Emmanuel Barré, membre du jury, m’a remis le prix et m’a dit de foncer, que j’étais un humoriste. On est toujours en contact.»
Des textes affinés
L’histoire est belle, mais elle n’en est qu’à son prologue. En guise de lot à sa victoire à la Soupe aux choux, Cyrille se voit en effet offrir un passage sur la scène du Hublot à Bourges. C’était en novembre dernier et l’Issoldunois s’en est tiré avec les honneurs devant une salle pleine. Il faut dire qu’avec sa voix perchée haut et une gestuelle énergique, Cyrille occupe la scène. Le thème de son one man show?
«Ma situation personnelle. Le jour du spectacle, j’ai aligné mon ancienne cadre de santé. Elle était dans la salle. On m’a dit qu’elle avait beaucoup rigolé.» L’artiste en herbe sait qu’il est encore perfectible. Il a travaillé et un ami l’accompagne dans la mise en scène. «J’ai affiné mes textes et mes vannes. J’ai donné plus de rythme au spectacle. J’ai mis une semaine à l’écrire et un an à le préparer. J’ai multiplié les contacts avec des gens du milieu pour échanger, progresser.» Il n’hésite pas à mettre la main à la poche pour privatiser des salles comme ce sera le cas le 7 mars à l’Avant-Scène d’Argenton. Aujourd’hui, Cyrille ne regrette absolument pas de ne pas être fonctionnaire. Il se projette dans le futur : «Mais sans business plan parce que pour en avoir un, il faudrait déjà avoir un business et un peu de moyens financiers. Non, moi je m’offre simplement une nouvelle vie.» En faisant rire les autres. C’est déjà ça…