Une vie menée au galop
par Nicolas TavarèsPrésident de la société des courses hippiques, Francis Mory se prépare à tirer sa révérence

Francis Mory n’est jamais monté à cheval. Il ne connaît rien au monde de l’élevage. Pour couronner le tout, il n’a pas l’âme d’un joueur. Depuis dix ans, pourtant, il est le président de la Société des courses hippiques de Châteauroux. Et au printemps prochain, il bouclera son mandat avec la satisfaction du devoir accompli. Encore deux réunions sur l’hippodrome castelroussin et l’ancien adjoint au maire chargé des sports et de la vie associative (2001-2014) baissera le rideau sur dix ans de courses hippiques.
À 76 ans, il est en effet rattrapé par la limite d’âge : «Je n’ai plus le droit d’exercer dans un conseil d’administration. À la rigueur je pourrais encore être président honoraire ou bénévole.» Rien n’est moins sûr car depuis qu’il a été élu, Francis Mory a passé beaucoup de temps à l’hippodrome. «J’y suis quasiment tous les jours d’avril à octobre. C’est devenu ma première maison alors quand je ne serai plus président, je ne suis pas certain que ça me manquera. Désormais, j’aimerais profiter de ma famille.»
L’éducation physique d’abord

Pour soigner sa sortie, le dirigeant cherche à assurer sa succession. «J’accompagne celui qui devrait prendre ma suite» commente-t-il non sans faire part de son inquiétude. La crise du bénévolat n’est pas qu’une vue de l’esprit et lui ne voudrait pas voir s’effondrer ce qu’il a mis dix ans à construire. Mais pour comprendre comment un homme qui n’avait aucune accointance avec les chevaux a pu tenir autant de temps à la tête de la Société des courses de Châteauroux, il faut dérouler le fil d’une vie. Ou plutôt de toutes ses vies. «J’ai surtout eu plusieurs métiers, préfère dire le natif de Laon (Picardie). Et le premier d’entre eux, ça a été l’éducation physique.»

Enfant de troupe au Mans à 12 ans, Francis Mory entre dans l’armée en 1966 et va découvrir le Berry lors de sa première affectation à la Martinerie en 1967 quand les Américains font place nette. Il lui en faudra deux de plus avant de devenir véritablement castelroussin. Entre temps, le moniteur de sport enseignera une dizaine d’années dans l’école militaire mancelle où il avait passé son adolescence. Intégré au Matériel, il suivra une carrière linéaire jusqu’à devenir directeur de cabinet du général commandant le Matériel en Allemagne, puis membre de la délégation militaire de Châteauroux ou encore à la tête d’un bataillon en République Centrafricaine. Son statut d’ancien combattant lui vaut également de présider l’Union départementale des anciens combattants.
En marge de son activité militaire, le commandant Francis Mory s’est aussi illustré sur les parquets de basket, entraînant les filles de Déols au début des années 70, coachant en Nationale les basketteurs du Mans avant de passer sous les couleurs de l’ASPTT Châteauroux et enfin participer à la création du Poinçonnet basket. Libéré de ses obligations à son départ en retraite en 1995, le Picard se pique de politique locale en intégrant l’équipe Mayet pour les municipales de 2001. «Ça a été une belle expérience de vie. Être élu, c’est important et j’ai apporté quand même beaucoup en tant qu’adjoint et vice-président de la CAC (Communauté d’agglomération castelroussine devenue Châteauroux Métropole, ndlr). Le stade d’athlétisme de la Margotière, le Mach36, la mise en sécurité de l’hippodrome, c’est moi !»
Un hippodrome cité en exemple
Sous sa délégation, la piste castelroussine, apparue en 1883, a en effet repris des couleurs et lorsqu’arrivera la fin de son mandat d’élu, Louis Pinton, alors président du Conseil Général de l’Indre et Gil Avérous, nouveau maire de Châteauroux, le pousseront à s’installer à la tête de la Société des courses hippiques. «À ce moment, en 2015-2016, il y avait péril en la demeure. Châteauroux était sur le point de perdre ses courses au profit de Lignières. Les sauver et faire de l’hippodrome une vitrine, c’était un défi. Dix ans après, Châteauroux dispose peut-être du plus petit des hippodromes de 3e catégorie en France, mais il est régulièrement cité en exemple.»

La méthode Mory a évidemment emprunté à ses qualités de «meneur d’hommes et de rassembleur». Autour de lui, il a mobilisé près de 80 bénévoles, prônant convivialité et amitié. Surtout, il se félicite «d’être à la tête de la seule association castelroussine à ne toucher aucune subvention de la ville. J’en ai fait un point d’honneur. Nous avons une convention avec le Département pour maintenir un niveau de course, mais tant que nous n’avons pas besoin d’aide, pourquoi réclamer une subvention. La plupart des citoyens pensent que la collectivité doit donner. Ça n’est pas mon principe !»
Et depuis dix ans, Francis Mory, qui ne connaissait rien du monde hippique, organise donc trois réunions annuelles : « Du trot attelé ou monté, mais plus de galop : pas assez de partants et le trot attire beaucoup plus de monde (1 000 à 1 500 spectateurs par réunion, ndlr). On ne deviendra jamais millionnaire en pariant à Châteauroux mais on vient s’amuser en famille et passer un bon dimanche à l’hippodrome. » Lui y ajoute les autres jours de la semaine. Encore quelques mois, et ce sera enfin la quille.
Courses hippiques
hippodrome de Châteauroux
14 et 28 septembre