Le rêve en boîte…à pistons
Rencontre avec Franck Singeot, réparateur d’instruments à vent
par Nicolas Tavarès
Franck Singeot a ouvert La Boîte à Pistons à la fin de l’été 2020. Dans son atelier castelroussin, il répare clarinettes et saxophones. Itinéraire pas courant d’un artisan de l’ombre.
De prime abord, Franck Singeot passerait pour un grand timide. Mais il suffit de quelques minutes pour percer la carapace. Apparaît alors un homme affable, maniant l’humour et dévoilant des côtés altruistes et bienveillants qui le rendent vite attachant. À 46 ans, Franck vient d’entamer une nouvelle vie. Elle n’est pas courante: il répare des instruments à vent. Dans son atelier du centre-ville de Châteauroux s’empilent clarinettes et saxophones. Ici, c’est La Boîte à Pistons. Quelques marches plus bas, on se retrouve chez Jam Music Store que tiennent Romain Théret et sa soeur Julie. La Boîte à Pistons et Jam sont intimement liés par leur histoire, nous reviendrons dans la rue Bertrand…
Natif de Revigny-sur-Ornain (Meuse), Franck a 16 ans quand il commence à jouer dans les bars avec une bande de potes qui passent allègrement du reggae au rock. Avec « Casamance Music » et « Taskiff et les Plombiers zingueurs ». Sax en main, Franck s’amuse. «J’ai commencé à jouer dans l’harmonie de mon village. Le plus vieux saxophoniste m’a appris en me montrant sa partition. Au bout d’un an, je savais jouer mes notes !»
La musique ne faisant pas tout, Franck réussit un bac pro de mécanique automobile puis intègre l’armée. Quinze années de service jusqu’à devenir brigadier-chef, de Vernon à l’Afrique pour finalement atterrir à La Martinerie où il convoie des chars avec le 517e régiment du Train. «Je partais en mission 4 mois par an, mais j’arrivais toujours à emmener mon instrument avec moi. En 2011, au terme de mes trois contrats de cinq ans, j’en ai eu ras-le-bol, j’ai quitté l’armée.»
Tranquillité et harmonies

Sa pension militaire lui offre une tranquillité certaine ; les harmonies musicales d’Ardentes et de Châteauroux et l’orchestre d’harmonie de l’Indre, eux, y gagnent un sax baryton. C’est le temps d’une deuxième vie, celle où Franck va s’improviser Saint-Bernard des routiers : «De 2011 à 2018, j’ai été monteur pneumatique et mécanique pour la société Lesèche. Je faisais des interventions sur l’autoroute.» L’armée, le dépannage autoroutier… Même si le saxophone est bien présent, on reste à mille lieux de la Boîte à Pistons. «Ce projet a commencé à mûrir dans ma tête en 2013. Je démontais mon instrument et l’envie de me former est venue là. Mais les stages coûtaient assez cher.»
Franck patiente, profite des opportunités qui s’offrent à lui pour côtoyer l’univers du spectacle. En 2015, il y aura le Gargilesse Band (lire ci-dessous), puis la gestion du plateau de la comédie musicale Pinocchio et enfin le quatuor à 5 (sic) baptisé « Les Prothèses de anches ». «On a un style très éclectique : jazz, classique, populaire. À l’origine, j’avais décidé de prendre des cours de sax, mais je suis feignant et incapable de bosser à la maison. À la place de l’heure de cours, on a monté le quatuor.»
À l’automne 2019, Franck Singeot force sa nature. Le projet d’atelier de réparation est prêt, mais il veut y mettre les formes : «Je me suis inscrit à l’Institut technologique européen des métiers de la musique au Mans pour passer un CAP d’assistant technique en instrument de musique, option instruments à vent.» Le confinement gâche la fin d’année scolaire, mais Franck est diplômé.
L’entraide avec Jam Music

La suite tiendra de la rencontre opportune avec Romain Théret qui, lui aussi, prépare l’ouverture de sa boutique : «Il m’a contacté parce que la surface du local qu’il avait été très grande. On est allé visiter l’endroit, ça a immédiatement tilté et la deuxième semaine de septembre on ouvrait.» Rue Bertrand, c’est chacun chez soi, mais avec une belle entraide.
Quant à la Boîte à Pistons, elle a déjà trouvé sa clientèle : «Fin avril, c’était un peu au ralenti, concède Franck, mais ça fonctionne comme je le voulais et puis dans l’Indre, il y a de la demande, 35 écoles de musique et un réseau que je connais bien.» La belle vie en somme et le plaisir, en quelques mois, d’avoir pu travailler «sur des sax Selmer, deux modèles d’après-guerre. J’ai aussi eu l’occasion de travailler sur un Super Balanced Action, un saxo alto qui a pour moi la plus belle sonorité au monde. Une fois réparé, j’ai joué dessus tout l’après-midi !» Les petits bonheurs d’une nouvelle vie.
La Boîte à Pistons
Facebook : La boîte à pistons
La passion Gargilesse Band
Franck Singeot ne cesse d’en parler, preuve que le Gargilesse Band représente beaucoup. Le Gargilesse Band, c’est le projet mené par Hélène Texier depuis plus de 20 ans. Chaque été, au mois d’août, elle rassemble des jeunes qui, quinze jours durant, vont préparer un spectacle. À la fin de celui-ci, une récolte de fonds a lieu en faveur de l’association « Pour Kungur », du nom d’un orphelinat russe. Depuis 2015, Franck est l’une des petites mains du projet : «J’adore rendre service alors je m’occupe de la sonorisation. Hélène m’a également obligé à y jouer du sax, mais mon truc, c’est la régie.» Régulièrement, Franck investit dans du matériel qu’il met à disposition du Gargilesse Band. En 2019, la troupe s’est même envolée pour la Russie (photo). «Dans l’Oural, on a fait la tournée des orphelinats ; c’était une sacrée aventure.»