Une scène, deux ambiances
Comment naissent et sont soutenus vos spectacles de l’été
par Nicolas Tavarès
Arts en Communes dans le Pays d’Écueillé- Valençay et l’association Le Manteau d’Arlequin à Cluis diffusent ou produisent des spectacles. L’un accompagne les pros, l’autre s’appuie sur des comédiens amateurs. Explications.
Le 20 juillet, au cœur de la forteresse de Cluis-Dessous, une trentaine de comédiens, pour la plupart habitants de la commune et de ses environs, entamera un marathon de onze représentations de « Peer Gynt », adaptation d’une pièce du XIXe siècle d’Henrik Ibsen inspirée de contes norvégiens. Au même moment, à l’autre bout du département, sur le territoire de la Communauté de communes Écueillé-Valençay (Com Com), le collectif Arts en Communes continuera de dérouler le fil de sa saison lancée à Villentrois le 6 mai dernier sur le beat afro-électro d’Electric Vocuhila. Au milieu d’une vingtaine de dates, le festival des Lyelliputiennes à Lye (8 et 9 juillet), Tigre Bleu à Luçay-le- Mâle (29) ou Boulevard du Duel (photo) sur la place du village à Langé (9 septembre)… Pendant tout l’été, le public en prendra plein les yeux sans se soucier des moyens mis en œuvre en coulisses pour que le spectacle continue, justement.

Pour tout comprendre, retour à Cluis où l’association Le Manteau d’Arlequin, vénérable institution âgée de 102 ans, va présenter sa 33e pièce jouée uniquement par des amateurs. La première remonte à 1959, autant dire que l’association a de l’expérience. Les répétitions des enfants, une vingtaine présents notamment dans la première partie de « Peer Gynt », ont débuté à la fin de l’hiver en toute sérénité et ont permis de réaliser le premier teaser qui tourne sur les réseaux sociaux. La quinzaine d’adultes qui complète la troupe s’est attelé à la tâche le 1er juillet, sur le site du château. Avant « Peer Gynt », il y avait eu « Le Dialogue des carmélites », « Volpone », « Été 1915 », « Dracula », « Les Misérables », « Martin Guerre » ou « La Nuit des rois » en 2020 (photo).
Le Manteau d’Arlequin a «toujours voulu monter des spectacles ambitieux pour amener le public au théâtre classique, du théâtre populaire tel que l’envisageait Jean Vilar» pose Béatrice Barnes, présidente de l’association et metteuse en scène qui a succédé à ce poste à l’incontournable Patrick Bleron. «Les pièces ont toujours été jouées par des amateurs désormais encadrés par des professionnels comme la comédienne Sophie Mercier, le musicien Séverin Valière ou la chorégraphe Mélodie Joinville. Des techniciens pros nous accompagnent également parce que le spectacle s’appuie sur une installation électrique conséquente qui impose des habilitations bien particulières, surtout dans le cadre de la forteresse.»
Les mêmes droits que les urbains

Sur le territoire d’Écueillé-Valençay, Arts en Communes est dans une autre dynamique. Le collectif culturel coordonné par la collectivité n’accompagne que des spectacles pros. Créée en 2019, la structure porte «l’ambition de proposer à tous les habitants du territoire des spectacles qualitatifs», dit Annick Brossier, présidente de la Com Com. «Même s’il est éloigné des grands centres culturels, notre territoire dispose des mêmes droits que les urbains à bénéficier de spectacles susceptibles de tourner en France, voire à l’international.» Arts en Communes repose donc sur sept membres – le Château de Valençay, la ferme-théâtre de Bellevue à Villentrois (spectacle La Fine Équipe, vidéo ci-dessous), la Grange aux Blas-Blas et le P’tit théâtre des Forges à Luçay-le-Mâle, les Lyelliputiennes, le Relais des Pas Sages à Pellevoisin et le Train touristique du Bas-Berry à Écueillé – la Com Com assurant pour sa part un rôle de facilitatrice en «soutenant la lisibilité de toute la programmation. Depuis la création du collectif, nous sommes passés par plusieurs étapes, en présentant même de la danse contemporaine. Finalement, nous avons fait le choix de ne porter que les arts de rue» détaille Eva Dardant, chargée de mission culturelle et communication au sein de la Com Com.
Et de poursuivre : «Dès le départ, tout le monde s’est mis autour de la table. Cela a notamment ouvert l’accès à de nouvelles subventions. L’objectif, c’est de montrer qu’il se passe quelque chose en puisant une force dans le collectif.» Arts en Communes s’attache à proposer une programmation homogène qui s’appuie sur le dispositif PACT (Projet Artistique et Culturel de Territoire) de la Région Centre-Val de Loire ainsi que les fonds propres de la Com Com. Béatrice Barnes l’admet, les rouages sont beaucoup moins huilés pour Le Manteau d’Arlequin. PACT, Département, commune de Cluis accompagnent bien les projets, «mais c’est le volume des subventions qu’il conviendrait d’augmenter. Pour cela, il faudrait une personne à plein temps.» L’association dispose heureusement d’autres richesses. À commencer par l’écrin de la forteresse qui voit «une petite ville s’y installer le temps des représentations. Nous avons trouvé notre rythme de croisière depuis longtemps. La seule véritable pression que l’on ait, c’est que le public vienne…» À Cluis, il n’a jamais fait défaut.