Si chers coûts de production
De plus en plus de festivals sont confrontés à l’appétit des artistes
Chez Carré Barré, l’actualité des festivals nous tient particulièrement à cœur; nombre de ces rendez-vous des beaux jours sont en effet la promesse d’une parenthèse d’insouciance dans un quotidien trop morose. Pour autant, organiser un festival n’est pas une sinécure.Ainsi L’Air du Temps a-t-il été mis en sommeil par les Bains-Douches à Lignières (lire par ailleurs) afin de ne pas mettre en péril l’avenir du pôle chanson française. À Saint-Lactencin, dans un souci de renouvellement cette fois, on a tiré un trait sur Zik à Tesseau aux derniers accords de la 20e édition, en septembre dernier. Peu à peu, les événements se dévoilent et viennent se poser à l’agenda comme Le Son Continu au Château d’Ars (11 au 14 juillet), les Intemporel-les d’Argenton (20 au 27 juillet) ou Darc à Châteauroux (12 au 22 août). La Firemaster Metal Convention (24 au 26 octobre) sera reconduite à Issoudun. L’Yzeures’n Rock de nos proches voisins d’Indre-et-Loire (1er au 3 août) prolonge l’aventure tout comme les classiques Nohant Festival Chopin (7 juin au 23 juillet) et Lisztomanias (17 au 22 octobre).
Mais il suffit d’engager la discussion sur la programmation du prochain Festival Darc avec Éric Bellet pour comprendre que l’ambiance se tend sérieusement en coulisses. En cause, les cachets des artistes de gros calibre. «Attention! Il faut bien faire un vrai distinguo : ce ne sont pas les artistes qui assurent les premières parties des concerts qui posent problème, mais bien les grosses vedettes» regrette le directeur artistique de Darc. Il dévoilera sa programmation en mai prochain. Lui qui aime ménager le suspense fait comprendre à demi-mot qu’il n’est pas prêt à casser la tirelire même s’il s’agit de la 50e édition du festival: «Les coûts artistiques avaient déjà augmenté après le Covid, mais il y a désormais les coûts techniques qui suivent aussi.» L’une des premières explications avancée par l’organisateur castelroussin, c’est le streaming: «Il a tué la poule aux œufs d’or. Les artistes ne vendent plus de disques!» Logiquement, les producteurs se rattrapent donc sur les cachets «et à un moment donné, forcément, il y aura un gros problème.»
Le streaming coupable désigné

Sabrina Pelletier, responsable de la culture au sein de la Communautés de communes Val de l’Indre-Brenne qui portait Zik à Tesseau, abonde en ce sens et s’interroge: «Aujourd’hui, les artistes mettent tout sur les réseaux. Je voudrais bien savoir comment ils gagnent de l’argent? Jusqu’au Covid, il y avait comme trois niveaux de tarifs: d’abord les artistes de première partie, puis un niveau intermédiaire avec les artistes qui commencent à être connus mais que l’on pouvait avoir à un prix raisonnable et enfin les vedettes. Après le Covid, le niveau intermédiaire a disparu. Aujourd’hui, nous ne pourrions plus nous offrir Les Négresses Vertes qui étaient venues à Zik à Tesseau en 2018.»
Et dire que les organisateurs doivent en plus composer avec la diminution des subventions publiques, «le département de la Haute-Loire se désengage de la culture à 73%» cite en exemple Éric Bellet.Il veut toutefois rester optimiste: «Une 50e édition pour Darc, ça ne change pas foncièrement les choses. C’est une édition importante, mais la réussite c’est surtout d’avoir pérennisé la manifestation sans qu’elle vieillisse.» Sabrina Pelletier, elle, insiste sur le fait qu’un nouvel événement succédera à Zik à Tesseau début septembre, toujours à Saint-Lactencin. Les Cafés du Rock, Buz’en Scène ou la Passerelle seront également au programme «et nous ajouterons un concert en juillet à Saint-Genou et du théâtre en novembre.» Son seul regret, en fait, reste le même depuis deux ans: avoir laissé échapper de peu Manu Chao pour un concert à Saint-Lactencin. Il est vrai que la philosophie de l’ancien leader de la Mano Negra en matière de cachet reste une exception en France.
Zoom : Pas d’Air du Temps cette année

Les Bains-Douches étaient fragilisés.
Le communiqué est tombé en octobre dernier: pour pérenniser son action à l’année, les Bains-Douches de Lignières suspendent le festival l’Air du Temps 2025… Julie Rangdé (photo), la directrice et Élisabeth Laplane, la présidente des Bains-Douches, justifiaient cette décision par l’impact budgétaire du festival devenu trop lourd pour la structure, seule Scène de musiques actuelles (Smac) située dans une commune rurale de moins de 1400 habitants. Pour ceux de Lignières, l’annonce est rude tant le festival, en 32 éditions, s’est imposé comme l’événement phare du printemps.
Présidente et directrice restaient évasives quant à savoir si la mise en sommeil portait sur la seule édition 2025, mais en rappelant en préambule que 14% des festivals en France n’étaient pas certains de la tenue de leur prochaine édition, on peut légitimement s’inquiéter pour la suite de l’histoire. Julie Rangdé et Élisabeth Laplane rappellent que la Smac de Lignières a surtout vocation à soutenir à l’année la création, la production, la diffusion, les pratiques musicales des professionnels et amateurs et l’action culturelle; il fallait donc prendre une décision forte. Le 23 octobre dernier, une branche a été sciée. Elle repoussera peut-être.