Celui qui se rêvait Cheval

par Nicolas Tavarès

Nicolas Cotton, le peintre et sculpteur qui laissera une trace au Pont-Chrétien.

Le courriel invitait à venir pousser la porte de sa galerie au Pont-Chrétien. Son site et sa chaîne YouTube permettaient de survoler près de 30 ans de carrière artistique. Nicolas Cotton, peintre et sculpteur castelroussin «espérai(t) avoir retenu votre attention pour un reportage». C’est ainsi que vous vous retrouvez devant la fameuse porte d’une ancienne boulangerie dans la rue principale du Pont-Chrétien (photo). Des teintes de jaune, des volets colorés : la façade attire l’œil. C’est fait pour. Vous sonnez, par la fenêtre du premier étage un visage hirsute apparaît et s’étonne de votre présence. Pas grave, l’hôte vous reçoit avec un plaisir non feint.

En revanche, le Nicolas Cotton qui apparaît n’a rien à voir avec celui qui répond à une interview vidéo menée par son fils Hugo et qui figure en bonne place sur la page d’accueil du site. La séquence date un peu, mais le sculpteur est méconnaissable. Amaigri, les traits fatigués, il se lance d’abord dans une ellipse: «Vous savez ce que c’est ça ?» demande-t-il en montrant une vingtaine de bracelets d’hospitalisation accrochés au mur. On a bien une idée, oui. Et alors qu’il vous précède dans sa galerie, il se retourne et vous assène: «J’ai deux cancers et je vais commencer une chimio de trois mois. Voilà ma galerie!» Le décor est planté.

La vie de bohème à Paris

Né dans une famille d’imprimeurs, Nicolas Cotton semblait avoir un destin tout tracé sauf qu’il a très tôt choisi de se démarquer. À 14 ans il est reçu à l’école Estienne, l’école supérieure des arts et des industries graphiques. Le jeune castelroussin a une profonde aversion pour les cours. «J’ai été soliste dans l’harmonie de Châteauroux, je joue du bugle, mais là non plus, je ne supportais pas les cours.» Aujourd’hui, se retournant sur son parcours, il se revendique autodidacte indépendant. Au milieu des années 90, il est en tout cas un touche à tout qui s’essaye à la céramique et croit en un avenir parisien.

Dans la ville lumière, Nicolas Cotton connaît la vie de bohème «sur une péniche. Il y avait des sans-papiers, c’était un squat d’artistes.» Un peu photographe, un peu peintre, un peu sculpteur, Nicolas a pour lui une beauté presque animale qui marque les esprits. Il sera donc un peu mannequin aussi, et se met à courir les castings de films. «J’étais silhouette, figurant quoi…» On l’apercevra dans Beaumarchais l’insolent avec Luchini (1996), Les Enfants du siècle avec Binoche, Les Enfants du Marais de Becker (1999) ou L’adversaire avec Auteuil (2002). Dans une pub pour les chocolats Ferrero, on le devine en smoking impeccable, traversant le champ de la caméra braquée sur Richard Gere !

Bashung le mentor

«La peinture et la sculpture commençaient à marcher, j’ai plaqué ma carrière cinématographique» ironise-t-il. Plus tard, toujours attaché à Châteauroux, Nicolas Cotton ouvre sa Galerie 2 Poches rue Guimon-Latouche. «Tous les dimanches, je montais à Paris au marché de la création. Je m’y suis fait une clientèle. Je gagnais bien ma vie.» Ses toiles se vendent et cela continue aujourd’hui encore. Sa vie amoureuse est en revanche un peu plus tumultueuse. Ses trois fils et son petit-fils font sa fierté et rappellent qu’il a consommé deux mariages. Le dernier divorce l’a même mené au Pont-Chrétien en 2018. Là, il transforme l’ancienne boulangerie en Cotton’s Factory, galerie d’art qui détonne dans le paysage pontcabanois.

«Ce n’est pas simple d’ouvrir une galerie d’art en milieu rural, mais j’ai peur des villes. Quand ils ont vu débarquer un artiste, les voisins ont été surpris. Imagine leur réaction quand je leur ai fait croire qu’on allait construire un héliport pour permettre à mes clients américains de venir. Finalement, j’ai été bien entouré et j’ai commencé à organiser des concerts.» Makja a joué ici en 2024, «il a reçu le dernier prix Brassens. À ma façon je fais partie de l’animation du Pont-Chrétien.» Il vous raconte tout cela alors qu’Alain Bashung s’invite en fond musical.

La Cotton’s Factory en palais idéal

Bashung, son mentor. Évoquer l’interprète de Madame rêve pose un voile mélancolique sur le regard du peintre. «Quand je l’écoute, il m’inspire, il faut que je peigne, explique-t-il. Ça te dérange si j’allume une cigarette? Oui, je sais… mais je vis ma vie d’artiste, alors j’en ai un peu rien à foutre…»Retour sur sa galerie. Nicolas Cotton veut y préparer l’après. Cet après qui a failli arriver plus tôt que prévu une triste journée de février 2025. Les idées noires assaillent Nicolas Cotton qui va commettre l’irréparable. Heureusement, un ami arrivera à temps pour lui porter secours.

Lors de son hospitalisation, on lui diagnostique ses cancers. «Je me suis sauvé la vie en voulant me l’ôter» s’amuse-t-il.À 62 ans, Cotton «se bat parce que mes gars me poussent. L’important, c’est que je puisse travailler. La galerie est ouverte. Mais je me pose des questions. J’ai 200 à 300 toiles et sculptures ici. Je ne voudrais pas qu’elles finissent à la poubelle. Ça me plairait que la Cotton’s Factory devienne le palais idéal du Facteur Cheval du Pont-Chrétien.» Nicolas met son énergie dans ce rêve et pose des sculptures dans son jardin. Un nouveau morceau de Bashung se lance, lui termine sur un pied de nez : «L’article sort quand? En mai? Ça va, je serai encore là!»

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