L’histoire de Mélodie, elle sonne
par Nicolas TavaresLa chorégraphe Mélodie Joinville se ressource dans son havre de paix neuvicien
Lorsque vous lirez ces lignes, le 5 septembre sera sans doute déjà très loin derrière nous. Mélodie Joinville, elle, c’est certain, sera passée à autre chose. Son quotidien est ainsi fait : la danseuse et chorégraphe ne sait pas s’arrêter. «J’ai toujours été un Zébulon. Le mouvement, la fougue, la fugue…» résume-t-elle. Fugue c’est justement le nom de sa dernière création qui a séduit les responsables de l’Atelier à Spectacle de Vernouillet (Eure-et-Loir), scène conventionnée d’intérêt national, jusqu’à en faire le support de l’ouverture de la saison culturelle ce fameux 5 septembre. Mais pourquoi se contenter d’une seule représentation de Fugue à la tombée de la nuit quand on peut également proposer Sine Qua Non, un autre des projets de Mélodie, le matin même à Saint-Luperce (toujours en Eure-et-Loir) dans le cadre du festival la Grande Balade?
Une pause dans la création

Mélodie Joinville s’impose une course avec le temps: «Psychologiquement, je ne peux pas faire de pause ; mais je dois aussi tenir compte de mon équipe. Là, je fais seulement une pause dans les créations. Pour moi qui suis hyper sensible aux choses, la création est synonyme d’envie, mais je suis aussi dans une phase où je dois digérer les événements.» Le décès de son papa, au printemps dernier a ralenti le rythme effréné de son quotidien, laissant une plaie béante.
«La traversée avec mon père a été longue. En même temps, j’écrivais Fugue.» Contrainte, Mélodie a donc ralenti dans la perspective d’une suite qui parait déjà intense quand bien même admet-elle «que l’automne s’annonce bien, mais le planning de janvier à mai 2027 n’est pas assez rempli à mon goût.» Chassez le naturel, il reviendra toujours au galop…
En attendant de recommencer à courir les scènes ou les espaces de jeu au gré des programmations de Fugue, Kiende, Sine Qua Non ou Pulse3.0, sa création du moment, Mélodie Joinville a choisi de se ressourcer à Neuvy-Saint-Sépulchre, «ma base, avec mon conjoint (Stéphane), ma famille, mes enfants!» C’est là, au coeur du Boischaut sud que la chorégraphe concède avoir trouvé son improbable point de chute : «Je suis une citadine. Quand je suis arrivée dans l’Indre en 2010, j’ai trouvé ça mort.»
Trop expansive

À 46 ans, l’Angevine de naissance, a revu sa position. On appelle ça la maturité. Quoi qu’il en soit, elle défendrait bec et ongles ce coin de verdure qui l’accueille: «Aujourd’hui, je me sens super bien ici, j’ai dû faire ma place. La chorégraphe que je suis devenue est née en Berry.» Formée au violoncelle et au chant latin, passée par une école de danse à Toulouse, Mélodie dévoile son attrait «pour la musique et le classique en particulier. Ma mère fait du chant lyrique, mon père était ingénieur du son et je m’appelle Mélodie. Je ne pouvais pas faire autre chose. On m’a souvent dit que j’étais trop expansive, trop clown. J’ai tout pris.» Et c’est en artisane plutôt qu’en intermittente du spectacle qu’elle se présente.
«Après tout, c’est logique, on fabrique des choses.» Sa « fabrique » a pour nom La Tarbasse, cette compagnie, sa compagnie, que Mélodie a vu en péril l’année dernière avant d’enfin accrocher une précieuse convention avec la DRAC, la direction régionale des affaires culturelles du Centre-Val de Loire. «Mon dossier a reçu les félicitations du jury!» Dans le même temps Équinoxe la scène nationale de Châteauroux en faisait l’une de ses artistes associées. « Je me bats pour danser et pour faire vivre le territoire. La culture est une chose hyper fragile, mais je suis une battante» argumente-t-elle.

Son actualité des prochains mois va l’obliger à sortir de sa zone de confort. Pas de quoi affoler la chorégraphe qui voudrait bien poser des passerelles vers la Nouvelle-Aquitaine «où cela matcherait avec plein de gens», mais l’appel de l’international est fort lui aussi. «En janvier prochain, j’ai un projet avec un lycée de Magdebourg (Allemagne) et je souhaiterais participer au festival Danca Em Trânsito au Brésil avec Pulse 3.0, mais il faut figurer sur la liste de l’Institut Français. En décembre 2028, j’aimerais aussi retourner au Bénin. En 2021, j’avais mené une création jusqu’à son terme. Je voudrais travailler sur une réédition avec un échange.» En préambule à l’entretien, Mélodie évoquait «ces graines que j’ai semées pendant des années.» L’heure de la récolte a désormais sonné.