Les John Williams de demain

par Nicolas Tavarès

L’EICMI a déjà le son. Il lui faut maintenant l’image pour se faire connaître à l’international


En matière de décor, le cinéma français a déjà fait plus grandiose que les bâtiments qu’il destine à son enseignement. L’aborder par son versant public invite même à une sobriété certaine avec d’un côté, à Paris, l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, plus connue sous l’appellation de Fémis ; de l’autre, à la Cité du Cinéma à Saint-Denis, l’École nationale supérieure Louis-Lumière. La première constitue la voie royale des réalisateurs quand l’autre s’attache à former les techniciens. Un minimalisme, donc, mais uniquement de façade puisque la renommée des deux écoles n’est plus à faire.

Les étudiants des deux premières promotions.

Côté enseignement privé, en revanche, la forêt est beaucoup plus touffue. Lorsqu’elle a ouvert ses portes à Châteauroux à la rentrée 2025, l’École Internationale de Composition de Musique à l’Image (EICMI, prononcez ekmi) arrivait certes avec sa singularité, mais surtout avec un défi à relever: se faire sa place dans un contexte très concurrentiel. Xavier Couture, ancien président du Directoire de Canal Plus puis directeur général de France Télévision, aujourd’hui président de l’EICMI et Emmanuelle Gaume, autrice, productrice, réalisatrice, journaliste et directrice de la structure castelroussine, ont fait jouer leurs carnets d’adresses pour défricher le terrain. «L’année dernière, j’ai fabriqué l’école. Ça a été un an de maçonnerie pure et dure, détaille la directrice. Mais aujourd’hui, notre plus grande difficulté, c’est de faire connaître quelque chose qui n’existait pas jusque-là!»

En quête de mécènes

Adrien Locciola, directeur pédagogique de l’EICMI

Tandis qu’elle accueillait la nouvelle promo, fin août, Emmanuelle Gaume s’est mise en quête de soutiens financiers. «Si nous voulons engager le territoire, on ne pourra pas uniquement faire appel aux institutionnels. Alors, oui, nous recherchons des entreprises mécènes pour les emmener dans la création de films.» L’EICMI et ses deux premières promotions (15 élèves chacune quand la capacité d’accueil peut monter à 25 chaque année) ont pris leurs marques dans l’ancienne pépinière d’entreprises castelroussine où l’encadrement les laisse «en autonomie parce que c’est la meilleure façon d’avancer dans la vie» insiste Emmanuelle Gaume.

«Elle est chargée d’assurer la pérennité de l’école pour que nos deux promos partent sur de bonnes bases» précise pour sa part Adrien Locciola, directeur pédagogique de l’école. «L’intérêt de l’EICMI c’est de mettre en valeur la compétence de nos étudiants. Nous sommes là pour émuler leur sensibilité. Qu’ils fassent de cet immense compositeur qu’est John Williams (Star Wars, La Liste de Schindler, Harry Potter, ndlr) une figure emblématique à suivre dans leur travail. Il y a plein de futurs étudiants qui seraient heureux d’être là, mais qui ne nous connaissent pas. Alors nous devons essayer de nous ouvrir en donnant toute son importance au i d’internationale dans le nom de l’EICMI.»

Des compos plein le disque

Une masterclass avec Gabriel Yared

Jules, 30 ans, est originaire de Mulhouse. L’an dernier, il a tapé « école de musique de film sur Google » et est tombé par hasard sur le site de l’école castelroussine. «Comme dans le monde de la musique, il y a beaucoup d’écoles privées dans celui du cinéma alors Adrien (Locciola) m’a proposé de venir voir comment ça se passait réellement. Je suis venu sur une journée, j’ai vu que c’était sérieux.» Jules a alors candidaté. Son profil a retenu l’attention des enseignants de l’EICMI et l’Alsacien a donc rejoint Elen, Rachel, Gabriel, Romane débarquée de son Québec natal et tous les autres.

Emmanuelle Gaume, directrice de l’EICMI

Le jour de la visite de Carré Barré, ils restituaient leur premier travail de l’année. Celui de Jules s’intitulait Prélude pour un chien qui tourne la tête quand il ne comprend pas, titre alambiqué pour une composition de film d’animation, «naïve, enfantine, avec beaucoup de couleurs. J’avais un peu triché puisque des compositions, mon disque dur en est plein, donc j’ai pioché dedans pour cet exercice…» s’en amuse encore Jules. «Nos étudiants sont musiciens, compositeurs nés, dévoile Emmanuelle Gaume. Ils aiment raconter des histoires avec leur musique, mais il leur manque des outils pour enrichir leur vocabulaire musical. La musique à l’image, c’est un vrai métier et à mon sens, le compositeur est le troisième auteur d’un film.» Un job auquel l’EICMI vous forme. Maintenant, vous le savez et vous n’y viendrez donc plus par hasard.

EICMI
3 place de la Gare à Châteauroux
www.eicmi.fr

Alice Guy dans la lumière

Considérée comme la première femme cinéaste de l’Histoire du cinéma, Alice Guy (1873-1968) est aussi une femme inspirante pour Emmanuelle Gaume, directrice de l’EICMI, qui lui a consacré un roman biographique Alice Guy, la première femme cinéaste de l’histoire (2015, Plon) mais également un documentaire, Elle s’appelle Alice Guy (2017), projeté notamment lors du festival Singulières à La Châtre, en mars dernier. À la fin de l’automne, Emmanuelle Gaume bouclera une sorte de triptyque avec Alice, série en six épisodes diffusée sur HBO. C’est l’actrice Bérénice Bejo (OSS 117, The Artist) qui y tiendra le rôle titre.

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