Le duo électro trance qui vous met la banane !

« Un album ? Oui, il faudrait… »

Organic Bananas
© Céline Hugues

Créé en 2014 de l’envie de Greg Jolivet de produire un nouveau projet solo, Organic Bananas s’est organisé autour du musicien berruyer et de son compère ingénieur du son Olivier Thillou. Passé du bal trad’ au monde de l’électro trance, le duo s’est depuis installé comme une valeur sûre. Il trouve sa quintessence sur scène avec des sets improvisés qui ont transporté le public aux Transmusicales de Rennes, aux Vieilles Charrues, à l’IndiEarth de Chinnei et ce mois-ci sous la verrière d’Equinoxe pour l’ouverture du Blizzard Festival électro. Entretien avec le Castelroussin Olivier Thillou.

CB : C’est très difficile d’avoir les membres d’Organic Bananas ensemble ?
OT : « En ce moment, je suis en résidence dans les Deux-Sèvres et Greg est sur un projet, lui aussi en résidence, à Lille. En plus d’Organic Bananas, nous avons chacun nos propres projets dans lesquels nous avons replongé dès notre retour d’Inde. »

CB : Alors, justement, ce séjour en Inde ?
OT : « C’était magnifique. Incroyable. En fait, nous participions à un concert de l’IndiEarth Exchange qui est le marché de la musique et du cinéma indépendant. Chinnei, c’est 20 millions d’habitants. Le concert, c’était pas plus de 250 participants, limite un showcase. La musique électro n’est pas trop développée en Inde. C’est un marché embryonnaire. Pourtant, on a marqué les esprits. Dès les balances, il y a eu un emballement. Ceux qui étaient déjà présents ont très bien réagi. Nous avions une heure de set. Mais comme il y avait beaucoup de professionnels venus du monde entier… »

CB : Cet emballement, tu l’expliques comment ?
OT : « On ne se l’explique pas ! On a développé une forte singularité et Greg est une bête de scène. Ce qu’il donne implique forcément un retour. Les gens sont obligatoirement sensibles à la prestation. »

CB : Difficile de livrer la recette du succès, mais définir le style Organic Bananas est peut-être plus aisé ?
OT : « Nous proposons une forme musicale dans les codes de la techno. C’est binaire. Des musicologues pourront y trouver des modes de jeu. Si on revient à l’Inde, là-bas, ils sont habitués aux sitars, aux instruments avec beaucoup de cordes. Un point commun avec la vielle à roue de Greg. A deux, nous avons un mode de jeu improvisé que l’on peut voir sur la vidéo que l’on a tournée à Chinnei justement. »

« Greg est une bête de scène »

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CB : L’improvisation, c’est la force d’Organic Bananas ?
OT : « Oui et parfois, on trouve des pépites sur les improvisations. On essaie d’ailleurs de recréer les conditions pour le groove qu’on a pu trouver sur scène. On recycle sans cesse nos codes de jeu. Et Organic Bananas a un son particulier dû à la vielle. »

CB : Du coup, Greg Jolivet s’éloigne des projets trad…
OB : « Il faut se souvenir qu’Organic Bananas a été monté à destination des SMAC, les scènes de musiques actuelles. Nous sommes donc dans un registre de musique amplifiée. Il y a des tradeux qui viennent à nos sets parce que c’est Greg Jolivet et qu’il a une énorme notoriété. Un jour, son prof de vielle est venu nous voir en concert. Il est de la pure tradition trad. Il a vu son élève exploser les codes. Mais le milieu trad ne nous en veut pas (rires). »

CB : Organic Bananas, malgré la vielle à roue de Greg, c’est donc tout, sauf du trad…
OT : « Nous sommes souvent obligés de prévenir les organisateurs de festivals trad qui nous proposent de jouer chez eux. Organic c’est fort en termes sonores. On ne se vend donc pas pour ce que nous ne sommes pas. Disons qu’on est fait pour le monde entier, sauf le trad ! »

CB : Depuis la création du projet, les gros festivals se sont multipliés. Ça te surprend encore ?
OT : « Lorsqu’on s’est lancé, on s’attendait à faire une quinzaine de dates par an, dans notre petit réseau. Et l’on s’est retrouvé sur des grosses scènes… »

CB : Donc rien n’était prémédité ?
OT : « Il faut se souvenir de l’histoire du projet. A la base, moi, je ne suis même pas sur scène. Greg venait d’être désigné lauréat Propul’Son. Il m’a dit : « Veux-tu être mon ingé son pour créer mon nouveau solo ? » On s’est retrouvé en résidence au Nadir. En faisant le tri du travail réalisé, je me suis mis en régie façade, normal. On a commencé à travailler ensemble comme ça. Je prenais beaucoup de place et on a très vite communiqué visuellement entre nous. Sandrine Salzard, metteuse en scène au Nadir, a vu les premiers résultats. Elle nous a alors dit qu’elle ne voyait que la moitié de ce qu’il se passait réellement sur scène. Un peu après, au Festival du Thé Vert à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), nous avions un concert et le cadre du concert a fait qu’on s’est retrouvé loin l’un de l’autre. Alors je me suis d’abord rapproché de la scène. Et puis de fil en aiguille, je me suis retrouvé sur la scène pour des questions pratiques. Greg a été fort élégant de m’accorder cette place auprès de lui. »

CB : Proches sur scène, mais plongés dans de multiples projets distincts le reste du temps…
OT : « Oui, nous avons chacun nos vies, nos propres projets, même si nous en avons d’autres en commun comme La Machine où Greg est avec trois autres musiciens tradeux en scène et moi en ingé son. Ça fait six ou sept ans qu’on travaille ensemble. »

CB : Et Organic Bananas ce n’est pas seulement un duo…
OT : « Dans notre formation complète, pour les concerts et en fonction des agendas de chacun, Organic Bananas c’est aussi Fred Mardon, notre éclairagiste qui sera sur la tournée « Age tendre et Tête de Bois » au moment du Blizzard, et Sébastien Berthet, qui fait le tour manager et le producteur. »

CB : Le projet est tout neuf, mais il a déjà beaucoup fait parler de lui. Si je te dis qu’il y avait Depardieu, Denisot et les Bodins, mais qu’il y a maintenant Organic Bananas comme ambassadeur de l’Indre et du Berry, ça t’inspire quoi ?
OT : (éclat de rire) « C’est complètement disproportionné. Notre nom à nous n’a pas la résonance des leurs. Oui c’est excessif, mais ça me fait rire. »

« Des dates en 2017, mais pas des trucs de ouf ! »

CB : C’est quoi la suite ?
OT : « Le projet a évidemment un avenir. Là, on est sur le Blizzard Festival, mais c’est une date un peu isolée dans le calendrier. C’est plutôt calme à cette période pour Organic Bananas. Il y a des dates l’été prochain, mais cette fois pas de trucs de ouf comme les Vieilles Charrues. Enfin pour l’instant. »

CB : Et l’on revient à Chinnei qui vous ouvre de nouvelles perspectives…
OT : « L’Inde nous a proposé une tournée sur 2017-2018. Trois producteurs indiens voulaient nous faire tourner sur place. Un nous a envoyé un mail officiel. C’est le producteur que nous avions jugé le plus crédible. Ça c’est un projet qui est dans les tuyaux. Et puis il y a eu pas mal de contacts prometteurs dans l’Océan Indien. »

CB : Et un album ? On y pense quelque part à un album ?
OT : Pour le moment, nous n’avons qu’un EP 4 titres (Play it Loud) qui a déjà plus d’un an. Un album, il faudrait qu’on s’y attèle. C’est important, mais un live afin que l’on puisse retrouver l’interaction qui existe avec le public. Mais nous avons tellement des agendas de tarés qu’il est difficile de se mettre en studio. On a quand même des envies d’albums avec des invités, pour faire se croiser des musiciens dans la même démarche que la nôtre. »

CB : Trouver un studio n’est pas vraiment un problème pour toi…
OT : « Oui, j’ai le mien au 9 Cube où notre EP a été enregistré. Mais encore une fois, pour enregistrer un album, il faut l’écrire or nous, on préfère improviser. Ce n’est pas une question de paresse, mais plutôt de spontanéité, de jaillissement artistique. C’est excitant. La prise de risque n’est pas la même. Du reste, dans nos spectacles, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas écrites. »

CB : D’où l’importance des enregistrements que tu réalises…
OT : « J’enregistre tous nos concerts et ça nous sert pour mémoriser, retrouver des choses. On explore sans cesse les possibilités techniques de ce que l’on a entre les mains : une mélodie, un bourdon… Peut-être qu’un jour on s’ennuiera de ça. En attendant, dans un spectacle on interagit avec notre environnement, avec l’acoustique d’un lieu, la position du public. Autant d’éléments déterminants. C’est ce qui nous permet de nous démarquer d’un DJ set traditionnel. »

CB : Des DJ que vous allez croiser pendant le Blizzard Festival…
OT : « C’est excitant d’aller se confronter à un vrai public électro. On n’a pas à rougir de la musique que l’on propose. Sur le Blizzard, s’il y a un challenge, il est technique. La vielle est un instrument en bois. Son comportement est imprévisible. Comment va réagir la vielle ? En Inde, c’était une humide, il faisait 28°. Là, il fera froid. C’est un défi qui va influencer le jeu. Qu’est-ce qu’il y aura avant, après, personne ne le sait. De toute manière, on n’est pas là pour essayer de mettre la misère à qui que ce soit. En festival, on est surtout là pour échanger entre artistes. Et quand tu te fais des potes, tu les invites ! »

CB : Tu parlais d’agendas de tarés. Avant de te laisser filer, peux-tu nous dire sur quoi tu bosses actuellement ?
OT : « Sur un ciné-concert avec une compagnie de Montreuil. Deux filles qui réalisent un film d’animation pour les 2-5 ans d’une durée de 35 minutes. C’est du « image par image », donc un gros boulot dessus. Sur ce projet, je suis à la fois technicien son, lumière et même vidéo. »

A lire également : http://www.carrebarre.fr/transe-organic-bananas/

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