Ateliers des courants d’art
par Nicolas TavarèsÀ Neuvy-Saint-Sépulchre, découvrez les ateliers de Véronique Martin et Yves-Henry Guillonnet
Véronique Martin et Yves-Henry Guillonnet ont découvert Neuvy-Saint-Sépulchre il y a un peu plus de six ans. Un vrai coup de coeur pour ce coin du Berry. Plus particulièrement pour un ancien hôtel restaurant aux ondes suffisamment positives pour qu’ils y installent leurs ateliers respectifs en août 2024. À Véronique l’Atelier des Masques ; à Yves- Henry celui du Musicien. Deux univers mais un même espace pour «s’inscrire dans la vie» et ouvrir une nouveau chapitre après plusieurs années en Maine-et-Loire. C’est d’ailleurs à Angers, en 2017 que les deux se sont rencontrés.
L’opportunité de travailler pignon sur rue et l’accueil qu’ils ont ressenti à Neuvy-Saint-Sépulchre les ont décidés. Au quotidien, Yves-Henry et Véronique disent leur «simplicité relationnelle», façon pudique de prévenir que dans leurs ateliers, l’inspiration artistique est centrale. Il s’avère impossible de les ranger dans une catégorie. Par leur vécu, leurs expériences professionnelles et les rencontres qui ont jalonné leur existence, Véronique et Yves-Henry peuvent s’aventurer sur d’innombrables terrains d’expression. «Depuis toute petite, je me fais traiter d’artiste» glisse-t-elle dans la conversation.
Côté pile, côté face

Va pour artiste alors puisque côté face, la Rennaise d’origine se présente comme factrice de masques depuis trente ans et peintre sur textile. Le côté pile est tout autre : différentes formations aux soins holistiques ou au massage en font une somathérapeute. Exerçant depuis 35 ans, Véronique a toutefois réussi à poser des passerelles entre les deux mondes, entre l’art et le bien-être. Sa rencontre avec Yves-Henry lui a permis d’ajouter une corde à son arc pour monter en scène et présenter ses masques en musique. Lui est la démonstration que la machine humaine est d’une terrible complexité. Définir le personnage s’apparente à un défi impossible à relever.

S’il évoque le sud-ouest comme matrice, il revendique sa liberté d’être de partout. Comme sa musique, Yves-Henry est fait d’improvisation. «On n’arrive pas avec un CV pour dire : voilà on est ça. Je fais de la musique éminemment contextuelle. C’est-à-dire que la musique est faite en fonction de l’environnement, du moment» explique-t-il. «Avant de te rencontrer, je ne savais même pas que ça existait» glisse Véronique. Yves-Henry consent à lister ses champs d’intérêt : «Je propose des concerts, des accompagnements d’artistes sur l’expression musicale, je compose des musiques de spectacles, des portraits musicaux, j’écris de la poésie, scénographie des expositions…» Il touche aussi aux arts plastiques et est comédien. Yves-Henry saute d’un exercice à l’autre au gré de ses inspirations. Et c’est au coeur de l’atelier qu’elles sont les plus fortes. « L’informel a plus de sens ici » soutient le musicien dans un sourire.
Pour s’en convaincre, il suffit de pousser la porte. L’invite fleurit d’ailleurs sur la vitrine et sur les flyers que Véronique et Yves-Henry essaiment un peu partout dans l’Indre : « La porte de l’atelier est toujours ouverte pour un café, un échange de paroles ou de silence… »
La porte est ouverte

«Elle est de plus en plus poussée. Les gens ne nous dérangent jamais lorsqu’ils entrent.» C’est le meilleur moyen de découvrir leur travail et de lever le voile sur eux. La première chose que vous verrez en entrant, ce sont les masques accrochés aux murs. Par dizaines, de toutes tailles, de toutes couleurs. Décoratifs ou à porter, ils permettent à Véronique de proposer lors d’ateliers «une exploration et une expérience intime. Créer un masque, c’est aller à la rencontre d’un personnage, comme une histoire de vie qui se raconte.»
Ensuite votre regard se pose vers l’atelier du musicien, cette zone d’expérimentation dans laquelle Yves-Henry a installé ses instruments et crée ses installations sonores, ses cordes tendues vers la prochaine composition. L’endroit incite aux longs échanges. Et justement, reviennent souvent dans le propos du compositeur les fameux portraits musicaux. Il dit en avoir réalisé un millier depuis 2013. On l’appelle le Musicomaton : «Je reçois les gens et je fais leur portrait comme un peintre le ferait sur un tableau sauf que le tableau c’est une musique originale qui est composée pour chaque personne, devant elle, en temps réel. Les gens repartent avec leur portrait sur un support personnalisé, un fichier son. C’est un geste d’improvisation qui agit sur l’intime et qui appartient ensuite à chaque modèle.»

Et si le Musicomaton, infime partie de sa palette artistique, synthétisait ce qu’est Yves-Henry ? Le 13 novembre, les deux artistes seront à la MLC Belle-Isle à Châteauroux pour une représentation. Une exposition de masques et un solo musical se préparent. Au printemps, les deux ateliers de Neuvy-Saint-Sépulchre vont s’agrandir d’un espace modulable qui accueillera ateliers participatifs et expositions et d’une salle de soins. D’ici là, Véronique et Yves-Henry auront croisé le chemin d’autres artistes – Neuvy-Saint-Sépulchre et ses alentours n’en manquent pas.
Ils continueront à accueillir ceux qui poussent la porte de leurs ateliers. L’Agence d’Attractivité de l’Indre les a justement intégré à Secrets de Fabrique, les visites grand public qui permettent de découvrir les coulisses d’entreprises indriennes. Il y aussi les Rendez-vous du jeudi, chaque premier jeudi du mois, une rencontre artistique suivie d’un verre de l’amitié. « Poussez la porte. Pour une minute ou pour une heure. Pour le plaisir d’écouter, de regarder ou pour construire un projet » est-il écrit sur les flyers.
L’Atelier des Masques & L’Atelier du Musicien
12 rue du Maréchal Joffre à Neuvy-Saint-Sépulchre
Tél. : 06 31 62 16 82 / 06 81 09 40 39