Deux voix dans la pénombre

Le ciné-spectacle « Il va y avoir du sport » termine sa tournée. Rencontres avec ceux qui l’animent

par Nicolas Tavarès

BA « Il va y avoir du sport ! » from Ciclic on Vimeo.

Il y a mille manières d’évoquer « Il va y avoir du sport », la création originale de Ciclic, l’agence régionale pour le livre, l’image et la culture numérique. Il n’y a qu’un ton à adopter pour présenter le duo qui prête sa voix au ciné-spectacle autour d’images d’archives : l’humour teinté d’autodérision. À l’heure où s’avancent les dernières dates de la création à La Châtre (7 juin) et au Blanc (9 juin), le teaser pourrait commencer ainsi : dans le coin rouge, 1,74 m, 83 kg, surnommé le bombardier de Brézolles, c’est Bruno Mascle. À 61 ans il affiche 6 victoires en autant de combats. Dans le coin bleu : 1,81 m pour 74kg, ses fans l’ont baptisé la Foudre du Berry. À 52 ans, il compte 7 victoires pour 1 défaite aux points : voici Gilles Boizeau ! Le combat se déroulera en une seule reprise de 50 minutes et sera arbitré (et mis en musique) par Damien Duris, beatmaker de son état. Voilà pour la distribution des rôles. Place à la genèse du projet.

Scoop et relations tendues

Tout commence par une rencontre qui n’aurait jamais dû se produire. On connaît ce poncif du commentaire sportif : ils ne partiront pas en vacances ensemble. Avant, la relation entre Bruno Mascle et Gilles Boizeau c’était ça. Bruno, journaliste pour La Nouvelle République, en poste à Châteauroux depuis le milieu des années 90, et Gilles, patron des éditions La Bouinotte, remettent les choses dans le contexte. «Jusqu’en 2003, je suis à la rédaction sportive de la NR. Je n’ai aucune relation avec Gilles. Quand je passe à la rédaction locale et que quelque temps plus tard, Gilles, qui travaille pour France Bleu Berry Sud et Le Berry Républicain, me met un scoop dans les dents ; là, on n’est pas copains du tout.» Dans un sourire, Gilles Boizeau abonde : «C’était l’ennemi tout simplement.» Bruno Mascle reprend la main : «Le rapprochement, il se fait plus tard autour de l’affaire Mis et Thiennot et du comité de soutien mené par Léandre Boizeau. Le père de Gilles m’a toujours impressionné et je finis par me prendre d’amour pour cette affaire. Les relations vont alors devenir bien meilleures. Aujourd’hui, c’est du passé.» «Avec Bruno nous avons même fait trois livres à La Bouinotte : « Mai 68 dans l’Indre », « Fusillé pour l’exemple » et « 1951-1967 : Les Américains à Châteauroux ».»

Une saison 2

En 2019, pour le festival « Retours vers le Futur », Ciclic fait part à Gilles d’un projet de création à partir d’images d’archives stockées à Issoudun. Gilles est conquis. Damien Duris (Carré Barré #67 ici) se chargera de l’accompagnement musical et l’éditeur propose à Bruno Mascle de tenter l’aventure en sa compagnie. «J’ai un physique de radio mais absolument pas la voix. J’ai donc conseillé à Gilles de proposer ça à César Lassègue (la voix du sport indrien sur France Bleu, ndlr), mais ça ne s’est pas fait. Pour ce premier ciné-spectacle, on partait de nulle part, c’était de l’improvisation totale. Qu’est-ce qu’on s’est trouvés mauvais.» En fait, non seulement Ciclic a apprécié la prestation, mais l’agence relance le duo courant 2023 afin de lui proposer une suite sous la forme d’une tournée dans tout le Centre-Val de Loire. Gilles, Bruno et Damien disent banco. La perspective d’une trentaine de dates les incite toutefois à poser certaines conditions. Bruno Mascle : «Je ne voulais pas repartir sur de l’impro, alors on a travaillé avec le metteur en scène Sébastien Micmacher. Nous avons commencé à répéter. On a même fait une résidence d’artistes.»

Couderc et le XV de France

La première de « Il va y avoir du sport » saison 2 intervient mi-janvier à Meung-sur-Loire, «un jeudi soir, c’était totalement improbable. Le lendemain, on jouait à Aubigny-sur-Nère» se souvient-il. «Depuis le début de la tournée, il s’est passé des choses différentes selon les publics et les villes. On en appelle aux souvenirs et comme les images ont des choses à dire…» analyse Gilles.Désormais, le duo suit à la lettre un scénario, jusqu’à une engueulade mémorable, en fait un moment de théâtre. «Il reste quand même quelques passages qui ne sont pas écrits, notamment sur le match de football. À chaque fois, j’invente de nouveaux noms de joueurs» dévoile Bruno. «De toute façon, les gens ne nous regardent pas, ils scrutent les images à l’écran. On caricature, pour les dénoncer, les accents populistes et misogynes de certains commentateurs sportifs de l’époque, pour retourner le propos. Ça plairait tellement à Sandrine Rousseau» ironisent les deux compères.

Une question vous brûle sans doute les lèvres : faut-il avoir une culture sportive pour commenter en direct des images d’archives? Alors sachez que Gilles a grandi avec la voix de Roger Couderc sur les matchs du Tournoi des 5 Nations : «Mon premier souvenir, c’est lui au micro pour France-Galles 1977, j’avais 6 ans.» Le jeune Bruno, lui, s’amusait à imiter Jean-Michel Leulliot lorsqu’il rejouait les étapes du Tour de France avec ses petits coureurs. On le sent aussi dans son élément lorsqu’il commente les images de courses hippiques. Ça n’a rien d’un hasard : Mascle est un grand nom du monde des courses. Gérard, son oncle, compte plus de 1 100 victoires à son palmarès. Finalement, il y a toujours eu du sport dans la vie de Bruno et Gilles. Que Ciclic les installe au pied d’un grand écran pour donner corps à des images d’archives était écrit…

Rechercher
X