Comme un air de Provence

Dans l’Indre, le réchauffement climatique conduit certains à se tourner vers de nouvelles cultures

par Nicolas Tavarès

François Devillières et François Moreau sont exploitants agricoles depuis une trentaine d’années, l’un à Levroux, l’autre à Diors. Ils sont céréaliers. À leurs débuts, ils savaient qu’un jour, ils auraient à diversifier leur activité, «mais il y a trente ans, on ne parlait pas de climat. Alors cultiver de la lavande ici, c’était tout simplement inenvisageable» reconnaît François Moreau. Aujourd’hui, les deux François sont pourtant associés dans Les Aromatiques du Berry, société à laquelle ils consacrent 11 hectares de lavande officinale en bio qu’ils transforment en huile essentielle. S’ajoutent 2 hectares de romarin et «bientôt peut-être du thym et de l’immortelle…» Pour les deux exploitants, cela représente 5 à 7% de leur surface totale. Pas de quoi rivaliser avec la Provence ni même titiller la mainmise bulgare (70% du marché mondial de la lavande), mais c’est suffisant pour dresser un constat : le réchauffement climatique offre de nouvelles perspectives à condition de s’adapter.

Tentés par les oliviers

«Depuis quelques années, la lavande pousse même au nord de la Loire, entre Chartres et Paris. On trouve aussi des cultures de plantes aromatiques un peu partout. Nous avions d’abord pensé planter des oliviers, mais il n’y avait un retour qu’au bout de 6 ou 7 ans» explique François Devillières, 56 ans. «Et nous ne sommes plus tout jeunes» plaisante l’autre François, 59 ans. Le duo s’est trouvé il y a 10 ans autour d’un projet de culture du chanvre à destination de l’éco construction. Cela n’a pas abouti. Alors ils ont finalement opté pour la lavande juste avant le COVID. «Nous nous sommes formés dans le Vaucluse, pour la culture en novembre 2019 puis pour la distillation en 2021. La plantation s’est faite en 2022. En théorie, la plante donne au bout de deux ans, la nôtre a donné au bout de six mois ! Mais ça s’explique, nos collègues du sud n’ont pas les mêmes terres.»

Pour maîtriser toute la chaîne de production, les deux associés ont investi dans un appareil à distiller et se partagent les tâches. François Moreau : «Lui c’est le technicien du duo. Moi je suis plus sur le domaine commercial. Je suis persuadé qu’il y a une place à se faire par rapport à la traçabilité de notre produit, notamment.»Les Aromatiques du Berry c’est pour le moment un peu plus de 200kg d’huile essentielle à l’année et une clientèle constituée de particuliers, d’aromathérapeutes, de réflexologues, de magasins bien-être tous locaux. Les associés ont même pensé à d’autres débouchés : les champs de lavande en fleurs font en effet de magnifiques spots photos. Et le 15 juin, ils organisent la première Fête de la lavande en Berry à Levroux.

Les théiers de Claire

Direction Fougerolles maintenant où Claire Courreau s’est installée en 2019. Ingénieure agronome, elle a créé Claire des Prés (Carré Barré #49 ici) qui produit des plantes aromatiques et médicinales. À son échelle, la jeune femme convient que «les plantes méditerranéennes poussent facilement. Lorsque j’ai planté mes premières graines, en 2019, c’était la sécheresse mais ici je suis sur une terre argilo-sableuse qui offre un bon compromis à la fois drainant et capable de conserver l’humidité.» Les effets du réchauffement climatique, Claire compose avec sans que cela n’interfère sur sa production si ce n’est qu’elle travaille un peu plus les plantes gélives.

«Malgré les hivers plus doux, elles restent plus complexes à cultiver, mais les plantes aux parfums originaux sont souvent exotiques, plus fragiles et donc gélives.» Elle évoque ses plants de sauges qui ont des senteurs de cassis, mandarine ou ananas, le géranium rosat qui prospère sur son terrain et tout ce qui viendra parfumer les pâtes, pâtes à tartiner, tisanes, miel ou biscuits qui font la réputation de Claire des Prés.

Sa créatrice a vu son activité se développer. Cet été, elle agrémentera sa présence sur les marchés d’une restauration à base de plats gourmands. Elle ne s’arrête pas en si bon chemin : «Je suis toujours à la recherche de nouveaux goûts». Sa dernière expérience est cachée à l’abri d’une serre : «J’ai fait lever cinq graines de théier. Le thé, c’est tout un processus pour lequel je ne suis pas équipée, mais ça commence comme ça…» Des théiers et la lavande qui poussent dans l’Indre. Doit-on s’étonner ?

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