Histoire d’un duo à bretelles
Du 21 au 23 juin, l’accordéon sera dans le pré. Étienne Denormandie et Dominique Floquet aussi
par Nicolas Tavarès
Pour trouver La Croux sur une carte, il vous faudra quelques indices salvateurs. Savoir, par exemple, que l’endroit est un lieu-dit sur le territoire de Vijon, au sud de l’Indre. Apprendre, aussi, que La Croux fait office de poste frontière avec la Creuse. Personne ne vous contredira si vous dites que c’est au milieu de nulle part. Pourtant, du 21 au 23 juin, ils seront des centaines, voire des milliers à converger en camping-cars et autres véhicules vers un corps de ferme où les attendent 600m2 de chapiteau. L’objet de la transhumance porte un nom : « L’accordéon est dans le pré », festival dédié au piano à bretelles, organisé par Étienne Denormandie et Dominique Floquet.
Les amateurs de bals les connaissent par leurs orchestres respectifs qu’ils ont promené partout en France. Avant le COVID, Dominique et sa soeur Stéphanie alignaient jusqu’à 100 dates par an. Étienne n’était pas en reste avec 80 à 90 bals à l’agenda. Après, il y a eu l’incertitude. «Je suis resté intermittent du spectacle et je ne le regrette pas, souligne Dominique. Cette année, la situation revient à la normale.» «Pour ma part il fallait trouver autre chose, ajoute Étienne. J’ai repris la gérance de l’entreprise familiale avec mon père. Aujourd’hui, on fait du coup par coup avec l’orchestre pour une vingtaine de dates.» « L’accordéon est dans le pré », lui, a viré chef d’oeuvre en péril.

Né en 2019, il risquait la disparition pure et simple après une seule édition. Il aura fallu attendre quatre ans avant de connaître une suite. Mais pourquoi à La Croux ? Pour comprendre il faut remonter le fil de l’histoire de Dominique et Étienne. Les deux se sont rencontrés en 2004. À l’époque Dominique Floquet a 22 ans, Étienne 16. Ils suivent les cours de la même professeure d’accordéon, Corinne Lefèvre, après avoir entamé leur parcours musical à l’enfance. «J’ai commencé à 11 ans par le saxo à l’harmonie du Châtelet où je suis né. L’ambiance du bal m’a toujours attiré. Les fêtes locales, les Saint-Blaise, les Saint-Vincent m’ont donné envie d’y aller» remonte Dominique. De son côté Étienne, natif de Châteauroux, grandit à Fougerolles et passe beaucoup de temps à la ferme de La Croux, fief de Jean-Claude Boyet, son grand-père.
Le fief du grand-père
Pendant près de 60 ans, celui-ci a animé des bals par centaines. C’est dans ses pas que le petit Étienne contracte le virus. «J’ai commencé l’accordéon à 7 ans et j’ai fait mon premier bal à 12. Je suivais le grand-père partout pour faire comme lui. Le goût de l’ambiance, de l’esprit baluchard, c’est là que je l’ai pris.» Jean-Claude organisait également la fête de la musique dans le bourg de Vijon. Un jour, il a décidé de la faire dans la cour de la ferme. «Ça dansait, ça mangeait» se souvient Étienne. Au décès du grand-père, l’idée de perpétuer le rendez-vous fait son chemin.
«En septembre 2018, on a réfléchi à organiser un festival avec une stratégie : maintenir la date du 21 juin en ajoutant deux jours pour en faire un week-end à rallonge.» Les deux organisateurs vont ensuite puiser l’inspiration dans le plus grand rendez-vous du genre en France, le festival d’accordéon de Chamberet en Corrèze. Bernard Rual, le big boss corrézien, leur laisse quelques clés. En remerciement, Rual devient le parrain du festival de la Croux. Avec sa bénédiction et leur carnet d’adresse, Dominique et Étienne réunissent une douzaine d’accordéonistes de renom venus de toute la France «pour apporter de la mixité dans la programmation et varier les styles», détaille Étienne Denormandie.
La première édition sera un plébiscite ; en trois jours près de 2500 festivaliers passeront par la ferme de la Croux. Privés d’organisation en 2020 – «Tout le programme était lancé, payé et a terminé à la poubelle» – et en 2021, Étienne et Dominique font en sorte de relancer la flamme en 2022. «On a organisé ça le 21 juin sur une seule journée, en guise d’entrainement.» Un galop d’essai pour repartir du bon pied cette année. Si les deux accordéonistes castrais figurent en bonne place sur le programme de la 2e édition, ils préviennent d’une même voix qu’ils «ne sont pas là pour être mis en avant. On accompagnera certains accordéonistes, mais nous serons surtout dans l’organisation.» Notamment le jeudi 22 juin, le temps fort du festival : Dix heures d’accordéon avec des têtes d’affiches venues à nouveau de partout. Cantal, Hauts-de-France, Vosges, Bretagne et bien sûr Berry.
Bien accueillir les gens
«En région, chacun a son style, c’est comme le vin» sourit Étienne. Dominique Floquet rebondit : «C’est la journée la plus difficile, il faut respecter le timing et surtout bien accueillir les gens. Mais on sait recevoir.» Ainsi, perdue dans la campagne, La Croux et son festival font dévier la tournée d’un épicier itinérant. Sur place, un grand snack est installé. Le dernier jour, il y a même un marché de producteurs «pour finir en balade de santé cette deuxième édition» prévient Domnique Floquet. Au-delà d’un impact économique évident, « L’accordéon est dans le pré » vient perpétuer la tradition familiale. Ça n’a plus rien à voir avec la fête de la musique de Jean-Claude Boyet, mais l’esprit demeure. Étienne Denormandie, lui, parle «d’une nouvelle première fois». Au lieu-dit La Croux, commune de Vijon, latitude 46.421018, longitude 2.133025…
L’accordéon est dans le pré
du 21 au 23 juin à Vijon
Tél. : 06 38 43 13 89
laccordeonestdanslepre@gmail.com
FB: L’accordéon est dans le pré