La Grange aux vibrations

par Nicolas Tavares

Quand la singularité d’un lieu dédié à la musique séduit les décideurs locaux.

Prenons ce lieu comme un pôle d’attraction ou de récompense. Imaginons-le comme un cadeau à offrir, un bien précieux.» La récompense dont parle Patrick Périer, concessionnaire automobile qui se décrit comme un entrepreneur berrichon, fier de son Berry, c’est La Grange aux Pianos qu’il découvrait un soir de mai dernier. Il le confessait alors, il n’a aucune culture classique: «J’écoute plutôt Police, Genesis, Steve Wonder, Mickael Jackson, Bobby Lapointe ou Charles Aznavour.» Ce qui le place à mille lieux du monde de Cyril Huvé et de ses pianos historiques exposés à Chassignolles. Mais, esprit ouvert s’il en est, Patrick Périer a répondu favorablement à l’invitation lancée en avril dernier par Yann Barbizet.

Un Club d’Entreprises

Ami de Cyril Huvé, co-fondateur de Corporate Mobilities, spécialisé en mobilités d’entreprises, fils du grand pianiste Pierre Barbizet, il a initié avec Fabrice Berthelot, PDG de PGA Electronic, un Club d’Entreprises à La Grange aux Pianos. Pour la première soirée, ils étaient une poignée dans ce lieu singulier posé en plein Boischaut sud. Thématique du moment : les liens entre création artistique et démarche entrepreneuriale, agrémentées de virgules musicales interprétées par Cyril Huvé, le tout ponctué par un cocktail dinatoire. Rien de neuf sous le soleil ; les clubs d’entreprises, il s’en trouve à foison. On y entretient le réseautage qui conduit parfois au mécénat avec la finalité, évidente, du soutien financier.

Mais pour en tirer bénéfice, encore faut-il compter sur le facteur X, cet élément déclencheur qui fera basculer le chef d’entreprise. Ce soir de mai, le facteur X en question se trouvait visiblement dans les touches d’un piano Steinway & Sons que Cyril Huvé caressait avec passion. Quelques notes et vibrations propres à ce lieu ouvert sur la nature ont suffi à transporter Patrick Périer, littéralement cueilli par ce qui émanait de l’instrument plus que centenaire. «Ce lieu est habité, mon instinct le savait. Mais c’est avant tout l’homme (Cyril Huvé) qui m’a touché et sa musique m’a transpercé. Je me suis mis à nu, j’avais des yeux d’enfant» analysera-t-il un peu plus tard. «Patrick Périer a compris, posera simplement Yann Barbizet. Il y a un lieu, un espace, qui provoque les vibrations. On sent son attractivité et on se sent touché. On appelle ça la syntonie.»

L’émotion première

Céline et Cyril Huvé pour une sonate à quatre mains.

Cyril Huvé, lui, le disait en d’autres termes: «La musique nous influence par ses vibrations harmoniques. La nature qui nous environne nous y rend d’autant plus sensibles. La réaction de Patrick montre qu’il l’a perçu avec intensité.» À l’initiative (partagée) du Club d’Entreprises, Fabrice Berthelot n’a vu là «qu’un des bénéfices que j’attends de la musique: l’émotion première. Nous passons notre temps à rationaliser dans nos milieux professionnels. La Grange aux Pianos, ce n’est que du positif. Il faut tomber l’armure dans ce cadre bienveillant. Le lâcher prise est tellement rare.»

Yann Barbizet reprend: «Il y a le mécénat traditionnel qui est: « Je crois au projet, allons-y » et on bascule alors vers les avantages. Nous avons voulu aller plus loin en se demandant si nous pouvions faire quelque chose de la musique en dehors de la saison estivale. Nous avons donc prévu trois ou quatre soirées du club. Pour ce premier soir, nous avons déjà créé l’échange.» La suite appartient à Cyril et son épouse Céline, maîtres des lieux en quête de solutions pour offrir à la Grange aux Pianos un modèle économique tout en conservant bien entendu sa singularité.

«Il n’y a pas beaucoup de lieux comme celui-ci en France. Je dirai même qu’il n’y en a qu’un où le pianiste vit à l’intérieur» plaisante Cyril Huvé. Lors de ce moment suspendu, hors du temps, il a accepté de crever la bulle du pianiste pour laisser entrer des décideurs dans la grange. Céline Huvé, pour sa part, assurait une sorte de service avant-vente, décrivant les vertus de la Grange aux Pianos et présentant tous ses atouts techniques: «C’est un lieu de transmission. C’était d’abord un lieu d’habitation artistique qui a muté sur un ERP ouvert au public, avec l’exigence de rassembler une communauté d’artistes de référence internationale pour les présenter au plus grand nombre en milieu rural au sein de la nature, l’élitisme pour tous en quelque sorte.»

Patrick Périer, lui, est retourné à l’agitation castelroussine sur cette promesse: «La graine est plantée. C’est sûr que nous allons faire quelque chose avec les 50 personnes que je vais mettre dans un bus et amener ici pour un prochain concert.» De nouvelles vibrations ont alors été ressenties.

Un été d’éclosions

Le festival d’été est de retour. Cette année, Cyril Huvé a voulu que La Grange aux Pianos soit le cadre d’Éclosions romantiques. Concerts, conférence-concert, théâtre : on jouera la carte de l’éclectisme à Chassignolles avec une quinzaine de rendez-vous étalés du 12 juillet au 13 septembre. L’ouverture du festival sera l’occasion de mettre en lumière une collaboration avec le musée George Sand de La Châtre autour d’une conférence-concert « George Sand et Pauline Viardot, une amitié légendaire » présentée  par Rosalba Agresta accompagnée de la soprano Audrey Maignan et Cyril Huvé au piano.  Réservations ouvertes sur www.la-grange-aux-pianos.com ou à l’Office de Tourisme de La Châtre.

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