La Transbé est toujours là
par Nicolas TavarèsVéritable classique du calendrier sportif, l’épreuve VTT et gravel traverse les époques
Ainsi qu’il n’est pas question de badiner avec l’amour, on ne plaisante pas avec la Transberrichonne. On vous rassure, Alfred de Musset n’a pas prévu d’être au départ de la version gravel le dimanche 8 novembre prochain, pas plus qu’on ne le verra sur la Transbé VTT mercredi 11 novembre. D’autres que lui grimperont sur leur machine car bien que la manifestation champêtre ait beau souffrir de la raréfaction des bénévoles, elle reste inscrite au patrimoine sportif indrien et perdure contre vents et marées.
Patrick Augay remet volontiers la naissance de la Transbé dans le contexte de la fin des années 80 et l’avènement d’un vélo passe-partout, le mountain bike: «En 1989, les Amis Cyclos organisaient des sorties découvertes. Ça m’a attiré et je me suis occupé de la section VTT de l’AC Luant. Comme mon père était originaire de Neuvy-Saint-Sépulchre, j’ai pensé y organiser une course. L’AC Luant en a été le créateur en 1990 mais la Transberrichonne est une œuvre collective. Jean-François Hermet était secrétaire du club et je connaissais la qualité de son travail pour tracer des parcours alors je lui ai demandé son aide et on est parti à deux. On a fait ça pendant sept ans.»

À ce stade de l’histoire nous aurions aimé avoir le témoignage du co-créateur de l’épreuve. Seulement le temps et un tempérament entier ont fait leur office ; Jean-François Hermet a tourné la page et nous a fait comprendre en des termes choisis qu’il ne serait pas au rendez-vous: «J’ai donné tout ce que je pouvais à cette fichue Transbé, elle m’a pris mon oxygène trop longtemps pour ne pas avoir envie d’y revenir. Le côté nostalgique de l’affaire est bien sympathique, mais l’avenir est plus important: trouver des bénévoles pour prendre la suite! Si personne ne veut lever le petit doigt, elle ne sera plus qu’un souvenir.»
Nostalgiques ou pas

Le propos est tranchant ; il rejoint celui de Jean-Marie Allègre, président de Neuvy-Saint-Sépulchre cyclisme, désormais patron de l’événement: «J’aurais préféré qu’on mette plus en avant l’équipe actuelle qui trace, organise, ravitaille (…) plutôt que ce qui se passait au siècle dernier. C’est un travail, dur, d’une année, et ça c’est plus important que la nostalgie, à mon avis.» Expliquer comment et pourquoi l’épreuve a évolué jusqu’à prendre un virage avec le gravel en 2021 peut pourtant s’appréhender par une relecture de l’histoire.
Aujourd’hui, c’est factuel il y a deux Transberrichonne : l’une ouverte au gravel le dimanche 8, et sa version rando VTT toujours maintenue au 11 novembre. Président du VTT Tranzault, désormais club associé à la manifestation, Guy Brulon sait parfaitement «qu’à l’époque, les gens venaient chercher l’aventure. On participait à la Transbé comme on fait aujourd’hui l’Ekiden.» Un rapide sondage parmi les engagés au départ de la course pédestre castelroussine (le 8 novembre également) vous permettra d’ailleurs de reconstituer un beau peloton de vétérans de la Transberrichonne…
Recherche de confort

«Le gravel, lui, s’adresse aux cyclistes, cyclos et routiers. Aujourd’hui, les gens n’ont plus envie de mettre leur vélo dans la boue. Le matériel ça coûte, lâche Guy Brulon. On veut du confort, on va chercher de la grande distance. Alors on propose des parcours roulant et les gars peuvent envoyer du pâté ! En gravel, on vient passer un bon moment, pas se coller un dossard sur le cul.»
Quand les participants à la Transbé gravel s’élanceront pour 90, 125 ou 150km autour de Neuvy-Saint-Sépulchre, ils ne se soucieront pas de ceux qui ont écrit les belles heures du rendez-vous. Il s’agira de rouler et de profiter du travail réalisé par Jean-Marie Allègre qui a donc décliné la Transberrichonne en deux sorties distinctes «pour ne plus être débordés» reconnaît Guy Brulon.
Neuvy-Saint-Sépulchre voit d’ailleurs le nombre de participants gravel augmenter d’année en année. Mais pour des questions d’organisation Guy Brulon explique «qu’on limite à 125 le nombre de coureurs. Au ravitaillement des 90km, si on voit que certains semblent un peu juste, on les incite à rentrer.»
Leblanc mâte Thévenard
Les pionniers de la Transbé s’en étoufferaient : les Patrice Thévenard qui, alors tout frais champion du monde vétéran de VTT, s’était aligné au départ de la première édition pour se faire tréfler sur la ligne par le regretté Christian « Kiki » Leblanc. Des années durant (jusqu’en 2005 en fait), tandis qu’un peloton de plusieurs centaines d’engagés s’escrimait dans les chemins détrempés du Boischaut sud, transformant souvent en calvaire ce que Patrick Augay appelait une randonnée, d’autres champions sont venus.
Il y eut Miguel Martinez pour s’imposer à trois reprises ou encore Jérôme Chiotti venu damer le pion à Gilles Delion. «Et puis au bout de 15 ans, la vie de famille a pris le dessus. Je me suis retiré de l’organisation, rejoue Patrick Augay. Le bébé avait pourtant bien grandi. Désormais, il n’y a plus de compétitions VTT dans l’Indre alors que tous les départements limitrophes en ont.» Le maillot de Thévenard dédicacé dans une main, un vélo replica de Martinez dans l’autre pour la photo posée avec Guy Brulon, Patrick Augay s’interroge. L’an dernier ils étaient encore près de 400 au départ de la Transbé VTT. Combien seront-ils le 11 novembre prochain?
En passant par Brest et Roubaix
Il n’y a pas que la Transberrichonne dans la vie de Guy Brulon et Patrick Augay. En 2027, le premier va reprendre les randonnées au (très) long cours à l’occasion de Paris-Brest-Paris. Puis il visitera l’Irlande et l’Angleterre à vélo en guise de raid annuel. Patrick, lui, figurera au rang des bénévoles des championnats du monde de VTT aux Gets. En 2024, il l’était déjà pour les Jeux Olympique de Paris 2024. Et avec madame, il prendra part à son 6e Paris-Roubaix cyclo.
