La volonté de Victor Thoonsen
Victime d’un grave accident du sport à 9 ans, le Castelroussin s’est reconstruit
par Nicolas Tavarès
Cycliste dans l’âme, Victor Thoonsen a choisi de passer des pistes de vélodrome à celle d’athlétisme pour se renforcer musculairement et poursuivre sa progression en handisport.
25 juillet 2004, championnat du monde de BMX aux Pays-Bas. Sous la chaleur, Victor Thoonsen, 9 ans, se prépare à disputer le quart de finale pour lequel il s’est brillamment qualifié. Les espoirs de demi-finale mondiale sont permis. La pression monte. Les pilotes sont lâchés par le starter et s’élancent comme des balles sur la piste. Quelques dizaines de mètres plus loin, une bosse, un saut et Victor s’effondre, inerte. Les secours se précipitent. « J’ai fait un AVC, à 9 ans ! Tout ça à cause d’une malformation qui n’avait jamais été décelée. Heureusement, dans le staff médical qui est intervenu, il y avait une infirmière qui a tout de suite reconnu les symptômes… » Transporté au centre hospitalier de Nimègue, le jeune castelroussin entre dans un long tunnel. Trois semaines de coma. « Nimègue, c’était la ville d’origine de mes grands-parents. Il y avait un signe là… » sourit-il.
Devenu hémiplégique du côté droit, Victor Thoonsen, 23 ans aujourd’hui, estime ne pas avoir pour autant commencé une nouvelle vie à 9 ans. « Bien sûr il a fallu réapprendre à parler, à écrire. Il fallait rebondir. Mais la page a été vite tournée. Dans l’accident, je n’ai pas souffert. J’ai manqué un peu d’école, mais j’ai très vite voulu y retourner même si je n’émettais que des sons. J’ai eu une aide à la vie scolaire. Ma chance, quelque part, c’est d’avoir eu cet accident à 9 ans, alors que j’étais en pleine croissance. Et à partir de là, je me suis adapté. » À l’époque, le talent naissant de Victor était admis. Son père, Jacky, le menait sur tous les circuits. Victor aimait jouer des coudes. Surtout, il avait déjà un gros mental. Du genre à vous faire déplacer les montagnes. « Il ne fallait surtout pas regarder en arrière. J’ai fait 9 ans de kiné, 9 ans d’orthophonie. Aujourd’hui, j’estime ne pas être handicapé, je peux tout faire, mais en m’adaptant. Par exemple, j’ai du mal à couper ma viande, alors j’utilise une roulette à pizza et tout va bien ! »
Étudiant en BTS négociation et relation clients (lire ci-dessous), Victor suit en alternance des cours à la Chambre de Commerce et de l’Industrie de l’Indre et dans l’entreprise paternelle où il est commercial en charge de la représentation des antivols Thoonsen. Son secteur géographique ? La région parisienne qu’il sillonne avec une voiture équipée. L’année prochaine il s’attaquera à une licence professionnelle. Voilà pour le Victor à la ville. Car il y a encore et toujours le Victor côté sport. « J’aurais aimé continuer le BMX, mais avec mon handicap, impossible de tenir le guidon. Alors avec mon père on a cherché quelle discipline pourrait me convenir dans le cyclisme. Sur la piste, les vélos n’ont pas de freins. C’était idéal et avec mon gabarit, je me suis naturellement tourné vers le sprint. »
Découverte du 100m et du javelot
Victor n’a pas tardé à y prendre ses marques. En février dernier, sous le maillot de l’AC Bas-Berry Issoudun où Roger Hervouet l’a accueilli à bras ouverts, il décroche le bronze des championnats de France handisports à Bourges. Il fait même une infidélité à la famille du sprint en s’offrant le bronze en poursuite individuelle. Mais de son propre aveu, il lui manque de la puissance pour les départs. Alors en septembre, il s’est présenté à la Berrichonne athlétisme où le président, Didier Ballereau, « est de la famille ». « L’athlétisme, c’est une découverte pour moi. Je me suis mis au 100 m et au javelot, des disciplines qui me permettent de muscler et retrouver une symétrie qui me manque à vélo. » Sur le stade de la Margotière, Jean-Marc Bréjaud, président du comité départemental et spécialiste des lancers le guide pour trouver le bon geste au javelot : « Victor est droitier à 300% et il doit lancer avec le bras gauche, mais il a une telle volonté qu’il peut faire un podium aux France. »
Pour la course, c’est Viviane Dorsile, ancienne championne d’Europe du 4×400 m avec une certaine Marie-Josée Pérec, qui le conseille. « J’arrive à le repositionner et Victor se connaît, il en veut tellement… » L’intéressé relativise pourtant. À la lecture des performances nationales, il envisage simplement « de découvrir les championnats de France les 9 et 10 juin à Parthenay. L’objectif, ce n’est pas la perf ! » Mais allez savoir, un mental de Thoonsen peut souvent vous porter plus vite, plus haut, plus fort…
Un tricycle électrique
Si son père l’emploie pour le moment dans son équipe de commerciaux en charge des antivols, la prochaine mission de Victor va le ramener… vers le cyclisme. Il mettra bientôt en valeur un nouveau modèle de tricycle à assistance électrique créé par Jacky Thoonsen sous la marque Moxo, le Bicytoo . «Je vais aller prospecter les hôpitaux, les Ephad et les salons pour les seniors car ce triporteur est tout autant destiné aux personnes en situation de handicap qu’aux personnes âgées. On l’a même équipé d’un gros pneu à l’arrière qui permet d’aller rouler sur le sable !»