Mondol Kheila, à l’origine

par Nicolas Tavares

La saison de muay thaï s’ouvre à Châteauroux le 17 octobre avec les championnats de Ligue

Le 17 octobre, Assel Filali va prendre un bon coup de pression lorsqu’il pénètrera dans le gymnase Jean-Bouin de Châteauroux. Pour la première fois, il aura à combattre à domicile pour la quête d’un titre de champion de Ligue de muay thaï. «Qu’est-ce que j’en attends ? Gagner le championnat régional. À Châteauroux, ce serait un honneur. En tout cas, la préparation a été bien faite pendant l’été.» Nous sommes dans la salle d’entraînement du Mondol Kheila, «la salle de boxe en Cambodgien, tout simplement» sourit Loc You Vo Ba.

Il est le président et l’entraîneur du club castelroussin qui a élu résidence dans la salle Marcel-Cerdan. D’une boxe à l’autre, il n’y a souvent qu’un pas et sur le tapis, une bonne quarantaine de licenciés s’échauffent. On s’étonne de cette belle affluence à l’entrainement, Loc s’en amuse : «J’ai vu jusqu’à 80 personnes sur ce tapis!» Le Mondol Kheila Châteauroux (MK) n’a pas subi de fuite des cadres, loin de là. L’an dernier, il comptait 112 licenciés. L’époque a simplement changé, l’offre de pratiques aussi. Elle est plus grande. Mais le muay thaï fait toujours recette à Châteauroux même si l’époque de la légende, Albert Chey, est aujourd’hui révolue. Chey, deux titres mondiaux chez les poids mouche, la fierté d’un club.

«À 43 ans, il gère la plus grosse salle de muay de Gironde. On est toujours en contact» dit Loc You Vo Ba qui a débuté au club en même temps qu’Albert. À 45 ans, dont vingt dans la discipline, Loc cumule également les fonctions de conseiller technique de Ligue. Technicien de maintenance dans l’industrie pétrolière, il a su imposer des règles de bien-vivre et de savoir-être dans sa salle. Croisez n’importe quel membre du MK, il vous tendra la main. «C’est juste du respect», glisse le président avant de développer son propos sur l’esprit MK quand on lui fait remarquer le nombre de femmes et de jeunes filles qui s’entraînent sur le tapis.

La langue du sport

«Ici, on parle tous la même langue : celle du sport. Dehors, on entend constamment parler communautés, religions, sexe. Homme ou femme, on vient au club pour boxer. L’an dernier, elles étaient une trentaine, il y a un effet de groupe. Quand une femme pousse les portes de la salle, on ne la considère pas comme une personne du sexe opposé, elle n’a pas la sensation d’être “mâtée”, elle est là pour combattre même si c’est une pratique loisir.» Pas de compétition officielle pour ces dames, et pas l’opulence du passé non plus du côté des hommes.

Dans le championnat de Ligue qu’il organise à Jean-Bouin, le Mondol Kheila n’alignera que le seul amateur Assel Filali en moins de 81kg. L’autre combattant du club est un revenant : Nicolas Herry (photo ci-dessus). «Il a pris la suite d’Albert (Chey) et va remonter sur le ring le 31 octobre à Angers dans un gala. C’est une reprise sans objectif particulier si ce n’est de faire une dernière saison pour le plaisir» souligne Loc You Vo Ba. L’intéressé confirme: «J’ai fait une pause d’un an et demi. Mon dernier combat remonte à mars 2024. Une accumulation de plein de choses a fait que je ne pouvais plus me concentrer sur la compétition.»

Herry, la dernière danse

«Je suis désormais l’entraîneur en second de Loc et le plaisir revient. J’avais aussi besoin de retrouver la rigueur de la préparation avant de clore définitivement ce chapitre de ma vie.» Présent au club depuis 2013, Nicolas Herry va donc s’offrir un dernier round avant de poursuivre son travail de l’ombre au Mondol Kheila. Un argument qui ravit Loc You Vo Ba (photo ci-dessus). Lui en a tellement vu depuis qu’il est dans le muay qu’il revendique désormais une autre approche de son rôle de dirigeant-encadrant, une autre philosophie aussi : «Je ne cherche plus l’élu : il viendra ou il ne viendra pas. Ce que je préfère avoir avant tout, ce sont des gens motivés. Je n’ai plus envie de partir sur du long terme pour accompagner un compétiteur.»

«Aujourd’hui, j’enseigne différemment. Durant ma carrière, j’ai eu des joies, des peines ; j’ai pris un peu de recul avec tout ça.» Signe des temps, le président du Mondol Kheila Châteauroux s’est pris de passion pour la réalisation de petites vidéos amusantes qu’il poste sur les réseaux sociaux pour assurer la promotion du club. Ça attire de nouveaux licenciés et c’est ainsi que le muay castelroussin poursuit son petit bonhomme de chemin.

Des rêves de Thaïlande

En janvier ou avril prochain, Assel Filali se verrait bien filer en Thaïlande pour y suivre un stage de muay. Pour n’importe quel combattant, le voyage a tout d’initiatique. «J’aimerais aller là-bas pour apprendre de nouvelles choses sur le muay, voir une autre façon de travailler» explique le technicien telecom de 28 ans. Loc You Vo Ba comprend l’envie de son boxeur : «Pour ceux qui sont à fond dans le muay, aller en Thaïlande est nécessaire, c’est un passage obligatoire. Donc si certains veulent y aller, on leur donne des conseils, on les met en relation avec des connaissances.»

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