Charlie Veillé, de bois et de passion

par Nicolas Tavares

Compagnon charpentier installé à Châteauroux, il rend à l’institution ce qu’elle lui a appris

À 30 ans, Charlie Veillé a déjà des histoires de bois et de transmission à raconter. Elles parlent de tour de France, de formation et de passion, surtout. Charpentier Compagnon du Devoir, Charlie s’est installé à Châteauroux en 2023 avec sa compagne, prototypiste dans la maroquinerie, elle-même formée par le compagnonnage. Mais avant cela, c’est au gré d’un parcours initiatique que l’homme s’est construit. À son arrivée dans le Berry, ce Mayennais d’origine en avait terminé de quatre années de tour de France qui l’ont mené du Mans à Périgueux, de Poitiers à Mulhouse, Paray-le-Monial, Coutances, Paris ou Saint-Étienne. C’est dans cette dernière cité que Charlie a réalisé son chef-d’œuvre, «qui a nécessité 730 heures de travail.»

Le fruit d’un apprentissage au sein d’entreprises qui prônaient l’excellence et l’amour du travail bien fait. C’est aussi à Saint-Étienne que Charlie Veillé a pris la décision d’écrire un nouveau chapitre à son histoire en mettant un point d’honneur à rendre aux Compagnons du Devoir* ce qu’ils lui ont offert. «En 3e j’ai compris que l’école, ça n’allait pas le faire. J’ai fait un stage en entreprise. J’ai accroché avec le bois, j’ai compris que j’avais la fibre. Il y avait un compagnon parmi les employés. Avec eux (les Compagnons), j’ai obtenu un CAP, un brevet professionnel, un diplôme de gestion d’entreprise…» Il a découvert différentes pratiques jusqu’à mesurer la richesse d’un métier où la précision n’empêche jamais la créativité.

Un chef-d’œuvre à Saint-Étienne

Celui qui avait choisi le surnom de “Manceau” en devenant compagnon a très vite conjugué passion du métier et envie de transmettre. «J’ai été prévôt à Rouen pendant plus de trois ans dans un centre de formation qui comptait 250 jeunes. Des maçons, des couvreurs, des menuisiers et des charpentiers… J’avais notamment à placer des compagnons itinérants en entreprise.» Son parcours l’a aussi conduit sur l’un des chantiers les plus emblématiques de ces dernières années : la reconstruction de la flèche de Notre-Dame de Paris. Participer à une telle réalisation constitue évidemment une expérience hors du commun. «Je n’avais pas prévu que Notre-Dame brûle» lâche-t-il pour tenter d’exprimer jusqu’à quel point l’incendie de la cathédrale a impacté sa vie.

«J’étais chez Cruard Charpente en Mayenne, nous avons taillé toute la flèche.» Il en reste une immense fierté. Celle d’avoir participé à une œuvre collective «où l’on ne s’approprie pas le chantier.» Depuis que la flèche de Notre-Dame a retrouvé sa place, Charlie a créé l’Atelier Veillé, son entreprise posée dans les faubourgs de Châteauroux. S’il s’active à la faire vivre, c’est avec beaucoup d’humilité: «Je ne fais pas uniquement des chantiers d’exception. Ma plus-value, c’est d’amener de la rigueur. L’opportunité folle, c’est d’avoir mon entreprise.» Sur la porte de son atelier, au 7 rue Grand Maison, un jeune compagnon itinérant lui a laissé une plaque en souvenir.

La flèche de Notre-Dame

L’agenda de Charlie est rempli jusqu’à plus soif. Mais puisque la transmission reste son moteur, le jeune charpentier s’est lancé dans les conférences qu’il anime au gré des demandes. Il parle de son métier avec une énergie communicative, et du chantier de Notre-Dame, bien sûr. «Je le vulgarise du bas jusqu’en haut, j’explique l’échafaudage. C’est pour le partage que je fais ça.» En trois ans, Charlie en a tenu une quinzaine. Il est désormais rompu à l’exercice de la prise de parole en public, chose dont il ne se sentait pas capable avant. Lorsqu’il parle de son métier, il ne cache ni son enthousiasme ni sa curiosité.

On comprend alors que la charpente ne se résume pas à une solide connaissance du bois : elle demande de la patience, de la rigueur et un goût pour l’aventure. L’avenir, Charlie le voit à Châteauroux «avec une entreprise plus grosse en masse salariale, avec mon petit stock de bois et des machines fixes.» Et sa porte qui restera toujours ouverte : «On ne doit jamais la fermer à un jeune qui veut faire son apprentissage.» Avec l’Atelier Veillé, Charlie poursuit ainsi un chemin qui lui ressemble : construire, apprendre et transmettre. Trois verbes qui résument une belle ambition pour un artisan de 30 ans qui a déjà posé quelques poutres maîtresses sur son parcours.

* En France, le compagnonnage se décline en trois entités : l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France ; la Fédération compagnonnique ; l’Union compagnonnique.

Atelier Veillé
7, rue Grand-Maison à Châteauroux
www.atelier-veille.fr

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