Né à Heugnes un 14 août

Le Grand Prix Fenioux, seule épreuve cycliste élite de l’été indrien, s’est disputé ce jeudi à Heugnes. Comme tous les 14 août. Et c’est le Limougeaud Lucas Boniface qui l’a emporté au sprint.

par Nicolas Tavarès

Logan Gros (VC Vaulx-en-Velin), Thomas Metge (Martigues SC), l’Azuréen Jean Goubert et Victor Lebon (Orléans Loiret Cyclisme) – qui masquent Lucas Aumeunier (UV Limoges) – ont lancé les hostilités.

Chaque été, on se rend à Heugnes comme on va à la messe. Sauf que le pèlerinage du Grand Prix Fenioux est un rite païen qui ne fait pas grand cas d’une célébration dominicale. 27 éditions que le rendez-vous cycliste dure. Et, c’est immuable, ça tombe toujours un 14 août qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il tempête, qu’il «cagnarde» ou qu’il «covide». D’ailleurs, le jour du Fenioux, on ne dit pas «Tiens, on est le 14 août !» mais «Tiens ! C’est Heugnes !»

Cette année, de surcroît, que l’on regarde à gauche, à droite, devant ou derrière soi, il ne reste que le Grand Prix Fenioux à se mettre sous la dent. Paris-Nice on l’a vu (à La Châtre, en mars), le Tour de France on l’a espéré en vain – et selon les rumeurs du moment, il est vraisemblable qu’on l’attende désespérément en 2021 – et pour le reste, tout s’est envolé. Alors on se contente du Fenioux, course amateur de Nationale 2, parce que c’est Christian, mécène parmi les mécènes du cyclisme hexagonal, et un peu aussi parce que voir quelques futurs professionnels (si, si, dans le lot présents ce jeudi à Heugnes, certains connaîtront cette chance), c’est toujours un plaisir.

La madeleine de Proust

Christian Fenioux, chez lui, à Heugnes

À Heugnes, du reste, la légende prétend que seuls les grands l’emportent. Bravo à Lucas Boniface, sprinter majuscule de l’UV Limoges, qui s’est imposé cette année. Pour en revenir à ceux qui ont laissé leur nom au palmarès, les témoins rappellent que certains l’ont fait sur leur classe naturelle. Mais il y en a quand même pour glisser, sourire en coin et clin d’œil appuyé, que d’autres ont arraché la victoire grâce à l’épaisseur de leur porte-monnaie. Le cyclisme d’avant sans doute… Quoi qu’il en soit, ici, que ça se joue à la pédale ou à la palabre, il en faut dans les mollets pour s’imposer.

Et forcément, quand c’est jour de course, l’entrepreneur castelroussin Christian Fenioux redevient surtout l’enfant du pays. Ce jeudi il porte costume et raconte à l’envi comment il a passé sa jeunesse d’une école du bourg à l’autre (posée juste derrière la ligne d’arrivée qui jouxte l’église). Pour sa maison natale ? «Oh, elle est par là, dans la campagne. Une maison perdue !» Avec un peu de chance, en se hissant sur la pointe des pieds sur le podium protocolaire, on l’apercevrait presque. Son Grand Prix, c’est donc sa madeleine de Proust, sa petite douceur estivale et tant pis si cette année le coronavirus a empêché la fête foraine de s’installer. Tant que cette saloperie de virus n’a pas eu raison de la course.

Le briefing de Gerbaud

Guillaume Gerbaud pendant son briefing

«On a quand même été prévenu tardivement de sa tenue par la Fédération, reconnaissait Serge Guillaneuf, président de l’UC Châteauroux, club organisateur. Ça a été chaud, mais en amont, nous avions fait comme si elle se déroulerait.» Bien vu, c’est ainsi que la troisième manche de la Coupe de France des clubs de Nationale 2 a pu se dérouler. Et comme tous les 14 août, on est donc venu s’appuyer sur les barrières une partie de l’après-midi. Cette année, l’ambiance est un peu étrange. Nul ne sait si le Covid-19 en est l’unique responsable, mais le public est maigre pour encourager, entre autres, les deux minots élevés au grain à l’AC Bas-Berry d’Issoudun. Pour goûter au haut niveau, Guillaume Monmasson (Orléans Loiret Cyclisme) ou Guillaume Gerbaud (UV Limoges) se sont expatriés et doivent porter casaque «étrangère».

Guillaume Monmasson se prépare

On les apercevra à l’ouvrage au milieu des 127 engagés alors que Gerbaud avait animé le briefing d’avant-course de son équipe, incitant ses jeunes coéquipiers à jaillir au moment venu, mais sans savoir que 148km plus loin, Boniface appliquerait la leçon d’un coup de de rein gagnant. Monmasson, lui, avait soufflé : «Attention, ici, quinze mecs qui partent, ça peut aller au bout…» Pour donner plus de poids à son discours, une première échappée à cinq prenait d’entrée son envol. Une succession d’autres tentatives s’avéraient malheureusement infructueuses pour leurs auteurs. Au bout de sept tours de circuit, même avec la bosse de Frédille, quelques faux-plats bien sentis et un vent fort, c’est un peloton d’une soixantaine d’unités qui a plongé tête baissée dans la ligne droite finale. Un bel emballage sans fioritures ni gamelle.

Le nom de Lucas Boniface a désormais pris place au palmarès du Grand Prix Fenioux. Et le rideau est tombé sur Heugnes la paisible. Jusqu’au 14 août prochain.

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