Nico Pires éternel débutant

L’artiste castelroussin ajoute de nouvelles cordes à son arc et file au festival Off d’Avignon

par Nicolas Tavarès


Le syndrome de l’imposteur n’est pas le pire des maux. Pour un artiste, il revêt toutefois les aspects d’une maladie plus ou moins grave. Nico Pires en est atteint. Le Castelroussin s’est fait connaître avec son diabolo, un simple jeu aux yeux du grand public. Ce fut pourtant un précieux sésame pour se lancer dans une carrière artistique qui l’a déjà menée jusqu’au Cirque du Soleil. Grâce au diabolo, Nico a même eu son quart d’heure de gloire warholien quand il a participé à la finale de La France a un Incroyable Talent (2015), rééditant même l’exploit dans la version portugaise (2022). Mais à 38 ans, au moment où le Castelroussin entend prendre un nouveau virage, il s’impose donc un procès en légitimité artistique qu’il explique en partie par ce besoin constant de «jouer avec le doute et parce que je dois sortir de ma zone de confort.» Alors pour se mettre en danger, Nico a d’abord eu besoin de nouveaux points d’ancrage.

Après quatre années passées à Lisbonne, la terre de ses origines, il est revenu en France pour s’installer à Arcangues au Pays Basque, qu’il a transformé en sorte de pilier central d’un pont bâti entre Châteauroux et Lisbonne. Il a ensuite laissé parler l’intime par le prisme de ses écrits qu’il a souhaité mêler à son goût immodéré pour le slam. Dans le même temps, il a été submergé par la beauté des textes de Fernando Pessoa, poète et écrivain portugais, qui l’inspirent au point d’en faire le fil rouge d’un projet qui va le mener au Off du Festival d’Avignon à la fin du mois.Première étape de sa mue, en avril, Nico Pires est venu se perdre dans la campagne neuvicienne pour une résidence au coeur de la cité artistique du chanteur Syan. L’incisif « Mode Avion » ou le percutant « L’Art de Rien » (Donne-lui un drame, qu’elle t’en fasse une danse, donne-lui du vacarme, qu’il t’en fasse un silence…) laisse entrevoir une facette méconnue de Nico Pires : il se redéfinit littéralement.

Vingt représentations à Avignon

Mais ce qui l’accapare plus encore, c’est « Personne n’est Pessoa » qu’il va présenter au Off d’Avignon. Une première version du spectacle a déjà été jouée à Lisbonne, mais Nico a approfondi sa plongée dans l’oeuvre de l’écrivain lisboète. «Au départ, c’était un projet solo avec du diabolo et l’écriture. Mais pour Avignon, je suis rejoint par le danseur jongleur magicien brésilien Leo Calvino, la chanteuse franco-portugaise Solene Martins et l’acrobate portugais Bruno Sousa. C’est un spectacle de 50 minutes, un peu expérimental, pour lequel nous allons inviter un maximum de programmateurs.»

Nico et ses amis ont trois semaines et vingt représentations pour sortir du lot. L’aventure n’est pas sans risques en termes d’investissements personnel et financier. Location du théâtre, hébergement et salaires des artistes, Nico Pires n’a transigé sur rien et en passera même par un financement participatif pour lever de quoi porter le projet sur le site Kisskissbankbank (ici). Il est convaincu que le jeu en vaut vraiment la chandelle. L’histoire dira plus tard si Fernando Pessoa, qui avait lui-même un rapport à l’identité particulièrement complexe, aura contribué à ce que Nico Pires lève les derniers doutes sur sa capacité à se réinventer.

« Personne n’est Pessoa »
Théâtre Pierre de Lune au Festival Off d’Avignon
du 29 juin au 21 juillet 2024

Le biennal de printemps
Le festival En Pratiques revient à Vatan

À l’image de la compagnie Entité qui présentera le bien nommé « L’Art de réinvestir » (photo), le festival En Pratiques est de retour à Vatan pour vous mettre la tête à l’envers. Trois jours durant, le rendez-vous biennal va conjuguer danse, théâtre, musique et cirque avec un seul objectif : faire la fête. La Pratique, l’atelier de fabrique artistique créé par la chorégraphe Cécile Loyer, a convié pour l’occasion une foultitude d’artistes qui connaissent bien les lieux. Tous y sont en effet passés en résidence. Ils se retrouveront autour d’ateliers, de créations -« Ici, point de fuite » du collectif BIM ; « Ceci n’est pas une danse » de Carole Perdereau-, de réinventions à la sauce vatanaise -« Shake » du collectif A/R-, de performances, de jeux, d’un flashmob ou de l’incontournable bal de la Pratique. Autant de temps forts imaginés pour entraîner le grand public dans une folle sarabande. Depuis 2016, En Pratiques remet la culture et le spectacle vivant au coeur de Vatan ; le reste appartient aux artistes et au public. Dernière précision, le festival est entièrement gratuit.
Festival En Pratiques
du 14 au 16 juin à Vatan
à La Pratique et dans la commune
Le programme du festival ici

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