Équinoxe en coloc à Avignon
par Nicolas TavaresQuand la scène nationale de Châteauroux envoie son personnel faire le festival.

C‘est sans doute le festival le plus étalé dans le temps, celui qui retourne le cœur historique d’une ville comme nulle part ailleurs. Le Festival d’Avignon, créé en 1947 par Jean Vilar, va vivre sa 80e édition du 4 au 25 juillet prochains. Pour Jérôme Montchal, le signal du départ va bientôt retentir. Le directeur d’Équinoxe Scène nationale de Châteauroux, habitué de l’événement depuis de nombreuses années, n’y passera pas le mois, tout au plus une quinzaine de jours, mais il ne manquerait pour rien au monde l’événement de la cité papale, «cette période là est sanctuarisée! Avignon a toujours été un grand espace de formation pour moi; un lieu pour voir la création européenne et faire beaucoup de rendez-vous. L’intérêt, c’est que tout le milieu est là, c’est donc un passage obligé.»
«Mais contrairement à ce que l’on dit, Avignon n’est pas un marché, en tout cas pas pour moi même si à la marge, on peut aller choisir des spectacles que l’on présentera ici (à Équinoxe). C’est l’occasion de rencontrer des metteurs en scène ou des chorégraphes dont j’ai déjà vu le travail et qui vont me parler de leurs nouveaux projets. Quoiqu’il arrive, en juillet, la programmation de la saison suivante est déjà faite. Donc potentiellement, lorsque tu vas au festival c’est pour envisager la programmation seize mois après…»
Un roulement annuel
Avignon a toutefois une autre valeur aux yeux du directeur d’Équinoxe: il profite du festival pour envoyer ses collaborateurs en team building. Une semaine durant, ils sont six à s’installer dans un appartement loué pour l’occasion. Jérôme Montchal souhaitant que tous les services soient en immersion, un roulement annuel a donc été mis en place. Céline Brulet-Reulier, responsable des partenariats et des relations extérieures au sein de la cellule communication, était de la délégation l’année dernière et se souvient que «chacun faisait son programme en fonction des propositions de Jérôme et de son travail. Pour moi qui présente les spectacles, c’est bien de pouvoir les voir avant. Un soir dans la semaine, il y a un repas d’équipe, sinon on ne fait que se croiser. Je partais à 9h pour ne rentrer qu’à minuit!»
Snobisme et glace

Jérôme Montchal: «Je vois des spectacles et je leur dis: « Je ramènerai bien ça à Châteauroux. Allez le voir et dites moi ce que vous en pensez. » Je leur recommande parce que je suppose que ce sera bien, et parfois j’attends leur validation.» L’ambiance est détendue, mais on est loin de la colonie de vacances. «Une année, dans mon précédent poste (il était directeur du théâtre de Châtellerault, ndlr), j’avais assisté à 84 spectacles en 15 jours. Là, je faisais effectivement mon marché. Désormais, je me laisse toujours une journée libre.»
Et ce n’est pas pour rejoindre le bar du Mahabharata, the place to be, «l’endroit du paraître et de l’entre-soi, je déteste ça, c’est le côté snobisme d’Avignon» concède-t-il avant d’avouer qu’il lui arrive parfois de succomber à une glace à La Princière, l’autre place to be en Avignon. Si son équipe assiste à des spectacles dans la cour d’honneur du palais des papes (photo ci-dessus), lieu incontournable «où les gens peuvent se mettre à hurler, où ça débat, c’est le jeu», c’est vers des salles plus intimistes que son attention se tourne. Pour le meilleur…ou le pire.

Jérôme de raconter cette mésaventure vécue par Morgan Malherbe, chargé de communication, et surtout novice l’an dernier: «À Avignon, il peut y avoir des choses très mauvaises; parfois ça se voit rien qu’à l’affiche. Morgan est allé voir un truc qui semblait nul. C’était très nul!» Ainsi rentre le métier et c’est aussi pour cela que Jérôme Montchal envoie ses forces vives en immersion au festival d’Avignon.
À Cannes également
Camille Girard, directeur adjoint d’Équinoxe Scène nationale de Châteauroux en est aussi le spécialiste cinéma. À ce titre, il vient de passer une semaine au festival de Cannes où il a vu un maximum de films, «généralement cinq à six par jour. C’est le seul moyen de prendre le pouls du cinéma. Il m’arrive de participer à quelques réunions de travail, mais le visionnage reste ma priorité. Je vais au festival depuis 2008. C’est un bain où on se lave les yeux et la tête avec du cinéma.» Cette année, Camille Girard sera également présent à Avignon.